Près de deux heures trente de marche plus tard, nous arrivons enfin à Akiba ! Un groupe est déjà sur place et le repas de midi va bientôt leur être servi. Comme nous n’avons pas réservé, impossible de nous joindre à eux pour le repas.
Christophe, notre guide, nous explique que nous pourrons faire le tour du domaine après le repas du groupe. Du jus de corossol est proposé, nous en prenons chacun un verre, accompagné de deux tablettes de chocolat pour notre collation de midi, en plus des barres de céréales que nous avons emportées.
L’association Akiba
Christophe nous explique le fonctionnement d’Akiba. Il s’agit d’une association qui gère une ferme intégrée en agroforesterie tropicale. Les agriculteurs de l’association lui vendent leurs récoltes, qui sont ensuite transformées sur place. Plusieurs dizaines de personnes y travaillent, avec pour objectif de contribuer au développement durable des communautés de l’île.
Il n’y a pas si longtemps, les habitants avaient l’habitude de défricher la forêt par le feu pour pouvoir y cultiver du riz. Cette pratique, appelée culture sur brûlis, est aujourd’hui interdite à Nosy Komba. Akiba a vu le jour pour accompagner les agriculteurs dans la transition vers d’autres méthodes de culture, plus respectueuses de l’environnement.
Fabrication de biogaz
Akiba produit son propre gaz de cuisson grâce à une installation de méthanisation. Les restes de nourriture végétale sont introduits dans une grande poche qui sert de digesteur. Des poches de sable placées sur le dessus exercent une pression qui permet au gaz de s’échapper par un tuyau relié aux fourneaux.
Le résidu liquide de la digestion ressort par un autre tuyau et est récupéré dans un bidon. Il est ensuite utilisé comme fertilisant. Nous faisons le tour de l’installation sans percevoir la moindre odeur désagréable.
Le même principe est utilisé pour les toilettes de l’école.
C’est là que nous prenons conscience de l’importance d’une telle installation. Chaque bonbonne de gaz économisée, c’est une de moins à acheminer à dos d’homme, par le même chemin que celui que nous venons d’emprunter ! Et il en va de même pour toutes les denrées alimentaires et les boissons qui ne sont pas produites sur place.
L’école d’Akiba
Akiba possède également une école qui accueille des élèves du primaire et du collège. En plus des cours en classe, les enfants apprennent notamment le jardinage dans le potager d’Akiba.
Nous sommes en période de vacances et l’école est vide. Christophe nous fait néanmoins découvrir les classes. Chacune dispose de son propre bâtiment, avec un toit en feuilles séchées et des grillages en guise de murs. Une construction simple, adaptée aux conditions locales.
Un peu plus loin se trouve la cuisine de l’école. Beaucoup d’élèves mettent plus d’une heure à pied pour venir en classe et restent donc sur place pour le repas de midi. La cuisine se résume à un espace couvert.
Le hameau et son dispensaire
Un bâtiment un peu plus grand abrite les logements des enseignants. Juste à côté, une petite maison accueille le dispensaire.
Il est malheureusement fermé aujourd’hui, mais je pourrai le visiter lors de mon deuxième passage.
Jour de lessive au hameau d’Akiba
Le jardin
Akiba dispose d’un grand jardin destiné à sa propre consommation. J’y découvre notamment des tomates, des aubergines, des piments, du poivre, du combava, du gingembre et toutes sortes d’autres légumes.
La vanille est également cultivée sur place, et quelques ruches viennent d’être installées au milieu des vanilleraies.
En poursuivant la visite, nous passons sous un arbre de cola. Christophe nous explique que ses feuilles sont transformées en alcool et en thé.
Poivre (liane), en bas à droite poivre sauvage, qui ne serait pas un vrai poivre, car provenant d’une plante
Le resort
Il est même possible de venir passer des vacances à Akiba ! Le domaine propose quelques chambres doubles et familiales au cœur de la végétation.
Lors de mon deuxième passage, j’aurai l’occasion de visiter l’une des chambres.
La menuiserie
L’association possède également une menuiserie. Quand on pense que tout le matériel doit être acheminé à dos d’homme, cela fait sens !
Les menuisiers sont justement en train de fabriquer des tables pour une salle de classe. Lors de ma deuxième visite, ils fabriqueront des lits.
En passant devant un étang, Christophe nous montre des planches lestées de pierres et immergées dans l’eau. Il nous explique que cette méthode permettrait de modifier l’odeur du bois et de mieux le protéger contre les termites, même après séchage.
La distillerie
Akiba possède même sa propre distillerie ! On y distille notamment le niaouli, une plante qui pousse sous les cacaoyers, ainsi que l’ylang-ylang, dont j’ai vu un gros arbre sur le domaine.
La distillerie permet aussi de produire des ingrédients destinés à parfumer les chocolats, notamment du combava, une sorte de citron très aromatique, de l’orange amère et du gingembre.
Du cacao au chocolat
Akiba possède quelques cacaoyers. Christophe nous explique les trois grandes variétés de cacao cultivées sur place, puis nous raconte les différentes étapes de leur développement, de la fleur à la cabosse mûre, qui prend une couleur jaune.
Il nous explique ensuite comment les fèves sont transformées en chocolat.
Nous découvrons d’abord l’espace où les fèves sont mises à sécher. Juste à côté se trouve une sorte de grande armoire dans laquelle est ont d’abord fermenté. Cette étape est essentielle pour développer les arômes du cacao avant la suite de la transformation.
La fabrication du chocolat se déroule dans la maison. Plusieurs grosses machines occupent la pièce. L’une d’elles tourne justement avec du bon chocolat à l’intérieur ! Un four à gaz sert à torréfier les fèves, une étape qui contribue elle aussi au développement des arômes.
Tout est monté à dos d’homme !
Akiba a récemment fait acheminer une nouvelle machine destinée à la fabrication du chocolat. Elle pèse 200 kg et, comme tout le reste, elle a été transportée jusqu’ici à dos d’homme. Ils étaient six pour la monter !
Nous regardons autour de nous : deux grands réfrigérateurs verticaux, plusieurs autres appareils ménagers… Tout ce matériel a lui aussi dû être acheminé par le même chemin!
Lors de mon deuxième passage, Jérôme, le propriétaire, se joint à nous pour le repas de midi. Nous lui demandons pourquoi ils n’utilisent pas des zébus ou des ânes pour transporter le matériel.
Avec les zébus, ce serait un peu plus compliqué. Les ânes seraient idéaux, mais il n’y en aurait presque plus à Madagascar.
Jérôme nous raconte qu’avec l’arrivée des tuk-tuks à trois roues jaunes, dans un pays africain voisin, les ânes seraient devenus inutiles et auraient été envoyés en Chine. Il suppose qu’un phénomène similaire a peut-être eu lieu à Madagascar.
Le magasin
La visite se termine par une dégustation des différents chocolats : noir, vanille, éclats de cacao, gingembre, orange amère, poivre, combava et cacahuètes caramélisées. Tous sont élaborés à partir de chocolat noir à 70 % de cacao.
La boutique propose bien d’autres produits : des éclats de cacao, de la vanille en gousses, en poudre, en essence ou sous forme de caviar, des huiles essentielles d’ylang-ylang et de niaouli, des élixirs de litchi, de cola, de vanille et de cacao, ainsi que du poivre, des clous de girofle et des infusions de cola et de gingembre.
Dommage que la boutique n’accepte pas les cartes bancaires et que nous n’ayons pas créé de compte Orange Pay pour les paiements locaux ! C’est justement ce qui me motivera à remonter quelques jours plus tard avec Jost, en compagnie de Timeo.
Descente au village
Après cette belle visite, il est temps de reprendre le chemin du retour.
Nous retrouvons un groupe de lémuriens sur le sentier. J’essaie de les attirer avec quelques bananes bien mûres, mais ils se montrent trop méfiants pour s’approcher. Je finis par déposer les bananes sur un rocher, en espérant qu’ils viendront les récupérer après notre départ.
Nous arrivons trop tard pour visiter le centre des lémuriens. Ce sera donc pour le lendemain.










