Ça mord à tous les coups
On a le droit de pêcher à la ligne, mais uniquement de quoi nourrir l'équipage pendant trois jours, sans congélateur et sans partager les prises. Nous devons tenir un journal de pêche indiquant la date, le temps de pêche, le nombre de lignes, les espèces, leur taille, leur poids ainsi que le lieu de capture. Ce journal devra être remis aux autorités à notre départ.
Les hommes – Stéphane, Timeo et Jost – partent donc pêcher à la passe, suivant les conseils d'autres voileux qui nous avaient raconté à quel point il était facile d'y attraper du poisson. Eh bien, ils n'avaient pas exagéré !
Il faut plus de temps pour rejoindre la passe, située à un peu plus de quatre kilomètres du mouillage, qu'il n'en faut pour pêcher. À peine les lignes à l'eau que ça mord.
Ils y retournent régulièrement et me ramènent des thons et des bonites pour faire du sashimi ou du mi-cuit, un mérou – qui m'a rendu un peu triste, car j'adore les voir en plongée, mais j'avoue que dans l'assiette, c'est un délice ! —, un wahoo et une carangue bleue. On se régale !
Cyclone en vue ?
Le temps n'est pas fameux. On a souvent de la pluie et du vent. C'est normal à cette saison. D'ailleurs, c'est justement pour attendre le changement de saison que les navigateurs font escale aux Chagos.
Mais voilà que les prévisions annoncent le passage d'un cyclone sur Diego Garcia, une autre partie de l'archipel située à environ 200 km de nous. J'avoue que je ne comprends pas trop : à 5° sud, on est très près de l'équateur, où les cyclones sont normalement impossibles.
On en discute beaucoup entre voileux. L'un d'eux pense qu'il va se résorber, comme la plupart des systèmes similaires qu'il a suivis ces derniers mois.
Avec Jost, nous passons en revue les différentes options si le cyclone décide finalement de nous rendre visite. Vu l'état du BLACK ROSE, on n'a pas très envie de nous retrouver ici avec des vents violents.
Par chance, le cyclone perd en intensité et finit par n'être plus qu'une dépression.
En revanche, ça ne nous arrange pas beaucoup. Notre permis arrive justement à échéance au moment de son passage, ce qui génère une forte houle à l'extérieur de l'atoll, exactement dans la direction où nous voulons partir.
Nous demandons finalement aux autorités une prolongation de trois jours en raison de la météo et des vents contraires. Elle nous est accordée et, très gentiment, ils ne nous facturent pas ces trois jours. Merci à eux !
En revanche, si nous devions encore prolonger, ils nous factureraient une semaine supplémentaire. C'est une bonne surprise, car des bateaux ayant demandé un permis de quinze jours au lieu de quatorze se sont vu facturer trois semaines. On s'attendait donc à recevoir une facture.
« La navigation, c’est réparer son bateau dans des endroits paradisiaques »
Cette expression est tellement vraie !
Jost se plaint qu'il nous perd régulièrement à l'AIS et qu'il ne nous entend plus à la VHF alors que nous ne sommes qu'à quelques milles. Pourtant, nous recevons des bateaux beaucoup plus éloignés que lui et entendons sans problème des conversations VHF lointaines. D'autres navigateurs nous disent également perdre régulièrement notre signal AIS.
Je hisse Stéphane en haut du mât. Il attache un fil d'Ariane au câble de l'antenne afin que nous puissions le faire redescendre sur le pont.
L'extrémité située en tête de mât est complètement corrodée, malgré l'adhésif auto-amalgamant qui la protégeait. Les presque trois mois de démâtage où il était couché, en pleine saison des pluies, n'ont certainement pas aidé.
Il coupe les extrémités du câble, refait les connexions, puis nous remontons les plus de vingt mètres de câble à l'intérieur du mât.
J'ai ressorti ma machine à coudre et Jost en profite pour me demander de réparer son bimini.
La fermeture éclair située au-dessus de son écran de navigation, remplacée récemment en Malaisie, est trop tendue et laisse passer l'eau. Comme il lui reste du tissu de bimini, il décide de condamner complètement cette fermeture en cousant un grand patch par-dessus.
Au moins, maintenant, c'est parfaitement étanche ! Ce sera un peu moins pratique pour accéder à son panneau solaire, mais c'est son choix.
Quelques cocos avant le départ
Anciennes plantations destinées à la production de coprah, les îles regorgent de cocotiers.
Les plages sont couvertes de noix de coco, dont la plupart sont encore bonnes à manger. À part les crabes de cocotier et les rats, présents seulement sur certaines îles, il n'y a pas grand monde pour en profiter, si ce n'est les voileux de passage.
Elles sont délicieuses, même si elles sont nettement plus petites que celles que nous avons trouvées ailleurs.
Les OCELOT en font même griller pour l'apéro. Ils appellent ça du « popcorn tropical » : de petits cubes de coco fraîche revenus dans un peu d'huile puis salés. C'est excellent !
On en décortique quelques-unes en retirant toute leur fibre pour ne garder que la noix, que l'on stocke ensuite dans notre garde-manger.



