L’île locale d’Uligan
Uligan est une île locale, un assez grand village que l’on prend plaisir à visiter. Les murs des anciennes maisons sont faits de blocs de corail découpés et cimentés comme des briques. C’est joli, même si l’on voit bien que cela ne résiste pas aux décennies. D’ailleurs, certains murs en briques classiques vieillissent tout aussi mal.
Les rues ne sont ni pavées, ni bétonnées, ni goudronnées. Elles sont en sable et c’est agréable d’y marcher pieds nus. Les gens se déplacent surtout à vélo, parfois en moto, et utilisent de petits trois-roues motorisés pour transporter personnes et marchandises.
L’île n’est pas grande : un peu plus de 2 km dans sa longueur et environ 800 mètres dans sa largeur maximale. Comme elle a grossièrement la forme d’un triangle, cela ne représente finalement pas beaucoup de surface.
Des sièges sont installés un peu partout dans les rues. Ce sont des sortes de bancs faits de filets tendus sur des structures métalliques, parfois alignés par deux, trois ou plus. Sous certains grands arbres pendent aussi des sièges individuels. Très vite, on comprend que les habitants s’y retrouvent régulièrement pour discuter en petits groupes.
Il y a des places de jeux, un terrain de foot, des installations de sport et plusieurs mosquées. L’île donne l’impression d’avoir tout ce dont elle a besoin.
L’une des choses qui nous frappe dès notre arrivée, c’est la propreté. Après l’Asie du Sud-Est où le sol sert souvent de poubelle, les rues d’Uligan – et des Maldives en général – nous étonnent par leur propreté.
Nous visitons quelques petites échoppes. Après une traversée, nous sommes tous à la recherche de nourriture fraîche : fruits, légumes, œufs et, si possible, un peu de viande. Les boutiques sont petites et l’on se déchausse avant d’y entrer. Cela ressemble beaucoup aux échoppes d’Asie du Sud-Est : des étagères serrées remplies d’un peu de tout.
Et là, bonne surprise : nous trouvons des boîtes de poulet en conserve ! Cela faisait des années que nous n’en avions plus vu. C’est exactement le même principe que le thon en boîte, mais avec du poulet cuit. Très pratique et aussi polyvalent.
Nous achetons uniquement ce dont nous avons besoin. Personne ne sait vraiment quand arrivera le prochain bateau de ravitaillement et il faut laisser de quoi aux autres, locaux comme voileux.
Le soir, nous allons au restaurant pour attendre notre agent. Situé au bord de la plage, avec une jolie terrasse en bois, le restaurant nous surprend : le sol est en sable à l’intérieur. C’est joli et différent, même si cela doit être poussiéreux. Nous nous installons en terrasse avec vue sur la plage.
Les prix nous étonnent aussi : une assiette de poisson-riz coûte environ 5 à 6 US$. Rien à voir avec les resorts. Et la cuisine n’a rien à voir non plus.
Un peu pressés
Etant arrivés tout au nord des Maldives 10 jours avant l’arrivée du frère de Jost à Malé, il nous faut nous dépêcher de traverser une bonne moitié du pays – environ 335 km à vol d’oiseau – pour le rejoindre.
Même s’il pourrait nous rejoindre en ferry quelque part, nous sommes également pressés de rejoindre l’atoll d’Ari, au sud-ouest de Malé, où des amis passent leurs vacances.
Après seulement trois nuits à Uligan, nous repartons donc à l’aventure avec Jost.
Prochaine escale : Kelaa Reef, un petit atoll situé au nord du grand atoll de Thiladhunmathi, lui-même juste au sud de celui d’Uligan (Ivahandhippolhu).
Oui, c’est un peu confus. Les Maldives sont composées de grands atolls contenant eux-mêmes une multitude de petits atolls, îles et lagons.
Echoué sur un banc de sable
Comme d’habitude, je prépare soigneusement notre route en vérifiant toutes les cartes marines et images satellites que je possède. Nouveau pays oblige, je redouble de vigilance, ce qui vaut une pointe de moquerie de Jost sur mon côté pointilleux.
La passe permettant d’entrer dans le grand atoll est finalement bien plus simple qu’imaginé. Aucun problème de courant. L’entrée dans l’atoll de Kelaa se passe également sans souci. Il faut simplement franchir un banc de sable à l’endroit un peu plus profond.
Nous sommes en train d’ancrer lorsque Jost nous appelle à la VHF. Comme nous sommes en pleine manœuvre, nous ne répondons pas immédiatement. Mais ses appels deviennent insistants et sa voix ne dit rien de bon.
Il est échoué.
Je regarde l’AIS et le vois planté sur le banc de sable, entre les deux passages possibles pour entrer dans l’atoll. Je rage intérieurement : pourquoi ne nous a-t-il pas suivis ?
En fait, un peu derrière nous, il a suivi le tracé de Navionics – la carte marine la plus utilisée, mais que nous avons déjà vu être incorrecte plus d’une fois. D’ailleurs, aucune carte n’est fiable à 100 %.
À peine OLENA ancré, Stéphane, Timeo et moi partons à sa rescousse. Je suis très fâchée, même si je sais bien que ce n’est ni mon mari ni mon bateau. Mais après toutes ces années d’aventures partagées, Jost fait partie de notre famille de cœur. Notre aventure maldivienne commence mal.
La marée monte, mais cela ne représente plus que quelques centimètres. Il faut alléger le bateau !
Nous mettons son annexe à l’eau. Je saute dedans et pars pendant que Stéphane et Timeo, avec notre annexe, commencent à tirer SERENITY.
Et là… le moteur de l’annexe de Jost s’arrête. Me voilà dérivant tranquillement vers l’extérieur de l’atoll. Je jette l’ancre avant de sortir complètement.
Dans mon énervement et avec la peur de ne pas réussir à sortir SERENITY du sable, mon cerveau fonctionne au ralenti. Le moteur a démarré auparavant, donc je ne pense même pas à vérifier si le réservoir d’essence est correctement branché. Oui, c’est ridicule, et évidemment, c’est exactement ça le problème.
Pendant ce temps, Jost hisse une voile pour faire gîter le bateau. Cela relève un peu la quille… et enfin SERENITY commence à bouger.
Je fais de grands signes à Stéphane. Timeo le voit et le prévient. Il ne faut pas deux secondes à Stéphane pour comprendre le problème du moteur. Quelle nouille !
Nous tournons autour de SERENITY qui avance petit à petit, vague après vague. Il faut aussi éviter les zones pleines de cailloux. Puis soudain le bateau prend de la vitesse… droit sur moi, alors que je me trouve près de deux rochers peu profonds. Gros moment de stress. Heureusement, Jost comprend mes cris et mes signes et réussit à les éviter.
Finalement, SERENITY retrouve de l’eau plus profonde. Stéphane monte à bord pendant que Timeo et moi ramenons les annexes vers OLENA.
Jost s’occupant de sa voile, Stéphane prend la barre et demande à la VHF qu’on le guide sur notre trace. Je reprends rapidement le guidage depuis OLENA, car Cyliane et Stéphane ne se comprennent pas très bien dans les explications.
Nous étions persuadés d’avoir ramené SERENITY dans le chenal… alors qu’en réalité nous l’avons sorti du lagon. Pensant être ailleurs, Stéph est un peu confus. Une fois la situation comprise, SERENITY est finalement amené puis ancré en sécurité dans le lagon.
À part quelques griffures dans l’antifouling, aucun dégât. Ouf.
Kelaa, l’atoll aux mantas
Avec toute cette histoire, la nuit approche déjà. Il est trop tard pour faire du snorkeling. La recherche des mantas attendra demain.
Le mouillage est peu protégé et nous nous faisons ballotter par les vagues.
Le lendemain, suivant les conseils de nos amis de WILD TRIBE qui étaient là quelques jours plus tôt, Jost et moi pataugeons dans l’eau en scrutant le fond à la recherche des nombreuses mantas… totalement absentes.
En retournant vers SERENITY, Jost en aperçoit finalement une sous son bateau. Elles sont donc bien là, simplement moins nombreuses que lors du passage des copains.
Nous repartons dans l’eau, cette fois dans la passe, en tirant l’annexe derrière nous. Nous nous laissons dériver plusieurs fois hors de la passe et croisons finalement quelques mantas entrant dans le lagon.
Elles nagent malheureusement plus profond que ce qu’on espérait.
Du vent, des resorts cassés et une ville
En début d’après-midi, nous quittons Kelaa, cap au sud. Nous voulons rejoindre nos amis partis vers un resort abandonné. Il nous faut environ un jour et demi de navigation.
Et il y a du vent ! Encore une fois, nous sommes surpris de pouvoir faire autant de voile. Tout le monde nous avait dit que les Maldives se faisaient entièrement au moteur. Pour l’instant, ce n’est pas du tout notre expérience. C’est une bonne surprise.
Enfin… un peu moins la nuit, car beaucoup de mouillages sont mal protégés du vent.
En chemin, nous passons près de plusieurs resorts qui semblent abandonnés ou endommagés. Aux jumelles, nous distinguons des toits défoncés et des passerelles cassées sans vraiment comprendre ce qui s’est passé.
Le seul mouillage que nous trouvons en route se situe près de l’île locale de Kulhudhuffushi. Par « mouillage », j’entends surtout un endroit où un autre bateau a déjà réussi à jeter l’ancre.
Nous nous installons tant bien que mal près de l’entrée du petit port, juste assez loin du récif avant que le fond ne plonge brutalement dans les abysses. Clairement, ce n’est pas le meilleur mouillage, mais cela devrait suffire pour la nuit.
Toujours persuadés qu’il est interdit de visiter les îles locales – ce qui était vrai il y a encore quelques années – nous sommes surpris de voir sur Noforeignland (application pour navigateurs) des informations sur les magasins et restaurants de l’île.
Malgré tout, nous restons à bord.

