Préparatifs pour Fiji

Décision pas facile

La décision ne fut pas facile, nous avions 2 options à choix. Passer un an de plus en Polynésie et retourner aux Marquises pour la saison cyclonique ou essayer de continuer le voyage et se rendre à Fiji, l’unique pays ouvert, espérant que la Nouvelle-Zélande nous ouvre ses portes pour la saison cyclonique. Et si tel n’est pas le cas, de trouver une solution quand une tempête cyclonique ou un ouragan s’approche de Fiji, qui comporte plusieurs trous à cyclones.

La Polynésie c’est beau, on s’y est fait de tas d’amis. Mais nous y sommes depuis plus d’un an, nous ne sommes plus dans la découverte et surtout, avec le COVID, beaucoup a changé. Nombreux sont nos copains voileux à s’être fait mal recevoir, chasser, agresser verbalement ou même à coup de pierres (Fakarava pendant le confinement, le maire faisant partie des gens qui jetaient des pierres). Je n’oublierai pas mes craintes après avoir quitté les Marquises alors que nous nous rendions à un nouveau mouillage, à chaque fois je me demandais à quelle sauce nous serons mangés. Nous avons eu la chance d’avoir eu que des rencontres positives et voudrions garder la Polynésie ainsi en mémoire.

Depuis notre retour de Bora-Bora, à l’exception de Makatea, nous ne sommes plus dans la découverte du voyage, mais dans l’attente. En septembre nous attendions nos pièces afin de retourner aux Marquises. Une fois là-bas, c’était l’attente de la fin de la saison cyclonique, puis vint le COVID avec une autre longue attente. Nous pourrions certes attendre un an de plus, ce qui nous laisserait éventuellement la possibilité de visiter les îles entre la Polynésie et Fiji, actuellement fermées, mais notre ainée n’a plus qu’un an de scolarité obligatoire, nous n’avons plus trop de temps à perdre.

Nous ne parlons même pas des prix exubérants des choses. Au début, on se contente des produits de première nécessité qui sont plus ou moins aux prix français, on a du stock au bateau pour le reste, ça fait l’affaire. Au bout de quelques mois, on en a marre de se priver et on fait comme tout le monde, on s’offre des yaourts à des prix pas possible, le fromage on trie afin de se contenter de prix encore payables, les légumes j’en parle même pas. Mais ce n’est pas que la nourriture, c’est pareil pour tout. Un petit coup d’œil chez Carrefour, une petite alèse marquée à 7.99€ se vend à 2195 CFP, soit environ 19€. C’est un exemple parmi tant d’autres. Il y a aussi les frustrations de passer la journée à faire des tas de magasins pour trouver les pièces de rechange et le retour au bateau bredouille. Mon gilet de sauvetage c’est grâce à un copain en Nouvelle-Zélande que j’ai réussi à l’avoir, ça ne se trouvait pas en Polynésie, ils n’avaient que des manuels, moi je veux qu’il se gonfle automatiquement si je tombe à l’eau, au cas où je serais inconsciente.

Nous avons décidé de quitter la Polynésie, espérant avoir fait le bon choix et de ne pas avoir à le regretter. Parfois j’ai l’impression d’avoir joué au Poker. Mais je dois avouer que la situation tendue en Polynésie pesait sur le moral de tous, c’est le moment de partir. La 2ème vague de COVID est une seconde raison.

 

Les documents

A cause de la pandémie, les formalités d’entrée ont bien changé, les coûts augmentés et il nous faut passer par un agent.

Plusieurs bateaux copains y sont déjà, les suisses SAWADIVA y sont depuis septembre 2019, les suisses CORAL TREKKER ont fait la traversée en juillet, l’anglais BREATHLESS en août. Ils nous ont été d’une grande aide, pour prendre notre décision, pour les infos et adresses des agents.

Quand je me mets à remplir ce tas de formulaires, je demande à maintes reprises si on veut vraiment y aller. Pour avoir l’accord d’entrée au pays, nous devons lister ce qu’il nous restera en nourriture, avec mention de la provenance et de l’endroit de stockage. Que puis-je en savoir des semaines à l’avance ! Puis il nous faut même remplir un formulaire qui décrit que nous n’avons pas eu d’accident, de mort ou de malade pendant notre traversée pour nous rendre à Fiji. Nous ne sommes même pas encore partis ! Tout ça avec le fait de répondre à chaque formulaire aux mêmes questions sur le bateau et l’équipage, ce qui est typique des anciennes colonies anglaises. On y a passé plusieurs heures.

 

Test COVID

Il nous faut faire un test COVID maximum 72h avant notre départ. En Polynésie, un laboratoire a reçu le monopole par le gouvernement alors que le labo de l’hôpital serait aux normes de le faire aussi, puisqu’il a l’autorisation de le faire uniquement pour ses patients. Qui dit monopole, dit prix exorbitants ! Nous avons payé 250.40 CHF par personne (environ 220€) alors qu’en France, le même test coûte 75€ !

La rumeur courait que Fiji n’avait pas accepté les résultats de certains voileux ayant fait le test à Papeete. L’agent nous envoie une feuille mentionnant exactement ce que Fiji veut voir sur le résultat des tests. Le hic, c’est que le labo s’en fiche royalement, ils font le test et tu reçois les résultats comme tout le monde. Nous n’avons pas le choix, au risque de perdre 1252.- nous devons faire ce test.

Après renseignements on se rend au labo sans RDV, sur place, on nous dit qu’il faut un RDV. Stéphane se rend au bureau et arrange le coup. Une fois la carte de crédit déduite, nous nous trouvons dans la file d’attente à regarder les gens se faire tester devant nous. Les tests se font sur une place de parc dans la cour intérieure du labo. Au moment du passage de Stéphane voilà une nouvelle infirmière qui vient chercher Elina pour l’emmener dans une pièce séparée. Avec les petits, nous la suivons. Ainsi nous avons été testés à l’abri des regards des autres, ce qui est bien plus agréable. Les deux petits ont eu droit au prélèvement dans la bouche, ce qui m’a soulagé, car il est assez désagréable dans le nez et sachant que nous devrons refaire ce test à notre arrivée à Fiji, j’avais peur que les petits s’y refusent.

 

Le temps est compté

Une fois les tests faits, nous avions 72h pour quitter la Polynésie, sans escale, sinon notre test ne serait pas accepté à Fiji. 72h ça passe vite, on avait pas mal de formalités à faire et ne savions pas quand nous recevions nos résultats.

Qu’en est-il si l’un de nous est positif et que nous avons déjà fait les formalités de sortie ? Le nouveau décret stipule qu’on doit être hors de Polynésie pendant 6 mois avant de pouvoir y entrer à nouveau. Notre agent nous propose que le labo lui envoie directement les résultats pour le cas où ils arriveraient après les 72h. L’idée est bonne, mais qu’adviendra-t-il si l’un de nous est positif ?

 

Formalités douanières

Etant à Tahiti, nous ne pouvons pas faire notre formalité de sortie à la Gendarmerie comme dans les îles, nous sommes obligés de passer par toutes les étapes. On se renseigne, on télécharge le fameux formulaire sur le site de la douane, le remplissons et Stéphane se rend à la douane. Sur place, il doit remplir un autre formulaire au nom identique, comprenant plus ou moins les mêmes questions. Le formulaire en ligne n’étant pas le bon.

Franchement, ça ne nous étonne pas. Avec toutes les possibilités informatiques, la Polynésie n’a pas vraiment suivi. Alors que d’autres Territoires d’Outre-Mer français ont des banques de données online pour les entrées et sorties, en Polynésie ce sont des formulaires calques qu’on doit envoyer par poste. Le résultat est que pendant le confinement, la Polynésie était incapable de savoir combien de bateaux se trouvaient sur leur territoire. Nous avons dû faire un recensement, les gendarmes ont eux aussi fait une liste de bateaux sur leur commune et à côté, nous avons dû remplir un formulaire à envoyer au département des affaires maritimes (DPAM) pour les informer de notre présence en Polynésie, de la date d’entrée, l’équipage etc… A la suite de ses 3 recensements, il en est sorti une liste (sans entête ni logo) sur le site de la DPAM où tout un chacun pouvait aller contrôler quel bateau se trouvait en Polynésie, depuis quand il s’y trouvait et où il avait confiné. On avait trouvé ça assez aberrant.

 

L’immigration

Nous sommes soulagés, nous avons eu les résultats de nos tests le lendemain et nous sommes tous négatifs ! Nous avons reçu l’accord de la DPAM pour quitter le territoire. Les formalités douanières ayant été faites le lendemain du test, nous prévoyons de partir le surlendemain. Fiji demande à voir l’heure du prélèvement du test sur le résultat, cette information est manquante. Nous décidons de partir le surlendemain du test, ainsi pas de souci avec les 72h.

L’immigration est le dernier endroit à passer le jour de la sortie et ça se trouve à l’aéroport. Bien masqués, nous prenons tous les 5 le bus pour nous y rendre.

Il y avait déjà une personne dans le bureau, nous avons dû attendre dehors où d’autres gens attendaient. C’était l’équipage français du bateau sous pavillon néo-zélandais POLLUX qui est aussi en partance pour Fiji. Une fois dans le bureau, voilà l’équipage allemand d’ANITA qui arrive. Ils sont arrivés en fin de confinement à Nuku Hiva où nous les avions rencontrés lors d’un BBQ de plaisanciers. Ils nous disent qu’ils se rendent également à Fiji.

Il manque le OK de sortie du port autonome. Il nous aurait fallu nous y rendre après notre visite à la douane. A la douane, Stéphane s’était pourtant renseigné, on lui a dit qu’il ne restait plus que l’immigration. Heureusement pour nous, la dame a envoyé la demande et nous avons sagement patienté de recevoir le OK.

Pendant ce temps, Stéphane a aidé le skipper d’ANITA à remplir les formulaires, car il peinait avec la langue française. Il a été étonné de voir le skipper répondre Nouvelle-Zélande comme destination.

 

Juste avant le go

On sort du bus au centre commercial pour y faire un dernier petit tour. Une bonne Brie, quelques baguettes, on a acheté de petites choses bien françaises que nous n’aurons plus le plaisir d’avoir pendant un certain temps.

Rentrer au bateau, rincer le hors-bord de l’annexe à l’eau douce, bien sangler l’annexe, nous sommes prêts !

Nos amis Cécile, Angélo et Lenny de TEMPTATION viennent nous dire au revoir, nos routes sur l’eau se séparent, mais nous nous recroiserons, c’est certain, on fera en sorte.

Nous voyons POLLUX devant nous, attendant le feu vert pour passer la piste de l’aéroport. Nous montons l’ancre, rinçant bien la chaîne à l’eau douce, ça y est, on est partis !

Les TEMPTATION et un autre bateau français nous font des grands signes d’adieux. Nous sommes partis comme si nous changions de mouillage. Fini les émotions ressentis au départ de la Transat.


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