Nous avons passé des journées plus ou moins reposantes à Saint Anne, où nous avons fini par rester 2 semaines.
Par moments, nous allions à la plage. Mais dès le lendemain de l’anniversaire de Cyliane, le vent est tombé et nous nous sommes fait surprendre par les « mouches de sable » (sandflies) que les martiniquais appellent yainyain. Ce sont des petites mouches plus petites que des têtes d’épingles, ça fait mal quand ça pique, ça fait des ronds rouges qui ne piquent pas le premier jour, mais après, ça pique pire que des boutons de moustique pendant 7-10 jours. Après plus de 10 jours de grand vent, où ces petites bêtes sont restées cachées, elles devaient être affamées, Stéphane s’est fait littéralement bouffer.
Nous avons fait le chemin du calvaire de Saint Anne, un chemin biblique en zigzague montant en haut d’une colline, à chaque contour, un bout de l’histoire de Jésus depuis sa condamnation jusqu’à sa mort. Une leçon de religion pour les enfants et au sommet, une vue superbe. Le chemin est bordé de jolis arbres et fleurs et beaucoup de lézards y vivent. Nous avons aussi pu visiter l’église de Saint Anne. Comme toutes celles des alentours, la structure est en fer. Les murs sont en pierre et les fenêtres sont juste des trous fermés par des volets en bois. Pas de vitres, pas de vitraux. Quant au toit, juste des tuiles sur la charpente, par endroit on voit le jour.
Un jour, avec Véronique & Patrice de GRAN LARGO, nous avons accompagnés les enfants à un cours de poterie. Véronique en fait en France et avait repéré le potier et les dates de cours. Ce fut une chouette après-midi où nous avons tous appris plein de choses. Le potier est un professeur d’art plastique à la retraite et a plein de choses à raconter. Et nous étions ses seuls clients cette après-midi.
Juste avant qu’Elina puisse se mettre derrière le tour, voilà qu’on la voit verser. Ça se passe si vite, qu’aucun de nous, pourtant à ses côtés, n’avons eu le temps de réagir, elle est tombée à la renverse sur diverses choses, sans pour autant se blesser, heureusement.
Elina est notre ainée, mais mange bien moins que sa sœur et son frère. Tant qu’elle est en pleine forme, nous nous en soucions pas trop. Par contre, depuis petite, nous nous battons pour qu’elle boive assez. Ce petit évanouissement – en fait elle a vu noir – lui aura peut-être fait comprendre l’importance de bien boire et manger. Depuis elle boit mieux et nous espérons que ça continue.
Un autre jour, nous avons été informés d’un cirque dans une crique du Marin où les spectacteurs étaient sur leurs dinghys. Nous sommes arrivés ½ heure plus tard que l’heure informée, car nos amis de SERENITY (Odyssey) venant d’arriver à Martinique sont passés nous saluer. Nous n’avions pas trouvé le cirque. Plus tard nous apprenions qu’en fait, nous avions ½ heure d’avance et nous avions bien trouvé l’endroit, mais quand nous y étions, c’était un cinéma ! 3 bateaux s’étaient mis ensemble et offraient des activités. Le concept est bien sympa.
Un jour, voilà que SOPHIE passe derrière nous. Nous avions rencontré ces américains à la Barbade et espérions les retrouver. En passant, ils nous avertissent qu’à 16h ils avaient fête d’anniversaire pour les 10 ans de Hazel. Les enfants ont fait des cadeaux puis nous avons été à la fête. Ils avaient passé l’info à la VHF que tous les enfants à l’ancre étaient invités et qu’il y avait de la bière et du punch pour les parents. Nous étions plusieurs bateaux, des américains, des canadiens et même d’autres suisses, des Genevois. Il y avait 18 enfants de 6 à 16 ans environ, heureusement, SOPHIE est un grand catamaran !
Le soir-même, nous allions enfin tester les fameux Bokits de chez Boubou, accompagnés de nos amis de SERENITY. C’est un genre de sandwich chaud dans un pain spécial fait maison. C’était excellent et très nourrissant.
Avec toutes ces rencontres, nous avons appris que les vendredis, les plaisanciers au mouillage de Saint Anne se retrouvaient à la plage de Caritan. Chacun amène sa viande et un met qui formera le buffet. Nous y avons rencontré plein de monde et plein d’enfants. Tant qu’il n’a pas été possible de converser avec tous. De petits groupes se formaient, pareil pour les enfants, qui étaient divisés par langue, un groupe d’anglophone et un groupe de francophone (Laura de Mares inclus, car elle parle très bien le français). C’est impressionnant le nombre de familles qui vivent comme nous. Alors que par chez nous, nous passons pour des exotiques.
Comme c’était le jour avant l’anniversaire de Timeo, nous en avons profité de lui faire souffler les bougies avec d’autres enfants. Il était tout fier.
Nous avions prévu de partir de Saint Anne le jour de l’anniversaire de Timeo. En fait, le vent allait tourner le surlendemain et la baie ne serait plus protégée par vent d’ouest. Beaucoup de bateaux partaient se mettre à l’abri au Marin (déjà bondé) ou ailleurs dès ce jour-là.
On se soucie pour des navigateurs inconnus
Etant à l’ancre, la VHF est toujours allumée. Nous entendons donc les appels. Un jour, le Cross (surveillance des bateaux) appelle à plusieurs reprises le bateau Vagabond 2. Puis sans réponse, demande aux autres navigateurs qui verraient ce monocoque jaune, de les faire prendre contact avec eux. C’est environ 2 jours plus tard qu’un soir, le Cross lance un pan pan pour le petit monocoque jaune Vagabond 2, parti de Grande Canarie pour la Martinique le 9 janvier (3 jours après nous) avec 2 personnes à bord et toujours pas arrivé à destination. De suite, on se sent angoissé. C’est bizarre cette sensation, on ne les connait pas, les a jamais vus, mais on se sent concerné, comme si c’était des amis proches, car nous vivons la même aventure. Nous avons rapidement trouvé leur site internet, des suisses et des romands en plus !
A tout moment, leur histoire me tracasse et je me fais mille et une explications à leur retard. J’écris à mon groupe de proches sur WhatsApp de leur envoyer des ondes positives pour qu’ils finissent par arriver sains et saufs. Et sans le vouloir, j’ai inquiété des amis, qui les connaissent. C’est par eux que j’ai eu l’information quelques jours plus tard qu’ils sont enfin arrivés, au bout de 45 jours !!! Quel soulagement !
Nous avons lu leur aventure de la traversée. Beaucoup dans leur écrit me rappelaient les conditions de notre traversée, mais ayant un bateau plus grand, et étant posés sur deux coques, nous n’avons pas autant dégusté qu’eux. Nous aussi avions des vagues qui ont immergé le cockpit, mais ayant un bateau plus haut, je suppose qu’on en a eu bien moins qu’eux. Ils ont eu des casses bien plus conséquentes que les nôtres, ça n’aide pas non plus.
Dans cette histoire, ce qui m’a impressionné c’est la « fraternité des plaisanciers » si on peut dire ainsi. Leur pan pan m’a travaillé jour et nuit jusqu’à ce que je les sache enfin arrivés.
Saint Anne – les Z’Abricots
Le matin de l’anniversaire de Timeo nous montions l’ancre pour un peu plus de 5 heures de voile. Nous avions décidé de nous rendre dans un port à côté de Fort-de-France. Ce port est un peu loin de tout, mais on nous avait averti qu’on pouvait y louer des voitures facilement et à bon prix et y laisser notre bateau en sécurité le temps de visiter l’île.
Malheureusement le port n’avait pas de place assez large pour un catamaran (alors que nous en avons vu au moins 4 où nous aurions eu largement la place) et nous avons passé les 3 nuits de prévus à la bouée d’attente juste devant le port.
Nous avions quand même certains avantages du port (wifi, sanitaires) et niveau sécurité, le bateau juste en face de la capitainerie ne devait pas risquer grand-chose. C’est donc le cœur léger que nous partions dans l’après-midi avec notre petite voiture de location.
Comme il n’allait pas faire jour longtemps, nous avons fait du shopping pour finir par aller souper chez Mac Donald, ce que Timeo s’était souhaité. Les enfants étaient ravis, surtout Cyliane qui a enfin pu avoir son cadeau d’anniversaire. Depuis Tenerife, nous n’avions plus fréquenté de grands magasins et nous n’avions pu organiser un cadeau pour l’anniversaire de Cyliane. Nous avions donc convenu qu’elle se choisira son cadeau quand elle verra quelque chose qui lui plait. Elle a disparu avec sa sœur parmi les jouets et est revenue un bon moment plus tard avec 2 paquets de Playmobils, elle ne savait pas lequel choisir. Je lui ai répondu que l’un était notre cadeau d’anniversaire et que l’autre, elle pouvait l’acheter avec son argent (Noël des grands-parents et de sa tante). Puis voilà Timeo qui me tire vers les Playmobils, lui aussi en avait envie. Lui avait reçu son cadeau (déjà acheté en Suisse) le matin, et fut surpris quand je lui ai répondu que oui, il pourrait se l’acheter avec son argent. A la caisse, il était tout fier.
Nous avons profité de la Wifi pour mettre nos 3 « vidéos » de l’Odyssey en ligne, plus de 15 heures qu’il a fallu ! Internet en dehors de l’Europe, c’est lent !
La visite de l’île
Nous avons lu quelques guides de la Martinique et n’avions pas d’idée précise sur ce que nous voulions vraiment visiter. Nous sommes donc partis cap au nord, pour voir les forêts tropicales, direction le Morne Rouge. Dès la sortie de Fort-de-France voilà qu’on voit l’église dont je venais de lire qu’il s’agissait d’une petite réplique du sacré cœur. Elina et moi aimant les vieilles pierres (églises et châteaux), on a fait une petite halte pour y découvrir une superbe vue sur la ville.
Puis la route devenait de plus en plus sinueuse, traversant une énorme forêt tropicale, on se serait crus dans un énorme jardin botanique. Même Elina était scotchée à la fenêtre de la voiture à admirer les plantes, arbres et fleurs. Des Balisiers, que nous achetons bien chères chez nos fleuristes poussent ici comme des mauvaises herbes, il y en a partout !
Et voilà qu’on voit un panneau indicateur pour le village de Fonds-St-Denis, là où habitent Louve et Gilles, que nous avions rencontrés à Las Palmas. Les enfants voulaient voir à quoi ressemble le village. Puis sur la route, voilà plein de voitures parquées, des martiniquais mouillés qui rejoignaient leurs voitures. On s’arrête et y découvre un petit coin de paradis. C’est la cascade Saut Gendarme, où l’on peut s’y baigner. L’eau y est fraîche et le paysage splendide.
Puis au village, on s’arrête prendre une glace et demandons à tout hasard si ils les connaissent, car l’adresse que nous possédons ne porte aucun nom ni numéro de rue. De suite, on nous donne un nom, qui fait aussi partie de l’adresse reçue, ça doit être un hameau. Mais sans numéro de maison, ça risque d’être difficile. On continue, et on arrive en haut d’une colline, sous l’observatoire, avec une vue splendide sur Saint-Pierre. On fait quelques mètres et on voit une dame, à qui on demande à tout hasard. La maman de Louve est volcanologue, donc bien connue, et l’observatoire, que nous pensions être pour les étoile est l’endroit où elle travaille, car c’est l’observatoire de la montagne Pelée (volcan) et des séismes. Louve habite juste au-dessous. Et voilà qu’on débarque chez eux à l’improviste, car n’ayant toujours pas pu recharger ma carte sim française, et n’ayant trouvé aucune cabine téléphonique, nous n’avons pas pu les joindre.
Les enfants étaient aux anges de retrouver Louve, ce fut le summum de la journée. Quant à nous, nous avons eu beaucoup de plaisir de connaître sa maman et son frère et de retrouver Gilles pour un moment bien sympa.
Lors de notre descente au bord de mer pour retourner chez nous, nous avons assisté à l’un des plus beaux couchers de soleils. Le soleil était une grosse boule rouge, et ce bien avant de se coucher.
Le lendemain, nous repartions au nord, mais du côté est de l’île cette fois. Comme le jour précédent, nous avions juste quelques idées mais pas d’itinéraire fixe. Nous sommes allés à la presqu’île de la Caravelle, visiter le château Dubuc. En fait il s’agit d’un ancien domaine de canne à sucre et de café, qui « employait » 375 esclaves. Nous y avons passé plusieurs heures, la visite était individuelle, nous avions une carte avec un stylo genre Tiptoi, on appuyait sur la carte de l’endroit où nous étions et le stylo nous racontait. On a pu passer à côté des Mangroves pour rejoindre la mer avec une jolie vue, manger notre pique-nique sur des tables et bancs entourés de crabes de terre et de Bernard l’hermites. Nous avons même aperçu à plusieurs reprises des Mangoustes, un animal que nous ne connaissions pas. Quant aux oiseaux et leurs chants, c’est tout simplement un régal.
Puis nous avons continué vers le nord et Stéphane a bifurqué au panneau « musée du rhum et de la banane ». Nous avons pu visiter la distillerie Saint James, mais le musée de la banane, un peu plus loin venait malheureusement de fermer.
De retour au bateau, je vois dans mes guides, un autre musée de la banane, où on fait le tour du domaine en petit train. Direct je réserve nos places pour le lendemain. L’endroit est magnifique et la visite très intéressante. Nous avons été surpris d’apprendre que le bananier n’était pas un arbre, mais une herbe ! Et autre surprise à la dégustation finale, du vin de banane ! C’est un vin blanc similaire à celui fait avec du raisin. Pour le reste de ce que nous avons appris, les filles se sont chargées de le raconter sur leurs blogs.
Georges, le crocodile de la rivière Lézarde
L’endroit où nous nous trouvons est près de la rivière Lézarde, lieu où depuis des années, les chasseurs ont informé les autorités y avoir vu un crocodile. Pendant des années, les autorités ont pris ces chasseurs pour des fous, jusqu’au jour où, un hélico de la police est passée au-dessus en prenant des images où l’on pouvait voir, un gros crocodile de 3m de long. Lorsque les autorités ont demandé aux chasseurs de le tuer, apparemment, la réponse négative des chasseurs était très comique à lire dans les journaux. Bref, entre-temps, il a été décidé de ne plus le tuer mais de le capturer pour le mettre dans un zoo. Depuis des années, ils ont posé des pièges sans jamais avoir réussi à l’attraper. Georges le croco fait tourner les autorités en bourrique. Ils mettent des poulets crus dans les pièges, il s’en fout. Un flic farceur a mis un poulet rôti dans le piège, Georges en aurait mangé une cuisse sans pour autant faire déclencher le piège. Georges aime la viande rôtie, et ceci a fini par amener des disputes entre les autorités lors des séances, sur la façon de cuisiner le poulet !
On adore les anecdotes de ce genre, nous nous sommes bien amusés à entendre cette histoire et à rechercher plus sur internet.
En attendant, nous ne nous sommes pas baignés là-bas, malgré que Georges n’ait jamais agressé personne durant la dizaine d’années qu’il est là.
L’entretien, mot inconnu des martiniquais ?
Lors de nos ballades dans l’île, nous avons remarqué que rien n’était entretenu. Soit c’est neuf, soit c’est dégradé ou cassé, tout est laissé dans l’état. Les maisons ne reçoivent pas un nouveau coup de peinture, les épaves de voitures gisent dans les jardins ou au bord des routes (ont-ils une décharge pour les autos, nous n’en avons pas l’impression), les épaves de tracteurs et camions gisent dans un coin du domaine. Les plantes poussent autour de ces épaves assez rapidement. C’est pareil pour les épaves des bateaux, il y en a sur les plages (Saint-Anne par exemple), sur des hauts fonds et au bord des Mangroves. Quand on se promène dans le cul-de-sac du Marin, c’est impressionnant le nombre d’épaves que l’on voit. Un bateau est amarré à quai et celui qui est amarré à couple à lui a coulé, on ne voit plus que le mât qui sort. Et ça reste comme ça, personne ne fait rien.
Les routes ne sont pas réparées, il y a des trous, plus ou moins gros. Une porte de grange pliée, elle le restera.
Ça nous surprend, nous les suisses, si carrés.