La plupart des voileux passent par un agent pour faire la clairance, à cause de la barrière de la langue. Jost choisit également d’engager un agent. Quant à nous, nous préférons économiser ces frais et faire la clairance nous-mêmes puisque les autorités parlent français.
Visite à bord
Nous nous rendons à terre au moment où Jost vient chercher son agent et les autorités douanières pour les amener à son bord. On nous demande de retourner sur OLENA et d’y attendre le passage des autorités, puisqu’ils sont en train d’aller au mouillage.
Moins de 10 minutes plus tard, Jost nous appelle et Stéphane va chercher tout ce petit monde : un douanier, un agent de la police d’immigration et une médecin. Ils font le tour d’OLENA en annexe, histoire de faire quelques photos, puis montent à bord et s’installent à la table du cockpit. Ils veulent tous des copies des différents documents, puis demandent à être ramenés à terre sans même jeter un œil à l’intérieur du bateau. On se demande pourquoi ils ont voulu venir à bord.
Pris pour un bancomat ambulant
Le dock est très occupé, plein de bateaux accostent et repartent à peine leurs passagers chargés ou déchargés. On accoste et voilà des locaux qui veulent nous prendre l’amarre.
On nous avait avertis : « Tu n’as pas besoin de donner l’amarre, ils veulent juste ton argent pour la prendre et faire un nœud. »
On demande au local combien il demande : 20'000 ariarys. 4 CHF pour faire un nœud ? Quand on sait que les plus pauvres Malgaches vivent avec 50 CHF par mois, on sait qu’il nous roule.
Jost, un peu plus loin, est informé par son agent que 10'000 suffisent. On propose ce prix, mais le local ne veut rien savoir. Le policier informe Stéphane qu’il n’a rien à payer et Stéph fait son nœud lui-même. De toute manière, nous n’avons encore aucun argent local.
Galère pour tirer 2 millions d’Ariarys
Nous devons faire le tour de plusieurs bureaux, tous réclamant de l’argent cash, en plus des frais des visas et du permis de croisière. Timeo et moi partons à pied en ville à la recherche de bancomats.
Heureusement, j’avais fait des notes indiquant où ils se trouvaient avant de partir de Mayotte, sachant que nous n’aurions pas d’internet à notre arrivée.
Des tuk-tuk sont parqués vers l’entrée du port, chacun nous propose ses services. Pas de cash, on va à pied. Ça fait du bien de marcher un peu et on découvre mieux ce lieu encore inconnu.
Première banque : l’unique appareil est à l’intérieur d’une petite chambre. Un garde est de service et nous demande d’attendre à l’extérieur. Les minutes passent. Plusieurs fois, je vais voir : la personne sort des liasses, il a bien 2 cm d’épaisseur de billets dans sa main et continue d’en prendre. Je me dis qu’il doit bientôt avoir fini. Le garde fait pareil, car ça va long.
Bien 20 minutes plus tard, si ce n’est pas plus, le voici qui sort enfin !
Je teste mes cartes : « Transaction annulée ». Peu importe la carte et le compte choisi. On continue notre chemin pour nous rendre à la seconde banque. Ici, le maximum à tirer n’est que de 200'000, avec les mêmes frais que l’autre pour 800'000. Sachant qu’il nous faut plus de 2 millions, j’annule la transaction.
Une Européenne prend de l’argent à l’appareil d’à côté, je lui demande des renseignements. C’est une Italienne qui vit ici. Elle me conseille la Bank of Africa, celle où vont les étrangers vivant ici. L’appareil de cette banque ici adapterait le maximum qu’il donne selon son degré de remplissage.
Je commence à m’inquiéter quant à mon solde sur ma carte. Étant restés 2 jours sans internet, je n’aurais pas pu me rendre compte si j’avais subi un hack. On a d’ailleurs déjà bloqué les cartes avant certaines traversées, mais hélas, nous devons généralement tirer de l’argent à notre arrivée avant d’avoir accès à internet, ce qui nous a posé quelques petits soucis.
L’Italienne nous emmène dans sa boutique pour nous donner accès à son Wi-Fi. Merci à elle ! Tout est en ordre.
La banque conseillée par l’Italienne est finalement la bonne. Je peux retirer 3 × 800'000 ariarys. Timeo s’amuse à tenir la liasse de 2,4 millions : « On est millionnaires ! » Ça fait quand même près de 500 €, c’est beaucoup d’argent ici.
On est clairement des vaches à lait
Enfin de retour au port, Stéphane et Cyliane sont encore devant le bureau de la police d’immigration. Sans argent, ils n’ont pas pu avancer les formalités.
Là commence une tournée des bureaux, dont, pour la plupart, le seul but semble être de déposer de l’argent pour récupérer une quittance. Ils ne font rien, ils sont juste là pour encaisser. 30 € par-ci, 40 € par-là.
Le bureau d’immigration, en plus du prix des visas, nous demande son dû, mais c’est le seul qui ne nous remet aucune quittance. D’ailleurs, l’argent de son dû finit directement dans sa poche, et cela devant nos yeux. Il nous tamponne les passeports.
La médecin nous attend impatiemment devant la douane pour recevoir son dû. La quittance est prête, mais aucun document d’inspection sanitaire ne nous est remis. Le douanier fait pareil : il attend son dû, un peu plus cher que les autres, nous remet une quittance et voilà.
Puis il nous faut visiter la gendarmerie. Aucune idée pourquoi, mais eux aussi veulent leur dû.
En dernier, nous visitons le bureau du garde-port. Après leur avoir donné les copies réclamées, nous payons leur dû ainsi que le permis de navigation. Nous attendons impatiemment le retour du garde-port afin de recevoir notre permis.
Enfin, la clairance est terminée. La nuit vient de tomber.
Déchargement de ferry
Les enfants étant repartis à bord avec Jost avant la fin de notre clairance, nous nous retrouvons à terre avec notre annexe sans clef. La clef se trouve dans le sac de Cyliane.
Nous contactons Jost, qui part chercher la clef pour nous l’amener. En attendant, on regarde les voitures sortir du ferry. Nous sommes surpris de voir des employés en tongues et pieds-nus remettre les grosses poutres en place qui servent de rampe.
Un peu de frustration
Jost nous raconte avoir fait le même tour avec son agent. Il a même dû se rendre par deux fois aux bancomats pour tirer de l’argent.
On se sent un peu frustrés, avec l’impression d’avoir été pris pour des vaches à lait. Mais on sait qu’on a payé le même prix que les autres passés avant nous avec l’aide d’un agent.
Il y a peu, la clairance était gratuite. Certains habitués parlent d’arnaque. De voir l’agent d’immigration mettre l’argent du visa dans une caisse puis celui du « dû » dans sa poche nous questionne. Ce qui est certain, c’est que ceux qui font leur entrée à Sainte-Marie, à l’ouest du pays, paient les mêmes prix, sauf la douane qui demande le même prix que les autres bureaux.
Ce pays est connu pour sa corruption, dans un contexte de grande pauvreté. Pour certains, ces petits paiements peuvent être un moyen d’avoir accès à de l’argent. Mais bon, ce n’est jamais un moment agréable à passer. Et on sait qu’on va devoir repasser par là pour payer à nouveau les mêmes dûs lors de notre départ.

