Dauphins et catastrophe éventuelle

Volker à bord de SERENITY, nous continuons notre route assez rapidement vers le sud. Notre cap est Angaga, un resort sur une île privée au milieu de la partie sud de l’atoll d’Ari.


Future catastrophe ?


Ils sont en train de construire de nouveaux ponts reliant Malé aux trois îles ou atolls suivants. Cela nous bloque les passes permettant de sortir par le sud de l’atoll Malé Nord. Nous longeons donc les îles jusqu’à trouver la première passe encore ouverte.

Ce que nous découvrons — ajouté à tout ce que nous avons déjà vu — nous inquiète un peu pour l’avenir du pays. J’espère du fond du cœur me tromper, mais en discutant avec d’autres navigateurs, nous ne sommes pas les seuls à le penser. Les Maldives risquent de devenir une catastrophe écologique.

Poussés par le désir de développer leur économie, ils remblaient quantité de lagons afin de créer de nouvelles terres pour construire villes et resorts. Nous avons vu tellement d’endroits en cours de remblaiement que nous avons arrêté de les compter. Il suffit de comparer les photos satellites prises à quelques années d’écart, c’est impressionnant.

De gros navires européens parcourent l’intérieur des lagons, aspirant le sable du fond avant de le déverser sur des bateaux de transport par d’immenses pipelines flottants. Il faut bien prendre ce sable quelque part.

Tous ces travaux colossaux nécessitent de la main-d’œuvre. Des travailleurs venus du Bangladesh, du Népal, d’Inde et du Sri Lanka sont présents partout dans le pays. La population augmentant fortement, il faut construire de nouveaux logements, de nouvelles infrastructures et parfois même de nouvelles villes.

Cette croissance nécessite également davantage d’écoles, d’hôpitaux, de supermarchés, de restaurants, d’eau potable, d’électricité… et produit inévitablement plus de déchets. C’est là que je vois une spirale.

Comme je l’ai déjà dit : j’espère sincèrement me tromper.



Peu de mouillages

Théoriquement, nous pouvons parcourir la distance qui nous sépare d’Angaga en deux jours. Mais j’ai beau éplucher les différentes sources d’information et les images satellites, je ne trouve presque aucun mouillage sur la côte est de l’atoll d’Ari pour couper la route en deux.

En quittant l’atoll Malé Nord, nous ne savons toujours pas où nous passerons la nuit. J’ai repéré un endroit près d’un petit atoll qui pourrait convenir... mais si c’est trop profond, nous n’avons aucune alternative. Plus tard, un habitant nous confirmera que cet endroit aurait effectivement été beaucoup trop profond.

Comme il n’y a pas de vent, nous avançons au moteur et décidons de longer l’atoll Malé Sud. Il existe plusieurs mouillages sur son côté ouest. 

Ici aussi, la plupart des atolls de la bordure de Malé Sud sont en train d’être remblayés. On distingue au loin plusieurs tours ; certaines îles de la côte est sont déjà devenues de véritables villes.

La mer est calme, nous avançons bien et nous pouvons passer la nuit tout au sud de l’atoll.


La baie des dauphins

Nous entrons dans le lagon par les waypoints de deux bateaux amis dont nous avons récupéré les traces GPS. L’endroit semble prometteur ; ce n’est certainement pas surnommé la « baie des dauphins » pour rien.

Comme à chaque entrée de lagon, je suis à l’avant du bateau pour surveiller les eaux et repérer les patates de corail qui n’apparaissent pas toujours sur les images satellites.

Au milieu du lagon, une immense bande de dauphins nous dépasse en sautant dans tous les sens. Je n’ai pas mon appareil photo avec moi et tout se passe tellement vite que personne n’a le temps de prendre une photo. C’est pareil sur SERENITY.

À l’ancrage, nous apercevons les dauphins au loin. Quelques bateaux de touristes passent pour les observer. Nous espérons qu’ils vont s’approcher, mais ce ne sera pas le cas.

Le lendemain matin, pour notre départ, je prends deux appareils photo afin d’être certaine de ne pas les manquer. Ils sont près d’une grosse patate de corail que nous approchons doucement.

Et là, Stéphane m’appelle en urgence. L’ordinateur de bord a planté. Il ne voit plus ni ma route ni les images satellites. Il navigue pratiquement à l’aveugle.

Un des enfants prend le relais à l’avant pendant que je redémarre l’ordinateur. Quand tout refonctionne enfin, les dauphins sont déjà loin derrière nous.

Sachant que nous allons rester plusieurs semaines dans la région, je me dis que nous reviendrons. Malheureusement, ce ne sera pas le cas.


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