Mission Sea Mercy à Yadua

 


Une fois l’ancre posée, nous nous rendons en annexe au village de Yadua (prononcé Yandua) qui se trouve une baie plus loin.

Wame, notre correspondant, nous attendait sur la plage pour nous accueillir. Il veut nous amener vers le chef du village faire le rituel Sevu-sevu. Pressée par le temps, je lui demande s’il est possible de le faire plus tard ou le lendemain. Non, le rituel est très important. Wame avait organisé le Kava que nous n’avions pas pris, pensant que l’aide humanitaire se passerait de ce rituel.

Un groupe d’hommes était assemblé en train de boire du Kava. Ils organisaient les funérailles de la personne décédée lors du passage de l’ouragan. Ils ont fait une petite pause pour faire le rituel Sevu-sevu afin qu’on puisse commencer notre travail.

 

Distribution de l’aide et première évaluation

Stéphane est retourné aux bateaux avec une barque et des villageois pour charger les sets hygièniques et les bidons contenant près de 600 litres d’eau. Pendant ce temps, Karine s’est rendue chez l’infirmière du village pour voir quels sont les besoins médicaux et hygiéniques. Nos enfants sont restés à la salle commune avec Michelle pour distribuer les sceaux hygiéniques et l’eau.

Elina a fait la partie administrative, car les sponsors des sets voulaient savoir qui bénéficiait des sets, avec une signature des bénéficiaires. Cyliane s’est occupée de faire les photos de chaque bénéficiaire avec son sceau et son eau. Michelle m’a dit qu’Elina avait été exemplaire, car nombreux étaient ceux qui d’abord ne voulaient pas signer le document ni se faire photographier. Avec une grande patience, elle expliquait à chaque fois la nécessité afin de s’assurer que les sponsors donneront à nouveau des sets lors d’un prochain cyclone.

Richard et moi étions occupés à lister les besoins du village avec 3 dames afin de pouvoir transmettre la liste au plus vite. Internet et le téléphone ne fonctionnant plus sur l’île après le passage du cyclone, je suis retournée sur OLENA dès notre liste terminée pour envoyer un message au coordinateur.

Richard a fait un tour du village pour compter le nombre de cuisines détruites (les cuisines sont souvent séparées des maisons) et de voir combien de bâches pourraient leur être utiles pour abriter les villageois dans le besoin.

De retour au village, j’ai été livrer les sets hygiéniques et l’eau aux 2 personnes âgées qui ne pouvaient pas se déplacer.  Deux adolescentes m’ont accompagnée, dont Carlyne, une fille de 11 ans qui ne parlait pas l’anglais. Elles ont profité de me faire visiter le village, le nouveau village (construit pour les familles qui ont perdu leurs maisons lors du cyclone Evan en 2012) et l’école. J’ai ainsi pu faire une évaluation des dégâts en photos que j’ai pu transmettre au coordinateur. Carlyne me prenait à tout moment la main pour marcher à mes côtés.


Le village comporte 52 habitations, un peu moins de 200 habitants. 10 habitations ont complètement été rasées, le vent emportant tout le contenu des maisons de ces 10 familles. Bon nombre de maisons ont été endommagées.

29 cuisines ont été endommagées dont 18 détruites. Les cuisines sont généralement une toiture en tôle ondulée soutenu par des bois, autour desquels quelques tôles sont posées afin que les animaux y entrent moins facilement.
L’école a été rasée, c’est la 3ème fois qu’ils perdent leur école à cet endroit. Le cyclone Evan en 2012, le glissement de terrain lors du passage de Winston en 2016 puis Yasa en 2020. Il aurait été décidé que l’école sera reconstruite ailleurs cette-fois.

 

Système d’eau

Stéphane a inspecté le système d’eau du village avec l’un des responsables.  Le village a un forage profond, munie d’une pompe fonctionnant à l’énergie solaire. L’eau est amenée à des réservoirs en hauteur, réservoirs qui ont été endommagés lors du passage de Yasa. Le village boit également de l’eau de pluie, mais un grand nombre de citernes ont été endommagées par le cyclone. Stéphane cherche un autre plan d’eau pour pouvoir installer un dessalinateur. L’idéal serait de l’eau de mer, mais avec les marées, il est impossible d’installer un dessalinateur qui soit près de l’eau à tout moment. Ils vont utiliser l’ancien plan d’eau douce, qu’ils utilisaient avant le forage de 2007. Ce plan d’eau est devenu de l’eau assez sale, un petit ruisseau dans lequel ils font leur lessive en amont est dévié pour arriver dans ce plan d’eau que les enfants utilisent en tant que piscine.

A l’aide d’une pelle, on dévie le ruisseau une nouvelle fois afin qu’il ne passe plus par le plan d’eau.

 

24 décembre 2020


Comme convenu, les villageois sont venus à 8 heures avec une barque pour chercher un système de dessalinateur. Bizarrement, SKYBIRD ne répondait pas à la VHF, Stéphane a dû aller les réveiller.

L’équipe B, composée de VAVA-U, O2, HULLABALLOO et BLUE SPIRIT arrive dans les mêmes heures pour nous amener du matériel et faire une petite séance rapide. SKYBIRD ne répondant toujours pas à la VHF, Stéph se rend une seconde fois chez eux pour aller les chercher.

L’équipe B nous a remis du matériel supplémentaire, mais pas la nourriture de l’évaluation, qui  devrait être livrée par la croix rouge. Nous leur remettons quelques kits de sets hygiéniques, car ils continuent leur route, leur mission se trouve à quelques heures de navigation plus loin aux îles de Galoa et de Tavea.

Au départ de l’équipe B, POGEYAN et OLENA sommes partis pour le village, pensant que SKYBIRD nous suivrait. Le soir nous avons été surpris d’apprendre qu’ils ont profité de la matinée pour faire un peu de snorkelling, le reste de la journée ils l’ont passée à socialiser avec les villageois, ont assisté à l’enterrement et certains villageois ont profité des massages shiatsu de Karine. Apparemment, nous n’avons pas les mêmes idées de notre mission Sea Mercy. Ça nous frustre un peu car nous sommes conscients de délaisser nos enfants en les laissant seuls sur OLENA la veille et le jour de Noël. Mais nous ne sommes pas là pour se chercher des embrouilles, alors on met notre frustration en sourdine.

Une bonne dizaine de villageois ont aidé Stéphane et Richard à fabriquer un abri pour le système de dessalinateur. Ca a pris une bonne partie de la journée. Nous étions un peu pressés par le temps, car nous savions que l’enterrement aurait lieu ce-jour et certains villageois nous ont informé ne pas vouloir d’étrangers sur l’île pendant l’enterrement. Ayant conscience de l’importance de l’eau potable, l’un des responsable a pu avoir le OK pour que l’on puisse rester vers le plan d’eau, un peu en retrait du village, à construire et installer le système.

Le système est fonctionnel, par contre l’odeur de l’eau est infecte. Un ancien nous explique qu’à l’époque ils vidaient le plan d’eau régulièrement pour le nettoyer afin d’avoir de l’eau fraîche. Stéphane part sur OLENA chercher notre pompe 220V alors que des villageois organisent une génératrice. A l'aide de la pompe + de la pompe de la dessal, nous vidons le plus possible le plan d’eau.

Une fois nos travaux terminés, un repas nous attendait chez Wame. Ce peuple est incroyable, nous venons pour leur amener de l’aide et du matériel et eux nous nourrissent, avec le peu qu’il leur reste !

Ici aussi on a eu droit à un article dans le journal, utilisant mes photos. On y voit Stéphane avec le niveau. Pour voir l’article, cliquez ici.

 

Réveillon de Noël

La vie continue normalement, même après le passage d’un ouragan, aussi fort soit-il

 

Nous n’avons pas eu le temps de se faire un super repas de Noël, mais les enfants nous ont préparé un joli petit show avec des chansons en français, allemand, anglais et espagnol !

SKYBIRD ont eu la bonne idée d’organiser une fin de soirée en commun chez eux. Les enfants ont préféré rester sur OLENA devant un film.

  

25 décembre 2020


Nous nous rendons au plan d’eau en ce jour de fête pour un contrôle. Nous avons la mauvaise surprise de voir le trou rempli d’une eau stagnante pleine d’insectes. Il faut à nouveau le vider, mais cette-fois on va essayer de le faire à l’aide de sceaux pour prendre l’eau du dessus, plus sale.

En très peu de temps, quelques jeunes sont arrivés avec des sceaux et se sont attelés à la tâche. Plus le temps avançait, plus il y avait de monde.

Il nous fallait vider l’eau dans le ruisseau une dizaine de mètres plus loin afin que l’eau ne revienne pas dans le plan d’eau. Pour ceci, nous avons utilisé la pompe de Stéphane, qui s’avérait être un peu plus lente que ce que les jeunes vidaient. Avec les nouveaux arrivants, nous avons en plus formé une chaîne afin d’amener l’eau au ruisseau.

Certains jeunes plongeaient dans cette eau boueuse pour aller enlever les feuilles mortes et branchages amassés au fond au fil du temps.

Ces travaux ont été faits dans les rires et la bonne humeur. Aux passages des sceaux ils criaient « joyeux Noël ! » puis le suivant répondait « bonne année ! ». Certains s’amusaient à se gicler ou se renverser les seaux les uns sur les autres. Comme nous avons pris part à la chaîne, nous avons fini plus ou moins mouillés, les taches de boue n’étant pas faciles à faire partir des habits.

Le résultat était un peu mieux mais ce n’était toujours pas parfait. Stéphane est allé chercher l’un de nos filtres 5 microns combiné avec du charbon actif. Après ça, c’était parfait.

 

Pompe de forage

Alors que nous étions occupés à vider le plan d’eau, Richard a voulu retourner voir le système de pompe du village. Le forage et la pompe ont l’air d’être en ordre. Par contre les 3 panneaux solaires ont été arrachés de la structure, l’un a la vitre complètement brisée, le second a les câbles complètement arrachés et le dernier a l’air en ordre. Il reste un tout petit panneau solaire qui aux premiers abords semble être un mystère, résolu par Stéphane. C’est un capteur solaire qui met la pompe en marche quand le soleil donne assez de courant.

Richard retourne à son bateau et revient avec une génératrice et plein d’outils, il veut tenter l’impossible et faire fonctionner la pompe. Sa persévérance paye, il réussit à remettre les panneaux, à faire les branchements et trouve même un petit panneau pour remplacer le capteur solaire. La pompe est fonctionnelle ! Par contre nous ne savons pas combien de temps le panneau avec la vitre cassée va tenir ni combien d’eau le village pourra réellement utiliser puisque certains réservoirs où la pompe va stocker son eau ont été endommagés.

En ce jour de Noël, les enfants n’ont pas voulu revenir au village et sont restés seuls à bord. Nous communiquions par VHF et se voit lors de nos aller-retours pour prendre du matériel.


L’histoire du passage de Yasa par les habitants

Tous nous ont conté que jamais un cyclone avait duré aussi longtemps. Pendant plus de 8 heures ils ont eu du vent très fort. Certains se sont réfugiés dans l’école, un bâtiment en hauteur du village, composé de 4 salles l’une à côté de l’autre. Le toit s’est envolé, les parois sont tombées, un vieil homme a perdu la vie sous l’une de ces parois.

L’école n’étant plus un abri, les gens se sont coincés sous le plancher du sol de l’école. Un papa m’a dit qu’il avait enroulé ses enfants (3&5 ans) dans une couverture pour qu’ils soient mieux protégés. L’école est construite sur une pente, l’arrière est posé au sol, l’avant sur des pilotis. Aux endroits les plus hauts il doit y avoir moins de 50cm de hauteur. Je n’imagine pas l’horreur que ça a dû être pour ces gens là-dessous. Il pleut à verses avec un vent effroyable, le sol est détrempé. Il n’y a aucune visibilité, on ne voit même plus les maisons à quelques mètres.

De plus, le terrain à cet endroit a tendance à glisser, l’école précédente s’est effondrée après un glissement de terrain. La maison du professeur principal, à quelques mètres de l’école, a été déplacée pendant Yasa d’un gros mètre suite à un glissement de terrain. Ces gens ont eu beaucoup de chance.

Le vent a pris les citernes d’eau en plastique qui n’étaient pas trop pleines et les a promenées à travers le village. La grosse citerne de l’église s’est encastrée dans un bâtiment à près de 100m de distance. 3 autres citernes ont fini dans le même coin. Malheureusement, avec des déplacements pareils, le plastique casse, les citernes sont bonnes à jeter.

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