Nous voici enfin arrivés aux Maldives ! Après une bonne nuit de sommeil bien méritée, nous accueillons la petite troupe des autorités venue contrôler le bateau et tamponner nos passeports. Notre agent – obligatoire pour entrer aux Maldives en voilier – est pris par les nombreux bateaux entrants et sortants. Il nous envoie donc l’un de ses employés, qui nous informe que l’agent aimerait nous rencontrer le soir à terre.
Notre agent est un peu débordé
Certains voileux nous racontent que l’agent organise régulièrement des BBQ de bienvenue sympas. On se réjouit déjà. Mais durant les quatre jours de notre présence à Uligam, il est tellement pris par les bateaux en partance pour la mer Rouge qu’on le croise à peine. Nous n’aurons pas de BBQ.
Même lors de notre rendez-vous du soir au restaurant, il passe juste dire bonjour avant d’aller s’installer à une autre table.
Au moment de quitter le restaurant, on le recroise. Jost profite de lui échanger des Dollars Américains contre des Rufiyaa maldiviens. Les locaux aiment avoir des dollars, car lorsqu’ils voyagent à l’étranger – notamment au Sri Lanka – c’est souvent leur seule monnaie d’échange. Beaucoup de Maldiviens s’y rendent régulièrement, surtout pour se faire soigner lorsque les problèmes médicaux deviennent plus sérieux.
Déçus… mais heureusement, on se trompe !
La première chose qui nous frappe aux Maldives, c’est l’air. La visibilité n’est pas terrible. Il fait beau, mais c’est brumeux. Ce n’est pas du tout l’image que j’avais gardée des Maldives. Certains locaux disent que cela vient de la pollution de l’Inde. On n’en sait rien, difficile de juger.
Pendant la traversée, nous avions lu pas mal d’informations pour les voileux : interdiction d’aborder les îles habitées, seuls quelques resorts acceptent les visiteurs arrivant en voilier, souvent avec un droit d’entrée par personne en plus des prix déjà exorbitants des restaurants. Un simple Coca coûte facilement 6 US$.
Dans quelques jours commencera le Ramadan. Les Maldives étant une république islamique, je lis qu’il est interdit de manger ou boire en public durant la journée, même pour les touristes. Sauf bien sûr dans les îles privées des resorts… et sur nos bateaux.
Nous devons aller à Malé et Hulhumalé pour nous réapprovisionner pendant le Ramadan. Sous cette chaleur tropicale, nous n’aurons même pas le droit de boire de l’eau dans la rue.
Jost et moi nous demandons sérieusement ce que nous allons faire pendant trois mois dans ce pays. Impossible de continuer vers l’océan Indien avant mai : les alizés ne sont pas encore établis et c’est encore la saison cyclonique dans l’hémisphère sud.
On se dit qu’on aurait probablement mieux fait de rester plus longtemps en Asie, où tout est beaucoup moins cher. Ici, les frais tombent de partout : frais d’ancrage journaliers – sans aucun service – , tracker obligatoire qu’on ne peut même pas brancher…
À ce moment-là, on est loin d’imaginer qu’on se trompe complètement.
Certaines règles ont changé récemment et, niveau météo, on a traversé au bon moment. Les bateaux partis quelques semaines après nous n’auront presque pas de vent, voire du vent de face. Plusieurs devront s’arrêter au Sri Lanka pour faire le plein du carburant, engager un agent pour les formalités et même payer une amende parce que leurs papiers douaniers ne mentionnent pas le Sri Lanka comme destination.
Des règles parfois… surprenantes
Au bas des papiers douaniers figurent déjà quelques règles. En plus de cela, notre agent nous remet une feuille contenant 26 points.
Certaines règles relèvent simplement du bon sens. D’autres nous font sourire. Et certaines restent mystérieuses.
Petit extrait :
- Tout article retiré définitivement du navire doit être signalé aux douanes pour approbation préalable. Cela comprend les ordures, les cadeaux et les objets usagés.
- Il est strictement interdit de laisser à bord un objet ou une personne sans autorisation.
- Il est strictement interdit de débarquer sur une île sans autorisation.
- Animaux dangereux : chiens / porcs
- Les locaux n’ont pas le droit d’aborder un voilier et l’équipage n’a pas le droit de monter sur des bateaux locaux sans permis douanier valide.
- Les transactions avec les pêcheurs sont interdites au mouillage ou dans les ports. Ces activités doivent être effectuées à terre.
- Les boissons alcoolisées sont strictement interdites à terre et ne doivent pas être données aux locaux.
- Les déplacements entre le bateau et la terre doivent avoir lieu avant 22h00. Il est permis de rester à terre après cette heure, mais aucun déplacement en bateau ou annexe n’est autorisé après 22h00.
- Le déplacement du bateau vers une autre île ou un mouillage éloigné nécessite une autorisation préalable des douanes.
- Pour aller à terre ou visiter des villes et villages, chacun doit être habillé modestement. Les vêtements couvrant les épaules et les genoux sont acceptables.
- Tout changement au permis de croisière doit être immédiatement signalé aux autorités douanières.
On discute notamment de l’histoire des poubelles et de l’interdiction d’aborder d’autres bateaux avec l’employé de notre agent. L’agence aurait des poubelles « agréées » pour les déchets des voileux. Et heureusement, il nous confirme que nous avons bien le droit de monter sur les bateaux des centres de plongée où nous réservons des sorties.
Le fameux tracker
Tout bateau de croisière traversant les Maldives doit être équipé d’un tracker fourni par les douanes maldiviennes. En plus de devoir laisser notre AIS allumé 24h/24, nous devons louer cet appareil pour 6.66 US$ par jour.
Avant de quitter Uligan, notre agent nous apporte le tracker. Sauf qu’il nous est impossible de l’utiliser : il possède une prise locale, alors que nos deux bateaux sont équipés de prises européennes avec adaptateurs suisses. Ils n’ont aucun adaptateur à disposition.
L’employé de l’agence nous explique alors très honnêtement que l’important avec cet appareil… c’est surtout l’argent qu’il rapporte aux douanes. Effectivement, nous allons transporter ce tracker du nord au sud des Maldives pour environ 500 US$. Plus précisément 499.50 US$ pour les 75 jours où il restera à bord.
Mais le plus absurde reste l’appareil lui-même.
Le tracker fonctionne en 12V, mais son câble a été coupé pour être raccordé à un transformateur 230V. Tous les voiliers disposent pourtant de prises 12V. Même les bateaux en 24V en ont. Il aurait suffi d’ajouter une simple prise allume-cigare !
À cause de ce système, nous devrions laisser tourner notre convertisseur 230V 24h/24. Cela consommerait 2 ampères/heure à vide et userait inutilement le matériel.
Le permis de croisière
Pour établir notre permis de croisière, l’agent veut connaître notre programme exact.
Le problème, c’est qu’en voilier, nos déplacements dépendent surtout du vent. Et nous ne connaissons encore ni les îles ni les mouillages.
Pour commencer, nous lui donnons simplement Malé comme destination, car nous devons y récupérer le frère de Jost dans quelques jours. Notre agent nous prépare alors un permis avec des îles dont nous n’avons jamais entendu parler et des dates qui ne correspondent pas vraiment à nos plans.
Très vite, on comprend que la règle disant que « tout changement au permis de croisière doit être immédiatement signalé » est totalement irréaliste.
Pour notre second permis, nous lui envoyons en exemple celui reçu par d’autres voileux via un autre agent. Un permis valable trois mois avec simplement tous les atolls mentionnés. Exactement ce qu’on veut.
Mais notre agent nous répond qu’il faut refaire un permis chaque mois. Il nous prépare encore un document rempli de destinations inconnues… tout en oubliant l’île que nous avions explicitement demandé d’ajouter.
Pour le troisième permis, après nous avoir demandé notre programme, nous ne recevrons même plus aucun document.
À ce stade, on abandonne. A quoi bon se prendre la tête ?
Les Maldives, ça coûte cher !
Tout le monde sait que les Maldives sont chères. Mais peu de gens – locaux compris – imaginent que ça l’est aussi pour les voileux.
- Permis d’entrée 13.33 US$
- Permis de contrôle portuaire 13.33 US$
- Taxes de balisage maritime 6.66 US$
- Clairance douanière d’entrée et sortie 33.33 US$
- Permis de croisière : gratuit pour les bateaux de notre taille
- Frais d’ancrage jours 1-6 gratuit
- Frais d’ancrage jours 7-45 4.33 US$ /jour
- Frais d’ancrage jours 46-90 6.66 US$ /jour
- Certificat sanitaire 65 US$
- Tracker 6.66 US$ /jour
- Frais d’agent 250 US$
- Changement d’équipier (par équipier et changement) 35$ (pas concerné)
- Transport pour effectuer la clairance 20 US$
Et à tout cela s’ajoute encore la TVA de 16 %.
Au final, nous aurons quand même une bonne surprise : la TVA n’est pas appliquée sur tous les postes et l’agent nous accorde un petit rabais puisque nous sommes deux bateaux.
Nous paierons finalement un peu plus de 17.25 US$ par jour pour nos 77 jours passés aux Maldives.
