Le Hall of Opium


Il y a deux musées de l’opium dans les environs. Le « House of Opium » est proche du point de confluence ; selon les avis Google, il est assez petit. Mieux vaut visiter le « Hall of Opium », 2 km plus loin, qui est très immersif.

Après avoir payé l’entrée, nous empruntons un tunnel d’environ 150 m qui passe sous terre, du bâtiment d’accueil au musée principal, derrière un petit mont au bord d’un point d’eau.


Tunnel d’immersion : la descente aux enfers


Ce tunnel symbolise une descente aux enfers ou une vie coincée dans l’addiction. Il est sombre ; les murs sont sculptés de figures humaines contorsionnées, tourmentées, visages et corps en proie à la terreur – représentant la souffrance physique et psychologique. On entend des chuchotements, des bruits de pipes et des gémissements lointains. Belle immersion pour sensibiliser dès le début aux conséquences destructrices de la drogue.


On arrive dans une grande salle lumineuse avec un magnifique lit de coquelicots rouges sous une lumière douce : la beauté innocente de la fleur de pavot, d’où tout part…


L’histoire ancienne de l’opium

On plonge dans l’histoire ancienne de l’opium, il y a plus de 5000 ans, chez les Sumériens, Égyptiens et Grecs qui l’utilisaient comme médicament ou dans des rituels. Vu comme un « don des Dieux » à l’époque. Puis son chemin vers l’Asie via les routes commerciales, et son énorme commerce sous les empires coloniaux.


Les Guerres de l’Opium


Ensuite, la partie sombre des Guerres de l’Opium au XIXe siècle. Les Britanniques forcent la Chine à accepter l’opium (produit en Inde) pour équilibrer leur commerce. Ils inondent le pays ; des millions de Chinois deviennent dépendants, la société se dégrade, l’économie souffre. 

L’empereur interdit l’opium et fait détruire 20 000 caisses britanniques à Canton. Les Britanniques y voient une atteinte au libre-échange et déclarent la guerre. Leur flotte moderne écrase l’armée chinoise. Deux guerres, deux défaites humiliantes pour la Chine : perte de Hong Kong, ports forcés ouverts, trauma national qui dure encore. Tout ça pour du commerce… et de la drogue.

Vidéos, cartes et documents d’époque montrent comment l’opium est devenu un outil de pouvoir et d’exploitation.


Le Triangle d’or


Puis, direction le Triangle d’or, la région où nous sommes. Dans les années 1960 à 1990, cette région était le plus grand producteur mondial d’opium et d’héroïne. Les tribus des montagnes cultivaient les pavots parce que c'était souvent leur seule source de revenu dans la pauvreté. 


On voit des reconstitutions de champs de pavots, des outils pour récolter la sève (couteaux, scrapers), des lampes à opium, une collection de pipes à opium parfois magnifiquement travaillées, et une collection de jolis poids pour peser l’opium venus de différentes cultures.


Les seigneurs de la drogue

Sections sur les trafiquants, impacts dévastateurs : familles détruites, santé ravagée, violence. Photos, témoignages, fumeries reconstituées. On comprend comment l’addiction piège les gens physiquement et mentalement. 

Parfois les consommateurs ont commencé l’opium comme médicament et finissent par un mal bien plus grand que celui au départ.


L’éradication de la culture du pavot

Mais le musée ne s'arrête pas au noir : vers la fin, il parle des efforts pour arrêter ça. Grâce à des projets royaux (initiés par la Princesse Mère), on a remplacé les cultures de pavot par du thé, du café ou des fruits dans les montagnes. La Thaïlande a éradiqué presque toute la production illégale. 

Il y a des expositions sur la prévention, la réhabilitation et la lutte internationale contre les drogues.


Le grand cœur de la Princesse Mère


J’ai été touchée par les actes de la Princesse Mère Srinagarindra, appelée « Somdet Ya » ou « Grand-Mère royale » par les thaïlandais qui l’adorent pour son dévouement.

Grand-Mère de l’actuel roi, mère de deux rois (Rama VIII et IX), elle est issue d’un milieu modeste. Elle a élevé ses enfants en partie en Suisse. 

Elle a dédié sa vie aux projets humanitaires, transformé le Triangle d’or en luttant contre la pauvreté et la drogue sans violence. Elle volait en hélicoptère dans les zones reculées pour soigner.

Décédée en 1995, son héritage perdure. C’est une figure inspirante de compassion et d’action concrète.


Conclusion

La visite est en sens unique sur plusieurs étages, super bien faite avec multimédia, sons et lumières qui nous plongent dedans sans jamais glamouriser la drogue. À la sortie, une petite navette golfette nous ramène au parking.

Franchement, on ressort plus instruit, un peu ému, et avec une vraie réflexion sur comment une simple fleur a pu causer autant de chaos mondial... et comment on en est sorti ici. 


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