Dominique

VENTUS et LIFE PART 2 continuant leur chemin le lendemain matin tôt, ils sont passés un bout de soirée chez nous. Les enfants étaient ravis de jouer ensemble avec les Légos toujours encore au salon, et les adultes de papoter. Car même si nous étions aux mêmes endroits en même temps, on s’est juste croisés et n’avons pas eu le temps de s’asseoir ensemble depuis Falmouth.

Notre priorité première était le remplissage de nos 2 bouteilles de gaz, chose qui est interdite sur sol français. Notre 3ème bouteille de gaz étant déjà bien entamée et devant toujours la déplacer quand on voulait utiliser le gril, nous ne voulions pas attendre de le faire à Sainte Lucie. Notre boat boy, Martin de Providence (il fait partie de l’association PAYS et nous pouvons que le recommander, en plus il parle très bien le français), nous a averti qu’on devait se rendre vers l’aéroport de Roseau pour le faire. On peut bien s’y rendre en taxi public (genre de petits bus), mais qu’en général, ils n’osent pas transporter les bouteilles de gaz avec les personnes. Nous avons donc décidé de joindre l’utile à l’agréable et de faire la virée journalière qu’on avait prévu, dans les alentours de Roseau.

Notre deuxième priorité était la visite de la rivère indienne, qui devait être une vraie jungle avant le passage du cyclone Maria en septembre 2017. Malgré qu’on nous ait avertis que tout a été dévasté, nous avons décidé de quand même faire cette randonnée. Les locaux ont besoin de soutient, et ce n’est pas en évitant leur pays ou les virées touristiques qu’ils vont pouvoir se remettre sur pied. Nous avons donc décidé de les soutenir en dépensant un peu plus d’argent que de coutume, càd 2 virées et sortie au restaurant.

Ils manquent aussi d’outils, mais sur ce coup-là, on peut pas beaucoup les aider malheureusement.

Et notre dernière chose à régler était de faire le plein de diesel, car à Bouillante, nous avions pris que 60 litres. Stéphane est allé avec 4 jerricans à deux reprises à la station. Il amarre l’annexe à un ponton, 1-2 enfants restent dans l’annexe pour surveiller. Il va remplir 2 jerricans vient les déposer à l’annexe avant de remplir les 2 suivants. Une fois au bateau, il transvase le tout dans les citernes, en passant d’abord le diesel par un filtre. Puis il recommence l’opération. Le tout a duré ½ jour ! Et la station essence était une station pour les bateaux !


Dominique, Porthmouth, rivière indienne

Martin est venu nous chercher à 6h du matin pour faire la ballade sur cette rivière. A l’entrée, on trouve une grue sur chenilles à moitié dans l’eau, abandonnée. Une fois le pont passé, Martin coupe le moteur et sort une rame, avec laquelle il pousse le bateau en s’appuyant sur le fond, qui n’est pas profond. 

Nous découvrons plein d’oiseaux, dont des Martins Pêcheurs, et des crabes de toutes tailles. La forêt est verte, mais nous ne sommes pas couverts. Les troncs sont bien visibles, ils ont perdu beaucoup de branches et souvent leur tête. Les feuilles poussent sur les branches restées et autour du tronc. On est en pleine forêt, mais on voit le ciel et le soleil. A cause ou grâce à ça, il y a beaucoup de fleurs qui poussent sur le sol. Martin nous a fait un beau bouquet !

Martin a attrapé un gros crabe et nous montre l’animal en nous donnant plein d’informations. Il s’agissait d’un mâle, on le voit car il a sa grosse pince du côté gauche. Les femelles ont la grosse pince du côté droit. Il nous a aussi montré la partie ventrale, ils ont comme un capot sous lequel sont rangées les parties intimes et sous lequel les femelles couvent leurs œufs.

Martin, qui a un degré en botanique, nous raconte plein de choses intéressantes sur les plantes. Il a même pris quelques feuilles d’une sorte de fougère, qu’on peut se poser sur la peau, et avec une petite tape dessus, laisse une trace blanche (ses spores) sur notre peau qui fait comme un tatouage. Les enfants ont adoré. Il nous a aussi montré des feuilles qui seraient un remède miracle pour les gens qui ont des problèmes de prostate, ça s’appelle feuille chime. Le jus du fruit noni (ou nono de son vrai nom) seraient aussi un remède miracle. Il nous en a donné, mais au bout de 2 jours, ça puait tant le fromage pourri, que nous avons dû les jeter par-dessus bord.

La visite a duré environ 2 heures.


Dominique, virée journalière

Nous avions réservé la journée chez Martin également, qui possède un bus. Le prix de la journée est assez cher, nous avons donc cherché au mouillage si d’autre bateaux étaient intéressés de se joindre à nous. Josiane & Gil de JILOUME se sont joint à nous, et nous avons ainsi fait la connaissance d’un couple français bien sympathique. Ils sont en voyage depuis des années, sont partis de Lyon (sans mat), ont passé 3 ans en Polynésie et ont rapatrié leur bateau (qu’ils avaient équipé dans leur jardin) sur un porte-container jusqu’en Guadeloupe. Ils pensent gentiment le vendre.

Martin est venu nous chercher au bateau un peu avant l’heure, comme à son habitude. Ça fait drôle des gens ponctuels, on ne s’attend pas à ça par ici. 5 minutes plus tard, nous étions bien installés, avec nos bouteilles de gaz vide, dans son bus. Nous traversons Porthmouth, il nous montre et raconte plein de choses. Puis fait demi-tour, il a oublié quelque chose d’important. Il dépose le couple français et Stéphane au bancomat et nous repartons en ville en traversant de petites ruelles. Il s’arrête devant une maison et une femme nous rejoint, ce serait sa sœur, qui n’a plus de travail depuis Maria et me demande si ça me dérange si elle vient avec nous. Non, pas de souci. Elle s’asseye à côté de moi. On reprend les 3 au bancomat et nous voilà en route pour Roseau. La route est sinueuse, ça monte, ça descend, il y a beaucoup de contours. Au bout des vallées, souvent la route est cassée, des plaques de goudron sont tombées, l’érosion mangé le dessous de la route. Parfois ils ont creusé un peu plus loin pour qu’on puisse passer à côté de la route. Les endroits à ne pas passer sont marqués de tonneaux et parfois de cailloux avec un bâton planté. C’est clair qu’en Suisse, une route pareille serait fermée à la circulation. Mais ici, ils n’ont pas le choix, il n’y a pas d’autre chemin à moins de traverser l’île et je suppose que c’est pareil de l’autre côté. Quant aux réparations, tout prend du temps et ils ont d’autres priorités.

Peu avant Roseau nous allons à l’intérieur de l’île. A plein d’endroits, il y a beaucoup de personnes qui coupent l’herbe en bordure de la route et l’odeur est surprenante, ça sent la citronnelle ! Les herbes qui poussent le long de la route c’est de la citronnelle, pas aussi grosse que je la connais de l’Asie, mais c’est la même plante. Il va de soi qu’on s’est arrêté et qu’on en a pris. Si j’avais su que Cyliane raffolait du thé de Citronnelle, j’en aurais pris plus !

Puis nous sommes arrivés à Emerald Pool. Un bassin au pied d’une petite chute en pleine forêt vierge. Mais comme partout sur l’île, Maria a tout dévasté et décapité les arbres, nous étions donc en pleine forêt tout en voyant le ciel et le soleil. Nous étions les seuls touristes, nous avions les bains pour nous tout seuls. Martin « vendait » les bains comme cure de jouvence, nous perdrions 10 ans en nous y baignant ! Les enfants étaient partis à l’avant et le temps qu’on y arrive, tous trois étaient déjà en maillot et motivés à se baigner. Nous n’avons pas eu d’autre choix que de les suivre. L’eau était fraîche, dans les 20°. On s’est laissé masser le dos en se mettant sous la chute, c’était sympa. En remontant au parking, nous avons croisé 2 autres touristes, des français. Le parking est grand, la maison d’accueil également, mais les touristes manquent à l’appel, c’est un coup dur pour les Dominicains.

La deuxième halte était vers l’aéroport pour nos bouteilles de gaz. En moins de 15 minutes, les 2 bouteilles étaient pleines, nous qui pensions que ça prendrait des heures, ce fut une chouette surprise. 

Nous nous sommes arrêtés vers un petit restaurant fréquenté par les locaux pour manger. Tout comme à Sainte Lucie, la viande est accompagnée avec beaucoup de différents accompagnements. C’est très agréable et j’ai eu très plaisir à remanger de la dachine que j’adore. C’est une grosse patate pleine d’amidon, sa plante a des grosses feuilles en forme de cœur.

Le restaurant était au bord d’une plage qui débordait de bouteilles pet et autres ordures. C’est triste, il y aurait beaucoup de travail de sensibilisation à faire. Et ce n’est pas qu’en Dominique, à Antigua et sur les autres îles, c’est pareil.

Nous avons ensuite pris une autre route menant à l’intérieur des terres. Nous avons passé près des chutes de Trafalgar, que nous pouvions bien voir de la route, grâce ou à cause, du passage de Maria. Nous sommes ensuite allés un peu plus loin voir des bains bouillants. Une grosse flaque grise qui faisait des bulles, de là partait un petit ruisselet bouillant arrivant dans un bain qui avait été fait à l’époque. Juste à côté, un autre petit ruisselet, plutôt orange, qui lui était tout froid. Le mélange des deux eaux dans le bain faisait qu’on pouvait toucher l’eau, mais pas y plonger la main car c’était encore trop chaud. Le sol sur lequel nous étions était très chaud, on sentait la chaleur monter et quand j’ai mis la main, ça devait bien faire une 50aine de degrés. Impressionnant.

En contrebas, il y avait des gens dans un plus grand bain et sur l’autre versant, 3 autres bains. Nous avons décidé de s’y baigner. Les enfants ont choisi le bain le plus grand et nous avons passé tous les 7, un moment très agréable dans une eau bonne chaude.

Ensuite il a été temps de rebrousser chemin, la route était assez longue. Martin nous racontait plein de choses et souvent je conversais avec sa sœur qui était bien sympathique.


Dominique, parc national de Cabrits

Le mouillage de Porthmouth est à a lisière du parc national. Nous avions acheté le pass pour la semaine lors de notre visite de la rivière indienne, nous avons donc profité de visiter ce parc. 

Il y a un énorme ponton pour bateaux à passagers avec son terminal juste en bas du fort Shirley. Une fois de plus, le non de celui qui l’a détruit c’est Maria. Il est dans un état, impossible d’y attacher un bateau. Ils ne sont pas non plus pressés de le reconstruire, à peine le cyclone passé, les bateaux de passagers ont avertis que la Dominique ne faisait plus partie de leurs escales jusqu’en décembre 2018 !

Il y a un petit musée que nous avons visité à l’aide de l’éclairage de nos téléphones portables. Car plus de 6 mois après le cyclone, ils n’ont toujours pas encore l’électricité. Ça devrait revenir bientôt qu’ils disent.

Quelques mètres plus haut, le fort Shirley avec sa magnifique vue sur la baie, ses canons et ses bâtiments. Il y a un bâtiment de dortoirs, et un autre avec une salle à manger magnifique. Un endroit idéal pour un mariage. D’ailleurs, lors de notre deuxième passage, il s’y déroulait un mariage.

Nous avons pris l’un des chemins, pour nous trouver au nord du parc avec une vue superbe sur l’autre baie. Il y avait plein de ruines, les anglais avaient vraiment fortifié tout l’endroit, qui fait une sorte de doigt qui sort sur la mer. Il y avait des maisons d’officiers à plusieurs endroits, des dortoirs… mais les ruines ne laissent pas à reconnaître à quoi servaient les bâtiments. 

Un jour nous sommes montés au sommet de la colline le plus à l’ouest. La vue fut superbe, mais à part un canon sur un sol dallé, pas grand-chose à voir. Les ruines n’étant plus que la base des maisons et complètement prises dans la nature. Mais la ballade fut belle.


Maria, un prénom détesté

Le nom du cyclone qui a dévasté la Dominique c’est Maria. J’ai lu que ce nom ne serait plus jamais utilisé pour nommer d’autres cyclones, car il a été trop dévastateur. Quand je vois l’amertume des gens qui en parlent et la manière qu’ils disent le nom, je me suis posé la question du pourquoi on nomme des catastrophes naturelles avec des prénoms humains. Si une fille se présente en tant que Maria en Dominique, les hommes fuient !

Les Dominicains n’ont pas été préparés à la venue de ce cyclone. Selon Martin, ils ont toujours été informés d’une basse pression qui va arriver. Le lundi après-midi, ils ont été informés d’un cyclone de force 1 et le soir-même, c’est un cyclone de force 5 (l’échelle maximale, plus de 250 km/h de vent) qui a passé sur toute l’île. 

Je ne sais pas si le cyclone a grossi/changé si vite ou si c’est dû à de mauvaises informations. Je sais que le cyclone qui a passé sur Saint Martin, les gens qui suivaient les infos américaines de NOAA savaient que c’était un cyclone alors que la météo française continuait à annoncer un vent fort.

Martin nous a dit qu’il a passé la nuit du cyclone avec ses enfants dans un placard de cuisine. La femme qui tient le centre de plongée vers le parc national a passé la nuit du cyclone avec son mari dans une pièce au fond du garage, assez grande pour contenir 2 chaises, et après l’œil, ils devaient tenir la porte pour pas qu’elle s’ouvre. 

7 heures plus tard, l’île était dévastée. Plus un arbre n’avait de feuilles. Le gouvernement a fait venir de la nourriture non seulement pour les gens, mais aussi pour les animaux. Beaucoup de fruits ont été commandés pour nourrir les oiseaux. Les perroquets venaient jusqu’en ville pour se nourrir ! D’ailleurs nos bananes laissées sur la barque lors de notre petite marche dans la rivière indienne ont été dégustées par des oiseaux ! La Dominique n’a pas encore de bananes.

90-95% des maisons en Dominique ont eu des dégâts. Certains ce sont de petits dégâts, et d’autres, il ne reste presque plus rien de la maison. Lors de notre passage en bus, nous avons vu plusieurs dalles de maisons sur lesquels il ne restait plus que les 4 murs des toilettes. Là j’ai compris pourquoi en Australie quand on m’avait préparée à ça, on m’a dit de m’abriter dans le plus petit local du bâtiment. Près de la moitié des maisons ont perdu leurs toits ou une partie de leur toit. Leurs toits ne sont pas comparable aux nôtres, c’est une mince charpente en bois et de la tôle ondulée clouée dessus. Apparemment ils doivent les changer tous les 10 ans à cause de la rouille. Mais là, avec tant de toit à remplacer en même temps, très peu ont déjà pu le faire, malgré que ça fasse plus de 6 mois que le cyclone a passé. En regardant les maisons et les choses qui traînent, on croirait que ça s’est passé il y a une dizaine de jours. Certains ont couvert leur toit avec des bâches, certaines marquées UNICEF. Mais beaucoup de maisons ont vidé et abandonné leur dernier étage. Beaucoup de maisons sont abandonnées tout court.

Quant à l’électricité, beaucoup de maisons n’en ont pas eu pendant des mois. La dame du centre de plongée, qui habite près de Roseau (la capitale), a reçu à nouveau le courant la semaine avant notre passage, donc plus de 6 mois après le cyclone !

Les déchets sont aussi un grand problème. Il y en a partout, éparpillés sur toute l’île et même aux alentours. Le vent en a mis partout. Ils ont essayé de rassembler les toits en un gros tas, qu’ils vont une fois envoyer à Trinidad pour faire recycler, car l’île n’a aucune infrastructure de recyclage. Le tas est énorme, c’est impressionnant. Mais partout où on passe, il y a encore des bouts de toits, même à côté de notre mouillage, on en voyait au fond de l’eau.

Nous avons vu un camion poubelle qui ramassait les déchets. Mais vers notre mouillage, en direction du parc national, on voit des tas de déchets à moitié brûlé tous les 5-7 mètres ! Ils sont au bord de la route, sur la plage etc… Quand on s’est renseigné du pourquoi, la réponse était simple. Depuis Maria les camions poubelle ne passent plus, alors ils brûlent leurs déchets et plastiques car ne savent pas quoi en faire.


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