Ancre levée, nous passons à côté d’ARRLUUK (une magnifique réplique d’un vieux bateau en bois, ils ont 2 enfants) leur dire au revoir puis montons nos voiles. Au loin on voit nos copains SUNSPLASH partis avant nous.
Nous avons mis le cap sur les Tobago Cays, un endroit qui doit être paradisiaque mais assez désagréable quand il y a du vent. Il y a toujours du vent en Caraïbes, donc on va voir si ça va ou pas.
Nous avons décidé de ne pas visiter Mustique, une île privée pour riche, car ça coûte 70 USD pour y rester maximum 3 nuits. Vu qu’ils ne sont pas fanes à recevoir des plaisanciers, on va économiser ces frais.
L’île de Canouan serait belle également, mais on ne s’y arrête pas, ces temps il y a énormément de vols sur les bateaux de plaisance la nuit. J’ai lu que le problème serait dû à l’administration de l’île qui garde tout l’argent ramené des plaisanciers pour eux et que les habitants n’en profitent pas. De ce fait, certains habitants en profitent à leur manière. Apparemment toute l’île sait qui commet ces vols, mais personne (pas même la police) fait quelque chose. On ne va pas tenter le diable, il y a d’autres îles similaires aux alentours.
A la hauteur de Canouan, voilà le signal AIS de SUNSPLASH qui disparaît, pas grave mais bizarre. Puis voilà un rideau de pluie qui nous arrive dessus. Juste avant, Stéphane voit encore un ferry sans signal AIS qui vient en sens inverse. On se retrouve sous une pluie torrentielle et plus aucune visibilité, comme si nous étions dans un brouillard. Vite, allumer le radar, mais il lui faut du temps pour se mettre en marche, il a un temps de chauffe assez long. Stéphane a un peu viré à l’inverse du côté où se trouvait le ferry, mais jusqu’à ce que le radar fonctionne, c’était l’angoisse ! Heureusement le grain n’a pas duré longtemps.
Dès que SUNSPLASH entrait dans les Tobago Cays, qui sont de petites îles entourées de récifs, j’ai commencé à enregistrer leur tracking AIS pour pouvoir les suivre au cas où. Niveau navigation il faut faire attention, ce n’est pas large entre les récifs, le vent et les courants peuvent compliquer la chose. Suivre la piste de quelqu’un est toujours bien, si lui est passé, nous aussi on pourra ! Ils ont fait le détour pour contourner l’île au lieu de passer entre-deux, on va suivre. Et c’est sans problème que nous avons posé l’ancre à côté d’eux, auprès de PIERINA & TRISMIC, deux kid-boats connus à Bequia.
Tobago Cays (Grenadines)
A peine ancrés voilà déjà les Park Rangers qui collectent les frais de parc national. Là on se rend compte, qu’il nous reste presque plus de dollars EC, nous pensions en avoir encore à bord et n’avions pas tiré d’argent avant notre départ. On restera qu’une seule nuit, afin d’avoir encore quelques sous au cas où.
Puis voilà un boat boy qui veut nous vendre tout et n’importe quoi, dont un BBQ sur la plage à un prix très européen ! Il repart bredouille. Et c’est là que SUNSPLASH nous appelle par VHF car leur boat boy leur proposait pareil et si nous voulions nous joindre à eux. OK, on s’offre ça, ils payent on leur rend en Euro.
Les boat boys ont chacun leur stand pour faire leur BBQ sur la plage, où sont installées quelques tables. Le stand de notre boat boy était fermé, il n’avait trouvé aucun client (nous sommes hors saison, il y a peu de bateaux), nous étions 3 tables servies par 2 stands différents. Leur organisation n’a pas l’air très rentable hors-saison. De notre côté, nous avons enfin pu goûter du lambis, un gros coquillage ! Comme je n’aime pas trop les coquillages, je n’ai jamais voulu en commander. Timeo a adoré, moi beaucoup moins, mais la sauce était excellente, ainsi que les légumes, riz et poisson.
La nuit fut un peu rodéo. Protégés du grand large de l’Atlantique par une barrière de corail, nous avions le vent en plein nez et pas mal de roulis. Une armoire près de notre chambre à coucher grince sur le sol quand le bateau roule, c’est d’un désagréable ! On a essayé plein de choses, sans succès. Au milieu de la nuit, je suis partie squatter le lit de Cyliane, qui dormait dans la chambre de Timeo avec lui.
Il y a plein de tortues dans les Tobago Cays, il y a même un endroit fermé à la navigation pour aller voir les tortues. Mais les tortues sont partout et pas forcément dans ce « parc ». Il n’y a qu’à sauter dans l’eau avec un masque et attendre 5 minutes pour en voir. Le fond est du sable avec quelques algues, donc rien de spectaculaire, mais niveau poissons, sèches, raies et tortues, on en a eu plein les yeux.
Les Cays sont fermés par l’île de Mayreau à l’ouest, c’est là que nous nous sommes rendus pour retrouver les autres kids-boats qui y étaient déjà. PIERINA, TRISMIC et nous sommes partis à la queue-leu-leu les rejoindre, suivi par ROAM un peu plus tard. Quant à SUNSPLASH, ils sont partis à Grenade.
Mayreau, Salt Whistle Bay
La baie n’est pas très grande, et à part 1 bateau, elle est remplie par les kid-boats que nous connaissions. Comme il y avait des corps morts (bouées) à l’avant de la baie, nous avons ancré dans l’entrée de la baie, afin de ne pas être au chemin des corps morts.
Nous préférons ancrer plutôt que de prendre les corps morts pour plusieurs raisons. Nous connaissons notre ancre, mais pas l’était de l’attache du corps mort. Si notre ancre ne tient pas, il y a des chances qu’elle s’accroche quelque part lors de la dérive du bateau, si l’attache du corps mort rompt (on a déjà vu), le bateau dérive très vite, plus rien le retient. Financièrement, en général l’ancrage est gratuit, ce qui n’est pas le cas des corps morts. Personnellement, je trouve la manœuvre d’ancrage bien plus facile que de prendre un corps mort.
La baie a une plage qui à un endroit n’est pas large du tout, car c’est la plage des 2 côtés ! Mais le côté extérieur était plein de sargasses et vu que le vent venait de là, on sentait la puanteur jusqu’au bateau. A part ça, l’endroit est magnifique.
L’île est toute petite et il n’y a qu’un seul village en haut de la colline, qui se trouve entre 2 baies. A peine que nous étions tous arrivés, nous avons fait une sortie en groupe, à nouveau, plus d’enfants que d’adultes. Ca grimpait dur jusqu’au village. Nous avons profité d’une magnifique vue sur les Cays.
A notre retour, on voit que nos copains suisses KISU sont dans la baie ! C’est toujours chouette de se retrouver d’île en île.
Cette nuit, le vent a un peu tourné venant plus du nord. Le roulis est entré dans la baie et c’était une seconde nuit de rodéo. Moi qui avais dit à Stéphane vouloir rester là 2 nuits, j’avais envie de lever l’ancre à 3h du matin pour partir ! Mais ce n’est pas très conseillé de naviguer de nuit dans des endroits qu’on ne connaît pas, j’ai dû prendre mon mal en patience ! Je voyais à l’avant, les monocoques KISU & PIERINA qui roulaient encore plus que nous, rien d’agréable.
Le lendemain matin, les 7 mamans des kids-boat sommes parties faire une petite marche jusqu’à la prochaine baie et retour, avant de tous quitter l’île. C’était bien sympa. Ce sont les fils de 2 bateaux qui ont fait office de taxi pour nous chercher et déposer à la plage.
Mayreau – Union Island
A peine sur le bateau, on montait l’ancre, c’était intenable. 2 solutions s’offraient à nous, la baie plus au sud de Mayreau ou Union Island. Après 2 nuits rodéo je voulais une bonne nuit de sommeil et Chatham Bay ou Clifton à Union Island devaient être protégés de ce roulis. KISU nous avait envoyé un message que la baie au sud de Mayreau était plus calme mais bougeait encore pas mal et qu’ils étaient à Chatham, où c’était calme.
2 kids-boats sont allés dans l’autre baie de Mayreau, les 5 autres se sont rendus à Clifton, ville d’Union Island pour faire la clearance pour aller plus au sud. Sachant que le mouillage de Clifton n’était pas très grand et que nous n’avions pas prévu faire la clearance avant quelques jours, nous leur laissions la place. Nous allions retrouver KISU.
Lors de notre courte traversée, MARELIA, un couple suisse avec un petit garçon de 3 ans, nous contacte. Ils sont à Union Island ! Ils sont pas dans la même baie, mais vont venir nous rejoindre, KISU et nous.
Nous avions un bon vent arrière et avions sortis nos 2 voiles avant en position papillon (une voile de chaque côté). Peu avant l’arrivée, on rentre les voiles. Notre génacker s’enroule en tirant un bout (corde) de l’arrière autour d’un winch. Moi j’étais à un autre winch, laissant peu à peu du mou pour que Stéphane puisse bien enrouler la voile. Etant entre Stéph et la voile, lui ne voyait ni la voile, ni ce que je faisais, et moi je regardais la voile et me suis pas rendue compte que mon écoute s’enroulait mal sur mon winch jusqu’à ce qu’elle se bloque. J’ai essayé de débloquer en enlevant un tour et c’est toute l’écoute qui s’est enlevée ! J’ai crié en l’attrapant (par miracle sans me brûler les mains) sur quoi Stéphane a enroulé encore plus vite ! Et la voile s’est pliée et enroulée de deux sens différents avec une poche d’air au milieu. Nous avons essayé de défaire, sans succès, nous avons dû affaler la voile et l’attacher sur le trampoline. Avec ça, Stéphane s’est coincé à nouveau le dos !
GRAN LARGO ont eu des anges gardiens
Toujours en contact avec nos bateaux amis, GRAN LARGO nous informent de l’accident qu’ils ont eu à Bequia. Leur fils et belle-fille étaient en vacances chez eux et un jour ils sont partis tous 4 en annexe faire de la pêche.
Un gros catamaran à moteur qui promène les touristes passe à côté et au dernier moment vire et fonce droit sur eux ! Patrice se met debout et agite les bras pour se faire voir puis crie « sautez ». Tous les quatre se trouvent à l’eau, le catamaran passe sur un des boudins de leur annexe, l’hélice déchiquète la canne à pêche que le fils tenait encore dans sa main, et la belle-fille se retrouve entre les 2 coques, se tapant la tête à la coque en montant en surface ! Le catamaran a filé, comme si rien n’était arrivé. Il avait des touristes à ramener à St-Vincent !
A peine le bateau passé, tous les quatre ont eu la belle surprise de voir qu’ils étaient tous vivants ! La belle-fille avait une grosse bosse à la tête, avec des traces d’anti-fouling (peinture qu’on met sur la partie de la coque du bateau qui est dans l’eau) et l’annexe, qui n’a pas crevé, comporte des traces d’anti-fouling sur toute la longueur du boudin.
Une locale a été témoin de la scène et leur a donné le nom du skipper, un type « crazy » (fou) selon elle. Ils sont allés voir la police, qui fait aussi état de garde-côtes. Le service était déplorable, ils sont venus à bord avec une barque sans aucune lumière (ils sont repartis de nuit) ni VHF. Ils étaient surtout intéressés à voir les papiers du bateau, si ils avaient bien fait leur clearance et surtout si les papiers pour le chien étaient en ordre. Concernant l’accident, ils allaient se renseigner si le skipper en question était à bord à ce moment-là ! Quant aux formulaires, ils ont dû finir le lendemain au bureau et remplir plusieurs fois, car ils n’ont pas de copieuse !
Ils sont allés à l’hôpital avec la belle-fille, des heures d’attente pour rien. Le médecin ne l’a même pas regardée, ni fait de feuille comme quoi il y avait une blessée. Il leur a dit de se rendre à l’hôpital de St-Vincent (une autre île) par leur propre moyen pour y faire une radio.
C’est là qu’on se rend compte, que voyager c’est beau, tant que tout va bien. Dès qu’il y a un pépin, c’est le bordel ! On hallucine.