Après un mois passé à La Réunion, nous quittons enfin l’île pour mettre le cap sur Mayotte. Les premiers jours sont plutôt tranquilles : peu de vent, une mer encore un peu désordonnée en quittant l’île, puis ça se calme progressivement.
SERENITY nous accompagne, à quelques kilomètres autour de nous. Les cargos font aussi partie du paysage, heureusement toujours suffisamment loin. Une nuit, l’un d’eux nous oblige tout de même à modifier légèrement notre route pour qu’il passe derrière les deux bateaux.
Le vent change régulièrement de direction, faiblit, revient… Nous alternons entre voile et moteur.
Après un mois de marina, il faut aussi retrouver nos jambes de mer ! On cuisine, on lit, on joue, on essaie même de pêcher. Mais avec le peu de vitesse que nous avons, les poissons ne sont pas vraiment intéressés par nos lignes.
Un soir, nous avons même un passager clandestin : un fou à pieds rouge vient se poser sur notre panneau solaire. Il passe toute la nuit avec nous et a la gentillesse de ne pas barbouiller le panneau de ses fientes.
Madagascar en vue
À mi-parcours, il nous reste quand même encore 434 milles (804km) à parcourir. Comme à notre habitude, nous nous faisons un petit apéro histoire de marquer le coup.
Puis, comme prédit, le vent commence à se renforcer et nous décidons de nous rapprocher de la côte est de Madagascar pour prendre le vent de l’arrière. Le vent monte progressivement et atteint 6 Beaufort, avec des rafales à 36 nœuds. La mer devient franchement agitée, une véritable machine à laver. La majorité des vagues arrivent par l’arrière, mais certaines nous prennent de côté.
Les enfants, en voyant la côte de Madagascar, espèrent que les pingouins du film Madagascar ne vont pas venir nous rejoindre.
Nous longeons la côte à quelques kilomètres de distance seulement et approchons du cap nord de l’île. Nous savons que le passage risque d’être musclé, alors on a hâte de le dépasser.
Au pied du phare
Nous arrondissons finalement la pointe nord de Madagascar, en restant très près de la côte, à moins d’un kilomètre. La mer est nettement plus agréable par là et nous pouvons profiter de la vue sur la côte et sur le phare du Cap d’Ambre.
Le vent reste toutefois bien présent et nous continuons de rester collé vers la terre, ce qui nous amène gentiment vers le sud. On se demande s’il ne serait pas plus raisonnable de nous arrêter dans une baie pour une nuit ou deux, le temps que le vent se calme un peu. Mais les prévisions nous poussent à continuer.
Une fois un peu éloignés de la terre, le vent retombe à 3 ou 4 Beaufort. Nous retrouvons des conditions plus tranquilles jusqu’à ce que deux gros thons décident de bouleverser notre programme.
Deux thons pour le souper
Juste avant le coucher du soleil, Stéphane s’apprête à rentrer les lignes de pêche quand deux poissons mordent en moins d’une seconde ! Deux thons d’environ 20 kilos chacun.
L’un est tellement puissant qu’il casse même l’élastique au bout de la ligne. Les deux poissons se défendent et les lignes sont si tendues qu’il est difficile de les ramener autour du winch.
Le temps de les approcher du bateau, il fait complètement nuit. Nous finissons par réussir à monter les deux thons à bord. Tous les quatre avons participé à la bataille !
Pendant que Stéphane découpe les filets, je prépare le « poisson cru au lait de coco » que les enfants m’ont demandé, ainsi qu’un peu de sashimi.
Notre routine est complètement chamboulée. Nous mangeons à 21 heures et devons ensuite adapter nos horaires de quart.
Évidemment, c’est pendant que nous avons du poisson partout dans la cuisine que le vent décide de changer de direction ! Je dois modifier les voiles et corriger plusieurs fois l’autopilote, alors que j’ai les mains dans le poisson et que la cuisine est sens dessus-dessous. À minuit et demi, je termine enfin de mettre tout le poisson sous vide et de la ranger au froid.
Le reste de la nuit est heureusement plus tranquille. Le vent finit par tomber complètement, comme prévu, et nous repassons au moteur.
Plus que quelques milles
Il faut maintenant calculer notre vitesse pour arriver à Mayotte de jour.
Les discussions vont bon train entre les deux bateaux : vaut-il mieux avancer doucement pour économiser du diesel et arriver un jour plus tard, ou aller plus vite pour réduire les heures de moteur et essayer d’arriver avant la nuit ?
Stéphane pousse pour arriver avant la tombée de la nuit, Jost a son propre avis mais continue de suivre notre allure. Le vent finit heureusement par tourner en notre faveur. Nous faisons d’abord du moteur-voile, puis pouvons enfin couper le moteur et avancer uniquement à la voile à bonne vitesse.
Mayotte !
Finalement, nous arrivons avant la tombée de la nuit, après 946 milles nautiques, soit environ 1 752 kilomètres, parcourus en 7 jours et 6 h 40.
Notre vitesse moyenne n’a rien d’impressionnant : 5,4 nœuds, soit environ 10 km/h.


