Nous voici dans un nouvel atoll, celui de Nilandhe Nord, juste au sud de celui d’Ari.
Plusieurs îles au nord sont décrites comme « paradisiaques ». Toutes doivent avoir un superbe récif. Elles ont aussi toutes la même particularité : un mouillage pas simple, car peu après le récif, les fonds plongent dans les abysses.
Ancrage
Le mouillage choisi est Minimasgali, où nous arrivons en premier. On aperçoit deux tout petits bancs de sable. Ce n’est vraiment pas grand-chose pour ancrer. Je doute un peu, mais à force de m’entendre dire qu’avec l’âge je deviens plus peureuse, je me tais. Je demande quand même si le vent reste au sud – de l’autre côté de l’île – et on me répond que oui.
Stéphane avance doucement vers le récif. À l’avant, il n’y a plus que 1,5 m d’eau. Je fais signe d’arrêter. Stéphane a encore entre 3 à 5 m sous les coques. C’est là qu’on mouille l’ancre.
Tout va bien, mais je demande quand même de mettre une seconde ancre à l’arrière, au cas où le vent tournerait. Stéphane est d’accord et nous faisons la manœuvre avec l’annexe. Jost, ancré à peine plus profond, ne met pas d’ancre de secours.
Je n’aime pas cette situation
Il est un peu plus de 2 heures du matin lorsqu’une vague tape la coque au niveau de notre lit. D’un coup, je m’assieds et lance à moitié endormie :
– Je n’aime pas cette situation.
Ça fait réagir Stéphane, qui me suit tandis que je vais voir l’écran de l’ordinateur de bord.
OLENA est exactement sur son ancre principale, dans peu d’eau, retenu uniquement par notre ancre de secours. Plusieurs grains tournent dans les alentours, ce qui a fait changer la direction du vent. Il vient maintenant du nord et nous pousse vers l’île.
Comme nous ne sommes pas sortis de notre cercle d’évitage, l’alarme d’ancre n’a pas sonné. Jost, lui, s’est fait réveiller par la sienne. Tout comme nous, il tourne autour de son bateau en éclairant l’eau pour voir la situation.
Que fait-on ?
Nous avons ce luxe : l’ancre de secours semble bien tenir. Nous avons donc un peu de temps pour réfléchir.
La corde passe entre le gouvernail et la quille, ce qui n’est pas idéal. On espère qu’elle ne fera pas de dégâts.
Pendant plus d’une heure, on tourne autour du bateau, on observe la situation et on réfléchit. Je tourne littéralement en rond dans le carré, mais je ne vois aucune solution.
Jost semble ajouter ou raccourcir de la chaîne. Nous ne pouvons rien faire avec nos ancres. Les seules options sont de partir ou d’attendre.
Les enfants se réveillent, comprenant que quelque chose ne tourne pas rond. Ne pouvant pas aider, ils retournent se coucher.
Le vent ne tourne pas. Les grains semblent bloqués vers les îles voisines.
On se tire d’ici !
Le vent a tout de même légèrement changé. À présent, la corde de l’ancre de secours passe entre les deux coques. C’est le moment d’agir. On appelle les enfants à la rescousse.
Il y a beaucoup trop de tension sur l’ancre de secours pour pouvoir la remonter. On décide donc de l’abandonner temporairement et de la récupérer en journée.
Impossible de larguer l’ancre de secours tout en utilisant les hélices : on risquerait d’attraper la corde dans l’une d’elles. Impossible également de la lâcher puis d’attendre. Nous sommes trop près du récif et serions échoués avant même d’être hors du chemin de la corde.
Stéphane attache une ceinture de plongée avec 6 kg de plomb au bout de la corde encore à bord.
Nous sommes prêts à manœuvrer, mais voilà que SERENITY est en train de faire sa propre manœuvre devant nous. Seul sur son bateau, cela ne doit pas être facile. Nous attendons.
Il est environ 4 heures du matin lorsque Stéphane donne le GO !
Cyliane largue l’ancre de secours. À ses côtés, je fais le relais avec Stéphane, qui embraye dès que la corde a coulé. Tout va très vite.
Timeo est déjà en train de remonter l’ancre principale. Je saute dans le puits à chaîne pour la ranger au fur et à mesure, évitant qu’un amas ne bloque le guindeau et priant les dieux pour qu’il tienne.
La manœuvre se déroule rapidement et parfaitement. Le guindeau tient bon. Stéphane est vraiment un bon capitaine.
Navigation entre les récifs en pleine nuit noire
Il n’y a pas de lune. Le ciel doit être couvert. Il fait nuit noire. Aux Maldives, il va sans dire que les récifs sont partout.
Nous voilà donc contraints de faire confiance aux cartes satellites et aux cartes marines. Sachant que, suivant l’heure de prise des images, les reflets du soleil peuvent masquer certains récifs, et qu’aucune carte n’est fiable à 100 %.
Après de grands détours autour des récifs, avec SERENITY derrière nous, nous arrivons un peu plus d’une heure plus tard à l’endroit repéré la veille. C’était notre mouillage de secours au cas où celui de l’île se révélerait impossible. Il se trouve au sud d’un récif.
J’ai tracé une ligne rouge à 100 m des récifs sur les images satellites. Cela aide Stéphane : c’est la limite à ne pas franchir pour aller mouiller.
D’après les couleurs visibles sur les images satellites, nous pensions que les fonds étaient suffisants. Ils le sont. Jost mouille en premier. Si les fonds ne tiennent pas, autant préserver notre guindeau. Il nous confirme rapidement que ça tient.
Par 33 m de fond, nous mouillons à notre tour. Nous n’avons pas le choix.
Plongée plaisir
Comme prévu avant l’épisode de la nuit, les hommes vont plonger le long du récif sud de Minimasgali.
Cyliane, avec son otite, reste sur OLENA. Quant à moi, avec ma cystite, je les accompagne comme sécurité de surface.
Une fois les plongeurs sous l’eau, je me rends sur la plage. Comme ils plongent pendant plus d’une heure, j’ai largement le temps de me promener avant d’aller les récupérer.
Dents de raie aigle, trouvées par Timeo le jour d’avant sur cette plage
Récupération de l’ancre
Nous retournons ensuite à notre ancien mouillage pour récupérer l’ancre de secours.
Mais elle n’est plus là où nous l’avons laissée.
Stéphane utilise le reste d’air de sa bouteille pour la chercher. Jost cherche en snorkeling et moi, évitant d’aller dans l’eau, je me penche par-dessus le boudin de l’annexe avec mon masque pour essayer de repérer quelque chose.
Les recherches durent un bon moment, puis voilà Stéphane qui revient avec la corde.
Elle avait glissé, et comme elle est de la même couleur que le sable, elle était difficile à voir.
Jost et moi hissons l’ancre à bord pendant que Stéphane démêle la fine ligne de son enrouleur, un outil bien pratique pour effectuer des recherches sous l’eau.

