Huế mausolées impériaux et surprises en route

J’ai loué une voiture avec chauffeur pour faire le tour des mausolées des empereurs Nguyễn. Il y en a une dizaine aux alentours de Huế ; certains sont très visités, d’autres moins.

Les enfants n’ont aucune envie de se joindre à moi – la cité impériale leur a suffi. Ils restent à l’hôtel avec interdiction de sortir, sauf pour le KFC (genre McDo) juste à côté.

Le chauffeur a l’air sympa mais parle très peu anglais ; la communication se fait à coups de Google Translate. J’avais donné la liste des sites à l’hôtel qui a organisé la voiture, donc il devrait savoir où aller.


Village d’encens


Il me dépose d’abord au village d’encens – un grand quartier où on fabrique des bâtons d’encens partout. Les bâtons colorés sont posés en bouquets comme décoration ; il y en a plein la rue, encore vide de touristes à cette heure.

Le chauffeur s’arrête devant un magasin ; une dame me fait entrer et me montre le processus : une pâte parfumée qu’ils enroulent avec une truelle autour d’un bâtonnet de bambou. C’est un métier familial ici depuis des générations ; l’encens sert aux temples, aux autels domestiques et aux cérémonies.


Mausolée de Tự Đức


On arrive au mausolée de Tự Đức, le plus poétique et étendu. Construit en 1864-1867 par l’empereur Tự Đức (qui régnait de 1847 à 1883), c’est un vrai jardin paysager avec lacs, ponts, pavillons et tombeau. L’empereur aimait la poésie et la nature ; il passait des jours ici à méditer.

Je me promène parmi les bâtiments : ponts sur l’étang, pavillons élégants, tombeau de Tự Đức, et aussi Khiem Tho Lang (tombeau de sa mère), Chap Khiem Duong, Boi Lang (tombeau de l’empereur Kien Phuc). Tout est paisible, ombragé, pas trop chargé de touristes. Je reviens par l’autre côté de l’étang – magnifique.


Mausolée de Minh Mang 


Minh Mạng (règne 1820-1841) était un empereur confucéen strict, qui a renforcé l’administration et résisté aux influences étrangères.

Son mausolée est en longueur : on traverse plusieurs bâtiments, ponts et pavillons avant d’arriver au mont où l’empereur est enterré. Le tout est entouré d’eau. 

L’endroit est paisible, assez visité sans être bondé. On sent la grandeur et la sérénité.


Mausolée de Khải Định


Le mausolée de Khải Định est le plus extravagant. Construit 1920-1931 par Khải Định (empereur 1916-1925), il est sur cinq terrasses surplombant la route. On monte pas mal de marches raides.

Première terrasse avec des statues, deuxième avec plein de figurines (serviteurs de l’empereur), une jolie maison avec stèle et deux tours. Tout est en pierre noire. La dernière terrasse est le mausolée : vieux bâtiment gris pas mal décoré. Les larges escaliers menant à l’entrée sont flanqués de deux nagas à tête d’oiseau. 


À l’intérieur, c’est « wow » : absolument tout est en mosaïque colorée (dragons, fleurs, scènes mythologiques). Le tombeau pèse environ 20 tonnes. 

Ce magnifique mausolée est un bijou artistique unique. C’est assez surprenant sachant qu’il était très critiqué (pro-français, vie luxueuse).


Monastère Thiên An

Le chauffeur traverse une forêt et s’arrête devant une église avec une pagode à 7 étages. Ce n’était pas sur ma liste ; je sors Google Maps : c’est le monastère Thiên An.

C’est l’un des plus anciens monastères catholiques du Vietnam, fondé en 1935 par des missionnaires français. L’église est de style néogothique, avec cette pagode à 7 étages qui mélange influences chrétiennes et bouddhistes – un symbole de l’harmonie religieuse typique de la région de Huế. L’endroit est calme, entouré de pins et de verdure, et sert aussi de cimetière pour les prêtres et religieux.

Je me promène un peu devant le bâtiment ; il y a un gros groupe en train de faire des photos de groupe, je ne veux pas déranger. L’atmosphère est paisible, un peu comme une pause dans la forêt après tous ces mausolées royaux.


Parc aquatique abandonné de Hồ Thủy Tiên

Une fois de plus, des photos sur les réseaux m’ont attirée ici – beaucoup viennent y faire de l’urbex. Il y a des loueurs de vélos juste sorti du parking, car le site est à 700 m. Je fais donc un peu de vélo le long d’un joli lac – paisible détente.

Vers l’extrémité du lac, accessible par trois petits ponts, se trouve un gros dôme surmonté d’un dragon ! De sa queue, il maintient un autre petit dôme.

Je me promène dans cette ruine : on voit clairement que de l’eau coulait à certains endroits. Je passe dans une salle qui devait être de surveillance ou de machines. Puis me voilà dans la tête du dragon ; je peux même voir l’extérieur depuis sa bouche.

C’était un parc aquatique ouvert en 2004, fermé en 2008 pour problèmes financiers et de gestion. Abandonné depuis, il est devenu un spot d’urbex célèbre.


La cigale de Chùa Diệu Nghiệm

Le chauffeur repart vers la ville ; je lui demande si le tour est fini – il me demande si j’ai faim. On s’arrête dans un petit resto local où on mange tous les deux une bonne soupe de nouilles, puis on repart dans l’autre sens.

On s’arrête dans un endroit paisible en forêt. La pagode que je voulais visiter est à gauche, mais le temple Chùa Diệu Nghiệm à droite m’attire ; j’y vais jeter un œil.

C’est un petit temple-cimetière éparpillé dans la forêt, calme et discret. Les cigales chantent fort ; l’une est tout proche. Je m’approche : elle me laisse la filmer pendant qu’elle chante. Tant que le chant est aigu, son corps vibre si vite qu’on ne voit rien ; quand le son ralentit, on voit son abdomen bouger.


Pagode Tu Hieu


Tu Hieu (ou Thiền viện Tu Hieu) est un monastère zen fondé au XVIIe siècle, connu pour être le lieu où le maître Thích Nhất Hạnh a été ordonné moine.

Je me promène dans ce qui ressemble à un temple et cimetière éparpillé sur une grande surface dans la forêt ; il y a aussi un joli étang. Nous sommes quelques touristes, mais très peu, parmi quelques locaux.


Je ne sais pas où l’on va

Je suis partie faire le tour des mausolées, mais mon chauffeur n’en connaît que quelques-uns. Il cherche, parfois je l’aide avec Google Maps.

Là, il m’emmène de l’autre côté de la Rivière des Parfums – tant pis pour les autres mausolées ; la communication n’est pas facile et j’en ai déjà vu plusieurs, dont les principaux.

On se promène je ne sais pas où ; je me dis qu’il fait un sacré détour. Je profite du paysage : la route traverse même un énorme cimetière ! Mon chauffeur a l’air aussi étonné que moi. C’est Lang Từ Huế Quý Nhân – un grand cimetière ancien avec des tombes royales et familiales, très étendu.

Le voilà qui s’arrête quelque part en pleine verdure, au milieu de rien. Sur mon air perplexe, il me montre un petit temple, puis pointe « Chùa Trúc Lâm » sur ma liste.

Là je comprends : il y a le Chùa Trúc Lâm au sud de la rivière (mausolée que je voulais visiter), et le Chùa Trúc Lâm au nord qui est la pagode Trúc Lâm.

J’aurais dû planifier tout le tour comme si j’allais conduire moi-même. Une liste de lieux n’est apparemment pas suffisante.


Pagode de la Dame Céleste (Thiên Mụ)


Cette vieille pagode à 7 toits se trouve un peu en hauteur au bord de la Rivière des Parfums, avec une belle vue. Le jardin est séparé de la pagode par une grande arche à trois portes (style tam quan classique vietnamien), puis on arrive au temple un peu plus au fond.

Thiên Mụ (Pagode de la Dame Céleste) date de 1601 ; elle est liée à la légende d’une vieille femme en robe rouge qui prédit la construction d’une pagode pour porter chance au pays. C’est aussi le lieu où le moine Thích Quảng Đức s’est immolé en 1963 pour protester contre la persécution des bouddhistes.


Colisée de Hổ Quyền


Il y a encore un truc que je voudrais voir du côté sud ; selon Google Maps, on pourrait traverser le pont près de la pagode et y arriver rapidement. Malheureusement, le pont n’est pas encore ouvert, alors commence un voyage qui longe la Rivière des Parfums, traverse le pont très emprunté et longe à nouveau la rivière juste en face.

Le chauffeur ne connaît pas l’endroit ; il cherche, fait demi-tour, et ne suit pas toujours les instructions de Google Maps (qui parfois nous donne de mauvaises infos). On finit par trouver le fameux colisée.

C’est Hổ Quyền (l’Arène du Tigre), le seul arène pour combats d’éléphants et tigres en Asie (construite en 1830 sous Minh Mạng). Les empereurs venaient assister à ces combats rituels entre tigres et éléphants.

Je gravis les marches pour voir l’intérieur. Le haut est fermé par une petite barrière « interdiction de passer ». Je redescends ; un local m’attend au bas et me fait signe de remonter et de passer par-dessus. Je montre ma surprise ; il insiste avec un sourire.

Je suis les consignes du local, suivi par mon chauffeur intrigué par ce colisée dont il ne connaissait pas l’existence.

L’intérieur est couvert d’herbe tondue ; on fait face aux cinq portes de deux tailles différentes par lesquelles entraient les animaux. Sous nous, une sixième porte bien plus grande. Toutes sont fermées.


Retour vers les enfants

On n’est pas encore au bout de la journée, mais j’en ai un peu marre : la communication n’est pas simple et il ne connaît pas vraiment les endroits. Je choisis d’abréger le tour et de rejoindre mes enfants. J’ai quand même vu pas mal de choses !


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