Les ruines de Boddam
On fait la traversée du lagon à cinq dans notre annexe pour aller visiter ces fameuses ruines ainsi que le cimetière.
On s’échoue sur la plage, juste à côté de ce qui devait être, à l’époque, un débarcadère. Aujourd’hui, il n’en reste qu’une avancée de quelques mètres en blocs de pierre plus ou moins plats. Elle est couverte de cocotiers et d’autre végétation, au point qu’il serait difficile d’aller jusqu’au bout, lequel commence d’ailleurs à s’effriter.
À la base de la jetée se dresse un ancien treuil manuel. Son tambour est percé de trous dans lesquels on glissait de longues barres pour le faire tourner et déplacer de lourdes charges. En le voyant, on imagine aussitôt des hommes poussant ces longues perches pour hisser les cargaisons jusqu’au quai.
Au pied de la jetée se trouve une grande croix blanche. À sa base sont posés une sculpture représentant un livre ouvert ainsi qu’un panneau commémorant la visite de Chagossiens en 2022.
À gauche se trouvent les ruines du village. À droite, à une dizaine de minutes de marche, le cimetière. L’église étant située dans le village, je me demande pourquoi le cimetière est si éloigné. Chacun à son rythme, on part découvrir les ruines.
Le village
Le « Yacht Club » est une ancienne maison en ruine aménagée par des voileux de l’époque, lorsqu’il était encore possible de rester des mois aux Chagos et que les règles étaient bien moins strictes. On reconnaît facilement l’endroit aux nombreux objets suspendus ou posés un peu partout. Le toit a disparu, mais le foyer est toujours là. C’est d’ailleurs le seul endroit de l’atoll où il est autorisé de faire du feu.
Le foyer se trouve aujourd’hui juste sous les branches d’un gros arbre. Nos projets d’y faire une grillade tombent vite à l’eau. Non seulement les branches représentent un danger, et il est interdit de les couper, mais surtout les moustiques nous dévorent littéralement malgré nos habits longs, justement enfilés pour nous en protéger.
Quant au reste du village, il ne subsiste que des murs ou des pans de murs disséminés dans la végétation. Certaines maisons possèdent un grand trou dans leur sol, avec les restes d’énormes conduites métalliques. Nous n’avons pas réussi à comprendre à quoi elles servaient.
On retrouve aussi de nombreux rails et roues, que l’on imagine utilisés pour déplacer les lourdes charges, certainement les sacs de coprah.
Juste avant d’arriver à l’église, on passe devant ce qui devait être la prison : un petit bâtiment composé de trois cellules dont les portes donnent directement sur l’extérieur.
Puis vient l’église. Il n’en reste plus que les murs. On peine à imaginer que le village n’a été abandonné qu’il y a une cinquantaine d’années. La nature reprend vite ses droits, et encore plus vite sous les tropiques.
Crabes géants
On se retrouve souvent nez à nez avec de gros crabes de cocotier. Je savais qu’il y en avait, mais je les croyais cachés pendant la journée. D’habitude, c’est surtout le soir qu’on les observe.
Ces grosses bêtes n’inspirent pas vraiment confiance. Le crabe de cocotier est le plus gros crabe terrestre du monde et possède une force impressionnante dans ses pinces. Un bon coup pourrait facilement nous casser un orteil, et il va sans dire qu’on est en tongs. On s’est habillés en manches longues pour les moustiques, mais on n’a pas pensé aux crabes.
Le cimetière
Je poursuis seule jusqu’au cimetière, en suivant les bandes de plastique rouge attachées à certains arbres. Par endroits, il faut chercher un peu, le sentier est à peine visible.
Puis apparaît une clairière : le cimetière. C’est un endroit très vert, entouré d’arbres, mais qui, lui, ne s’est pas transformé en jungle. On apprendra plus tard qu’il est régulièrement entretenu par l’équipe britannique de Diego Garcia.
Une voileuse m’avait raconté qu’à l’époque, les autorités britanniques auraient effacé les noms figurant sur les tombes. Je fais le tour du cimetière et, à part une tombe – sans doute celle de l’épouse d’un administrateur ou d’une autre personne importante – je ne vois aucun nom, aucune gravure, aucune plaque... rien. Si ces inscriptions ont réellement été supprimées volontairement, quel manque de respect!
Mon recueillement dans ce cimetière me fait passer par une multitude de sentiments : beaucoup de tristesse, de la honte face à l’esclavage, de la honte face aux déportations, mais aussi de l’incompréhension devant les différents gouvernements qui empêchent encore aujourd’hui certains Chagossiens qui le souhaitent de revenir vivre sur leurs îles.
Je croise Jost sur le chemin du retour ; il part, lui aussi, visiter le cimetière. Les enfants et Stéphane attendent déjà à l’annexe. Ils ne sont pas allés jusque-là : ils ont déjà assez vu... et surtout, ils se sont fait assez dévorer par les moustiques. Quant à moi, je pourrais passer des heures à examiner chaque pan de mur, en essayant de comprendre à quel bâtiment ou à quel objet il appartenait.






