Cette traversée de 190 milles nautiques devrait pouvoir se faire en deux jours et une nuit. Nous choisissons une fenêtre météo avec du vent du sud, ainsi on devrait pouvoir être sous voile plus ou moins en ligne droite vers notre lieu d’arrivée.
Ça, c’est la théorie. La pratique est malheureusement différente.
Changement de passe
Pour sortir du lagon de Mayotte, la passe à l’est est la plus proche de Madagascar. Elle est connue pour être mauvaise, voire dangereuse avec du vent du secteur est, surtout lorsque le courant de marée est opposé au vent, ce qui est justement le cas ce matin.
Nous changeons donc nos plans et sortons du lagon par la passe nord, rallongeant notre voyage de 16 milles, soit près de 30 km.
Avec ce détour, il est assez probable qu’on arrive de nuit à Madagascar. On espère que le vent sera en notre faveur et la mer clémente.
Escorte de dauphins
Des dauphins nous accompagnent pendant notre traversée du lagon. D’abord un adulte et son petit, déjà pas mal grand, puis, un peu plus tard, ils sont rejoints par deux autres.
Le lagon étant sans vagues, on les voit à travers l’eau transparente comme rarement. C’est un vrai spectacle de les voir évoluer juste à côté du bateau.
Version courte
Version longue
On arrivera de nuit
Après quelques heures de navigation au plus près du vent, celui-ci tourne et vient de la direction où l’on veut aller.
SERENITY étant un monocoque, il arrive pas mal à remonter au vent, sans toutefois être sur la ligne droite. Quant à nous, c’est plus difficile et on part carrément en direction des Seychelles.
Le vent perd en intensité et continue de tourner. Rien à voir avec les prévisions. On fait au mieux avec les moyens du bord. Là, c’est certain : on va arriver de nuit. On hésite entre ralentir et passer une seconde nuit en mer, ou continuer et aller mouiller de nuit.
SERENITY, qui a Starlink, contacte certains voileux déjà sur place. Les bateaux locaux naviguent sans lumière la nuit. Un des bateaux arrivés quelques jours avant nous en a presque heurté un. Il n’y a pas de lune, donc impossible d’aller jusqu’à Hellville de nuit, c’est trop dangereux.
La baie des Russes, au sud-ouest de Nosy Be, a l’air assez sauvage d’après les images satellites. Jost contacte l’un des bateaux sur place. Tout est bon, il devrait y avoir peu de trafic local, pas de ville, juste quelques petites maisons. Le mouillage est grand et l’entrée facile.
La nuit tombe vers 18 h. Nous sommes encore à un peu plus de deux heures de la baie.
Je passe la dernière heure à l’avant du bateau à scruter l’horizon, munie d’une torche au cas où. Stéphane, depuis le poste de pilotage derrière les plexis, n’a pas une aussi bonne visibilité qu’à l’avant du bateau.
Des lumières un peu partout
Je sursaute, des lumières clignotent. Je pense directement à des dispositifs de pêche, mais c’est SERENITY qui n’a pas éteint ses lumières de mouillage. Dans ces régions, la seule lumière d’ancre en haut du mât est insuffisante pour être bien visibles.
Puis voilà des lumières blanches qui bougent. Elles changent d’intensité. Tendue, je m’imagine des pêcheurs qui éclairent parfois avec leurs téléphones portables pour se faire voir un peu, comme ils le font en Thaïlande.
SERENITY est à l’avant. Je vois que ces lumières passent derrière son bateau. C’est loin, bizarre. Il me faut un bon moment avant de comprendre. Les lumières que je surveille viennent de terre !
Leur intensité, et le fait qu’elles semblent parfois disparaître, viennent probablement des vagues qui cachent puis découvrent les lumières au fur et à mesure. Il n’y a personne sur l’eau, à part nos deux bateaux.
Arrivée à la baie des Russes
On entre dans la baie en suivant SERENITY, qui mouille son ancre à peine à côté de l’entrée.
Je serais allée un peu plus à l’intérieur pour éviter les courants, mais on mouille notre ancre à côté de lui, deux heures après la tombée de la nuit, après un peu plus de 36 heures de navigation.
On est enfin arrivés à Madagascar !
Dernière étape pour Nosy Be
Un peu plus de quatre heures de navigation nous séparent encore de Hellville, la ville principale de l’île de Nosy Be, où nous devons faire notre clairance d’entrée au pays malgache.
Après une bonne nuit de sommeil et un bon petit déjeuner, nous voici repartis pour la dernière étape de cette traversée.
On croise nos premiers bateaux à voile malgaches.
