Nous avons pêché un thon de 70kg!

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Un matin à 6h30 nous partons du nord de Taveuni, au nord-est du pays, à destination de Fulaga qui se trouve tout au sud et à l’est du pays. Avec les vents annoncés, nous prévoyons y arriver le lendemain après-midi. Le voyage est contre le vent avec un l’angle assez serré, au plus près du vent.

SAWADIVA parti une heure avant nous est quelques miles devant nous. La mer est assez calme, chacun vaque à ses occupations. Et voilà que ça mord ! Ceux qui sont dans le cockpit se mettent à crier « Fisch, Fisch » (poisson en allemand) ce qui sonne l’alarme et chacun vient aider.

Heureusement, le poisson a mordu à l’une de nos lignes manuelles. Personnellement je trouve plus simple de ramener un poisson en tirant la ligne à la main, je m’en sors bien mieux qu’avec le moulinet de la canne à pêche, surtout si le poisson est lourd.

Depuis le temps qu’on pêche, nous sommes plus ou moins rôdés, chacun sait ce qu’il a à faire. Je sors mes gants et m’attèle à la tâche. Je tire la ligne en m’aidant du winch (un cylindre autour duquel on entoure les cordages des voiles afin d’avoir plus de force pour les tirer). Au début j’ai de la peine à tirer assez pour pouvoir l’entourer autour du winch, le poisson est lourd et tire contre le bas.

Comme toujours, il me faut du temps pour remonter les 40m de ligne. Il faut fatiguer le poisson, jouer avec lui. Parfois il résiste il faut attendre, comme j’ai fait plusieurs tours autour du winch, je n’ai pas le poids du poisson à retenir, il suffit de retenir la ligne pour qu’elle ne se déroule pas. Quand il résiste moins, je le tire petit à petit vers nous.

Nous nous doutions qu’il s’agissait d’un thon, dès le début il est parti en profondeur et sur le côté de notre bateau, ce qui est un comportement typique du thon. En le tirant j’ai vite réalisé que ce serait le plus gros poisson qu’on ait jamais pêché. J’ai senti mes bras pendant 3 jours !

Timeo s’occupe des 2 autres lignes, il les remonte assez rapidement afin de s’assurer que le poisson ne s’enroule pas autour des autres lignes.

Cyliane filme, essayant de ne pas trop se mettre au chemin.

Elina se met à la barre et essaye de maintenir le bateau à une certaine vitesse. Nous devons ralentir un peu sans toutefois aller trop lentement. Si le bateau s’arrête on a toutes les chances de perdre le poisson car sans tension ils arrivent parfois à se libérer de l’hameçon.

Nous sommes sous voile, son travail consiste à maintenir le bateau au plus près du vent pour qu’on perde de la vitesse, sans toutefois être trop contre le vent, ce qui pourrait amener à faire basculer le bateau de l’autre côté du vent et le vent du faux côté des voiles amènerait le bateau à faire demi-tour. Pour corriger afin de ne pas faire demi-tour, nous n’aurions pas d’autre choix que d’utiliser le moteur avec le risque de se prendre le fil de pêche dans l’hélice. Elle doit donc faire attention à ça tout en contrôlant les cartes pour qu’on ne finisse pas dans un récif. Ce jour-là, le poisson a mordu au large, un souci en moins.

N’arrivant pas à freiner assez le bateau, j’ai fait un nœud sur le winch et suis allée réduire un peu la voile avant. Elina a encore besoin d’un peu d’entraînement, car la manœuvre ne lui a pas été facile, parfois nous prenions trop de vitesse, parfois le bateau était presque à l’arrêt. Mais à la fin, tout a bien été.

Stéphane enfile son harnet de sécurité, sort la gaffe, le filet et les lignes de vie pour s’attacher au bateau lui et ses outils. Quand tout est attaché, il se rend sur la jupe arrière et attend l’arrivée du poisson. Maintenant le fil il essaye de gaffer le poisson au mieux. Ce n’est pas toujours facile, suivant où on l’attrape, ça ne tient pas et le poisson se débat ce qui ne facilite pas la manœuvre. Au second coup, il a réussi à le choper vers le torse. Ainsi il a pu retourner le poisson sur le dos.

Quand on retourne un requin sur le dos, il est comme endormi, les scientifiques utilisent cette méthode pour les munir d’émetteurs. Nous avons eu la bonne surprise de voir que ça marche aussi avec les thons ! Notre poisson était immobile et nous avions ainsi tout notre temps pour lui passer une corde autour du corps et de resserrer rapidement la boucle avant la queue. Ainsi nous maintenions le poisson par la gaffe et la corde, car entre-temps l’hameçon s’était sorti.

Le temps d’attacher la corde à une rallonge, de la mettre sur le winch, de prendre la manivelle et nous pouvions enfin hisser le poisson à bord. J’étais au winch, Stéphane maintenant le poisson afin qu’il remonte là où il faut. Il était si gros qu’il s’est un peu coincé entre les anses de l’échelle de bain. Nous ne pouvions plus le remonter plus haut, sa tête étant hors de l’eau nous ne risquions donc plus de devoir partager notre butin avec les impôts des mers, c’est-à-dire les requins !

Il nous était impossible d’aller à côté du thon pour le décoincer ou essayer de le tuer. Un tas de muscle pareil il lui suffirait d’un petit sursaut pour nous faire passer par-dessus bord, nous sommes toujours sous voile à naviguer entre 3 et 5 nœuds de vitesse !

Juste avant de mourir, il s’est mis à vibrer, c’était l’horreur. Moi ça me fout mal, on a toujours tué tous nos poissons au plus vite, je rage sur le nombre de pêcheurs qui sortent les poissons et les laissent mourir comme ça. Là, nous n’avions malheureusement pas le choix. Notre thon vibrait violemment, heureusement qu’il était pris entre les anses de l’échelle.

Il me fallait retenir la gaffe qui sinon aurait été projetée dans tous les sens. Je hurle à Stéph de venir me donner un coup de main, je n’arrive pas à la maintenir. Il s’est bien fiché de moi tout en venant. Là il s’est rendu compte de la force de l’animal, lui non plus n’arrivait pas à la retenir. Tour à tour nous lâchions la gaffe pour la reprendre plus bas. C’était comme de tenir le burin d’un marteau-piqueur ! Et on sait de quoi on parle, nous en avions utilisé lors de la transformation de notre maison. Pour finir le poisson est mort et notre gaffe a fini toute courbée.

Nous avons essayé de le peser, mais notre balance s’arrête à 50kg. Puis la nuit était en train de tomber, Stéphane a coupé un bout du filet pour notre souper et sorti les abats.


Selon notre progression, nous n’étions même pas certains d’arriver à Fulaga avant la tombée de la nuit suivante, il fallait nous dérouter car nous n’avons pas la possibilité de maintenir tout ce poisson au froid. Nous étions à l’ouest de Vanua Balavu, un endroit que nous connaissions, la décision fut vite prise. Après avoir informé SAWADIVA de notre changement de plan, nous avons tiré des bords pour nous rendre à Vanua Balavu, qui se trouvait en plein dans le vent d’où nous nous trouvions.

C’est de nuit que nous entrions dans la passe en suivant nos anciens tracés, moi à l’avant éclairant à la torche. Nous avons vu les torches des pêcheurs locaux sur le récif des deux côtés de la passe.

A minuit nous ancrions dans une grande baie non loin de la passe. A 5h30, à peine le jour levé nous avons déplacé le bateau dans la baie Mbatavu où nous pouvons accéder facilement à la ferme. Puis Stéphane s’est mis à découper le thon. Les filets étaient énormes, les 2 filets du dos sans la peau pesaient 25kg, un des filets du ventre sans la peau 10kg. La carcasse et le filet restant 33kg !

Les enfants ont gravi les 270 marches qui mènent sur le plateau où se trouvent la ferme et le petit hameau des ouvriers pour chercher les locaux. Malheureusement Greg et Gin, les propriétaires de la ferme étaient partis jusqu’en décembre. Deux hommes sont venus nous rejoindre avec leur bateau, l’un d’eux nous avait vus entrer la nuit précédente car il pêchait près de la passe.

Ils étaient impressionnés et heureux. Ils adorent avoir la carcasse entière, ils aiment la tête, aucune idée de ce qu’ils cuisinent avec. Ils nous ont dit qu’ils auraient assez à manger pour une semaine, une semaine de fête !


Nous avons dû les rejoindre un peu plus tard à la ferme, ils voulaient nous donner des légumes en échange. Nous sommes repartis avec du manioc (qui est le légume national qu’ils appellent kassawa et en font entre autre des frites excellentes), du chou, 3 fruits de l’arbre à pain (ça, c’était la fête pour nos enfants) et quelques jeunes feuilles de manioc (ça se cuisine comme des épinards).

Puis nous avons changé d’ancrage car il nous restait un gros filet à distribuer, emballé dans un sac à poubelle dans le frigo. REDEMPTION, un superyacht était ancré non loin de la Bay of Islands où nous voulions aller pour attendre une nouvelle fenêtre météo. Nous les avons contactés pour leur demander s’ils voulaient du poisson. Ils nous ont de suite demandé notre prix, rien, nous le donnons car nous n’avons pas les moyens de le conserver. Ils sont venus le chercher et quand j’ai remis le sac le type a fait une sacrée tête en se rendant compte du poids du filet. Il y en avait pour un peu plus de 10kg !

Nous avons fait un film, malheureusement il manque le bout où on hisse le poisson hors de l’eau. Suite à une remarque d’Elina, Cyliane s’est arrêtée de filmer. Le film se trouve ici.

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