Soufrière
Une fois les hommes de retour, nous repartions pour trouver une baie plus protégée. A la sortie de la baie, nous avions que 11 nœuds de vent, on sort la grand-voile. A peine suis-je derrière, je vois que le vent a fraîchi, je retourne à l’avant et y met un ris. 10 minutes après mon retour, j’y retourne pour encore une fois rétrécir ma voile. Décidément, ce n’était pas un jour pour faire de la voile tranquille. Et les vagues n’étaient pas géniales non plus.
Nous n’avions pas encore de guide des Antilles et nous suivions les conseils de Jean-Paul de TUBALCAIN et des petits guides pour marins que j’avais téléchargés sur internet. La baie des Pitons était une option, mais il y avait plein d’énormes bateaux de riches, dont l’un avec un hélicoptère sur sa plage arrière. Nous avons donc opté pour la deuxième option, Soufrière, où Jean-Paul avait mentionné « visite du village ». Avant l’entrée de la baie, Jürgen de SINA, à l’avant, nous informe qu’on prend les services du boat boy Johnny avec un bateau rouge, il nous réserve des bouées. Malheureusement l’info est arrivée quelques minutes trop tard, nous avions un autre boat boy, Derek qui était déjà à nos côtés en train de faire affaire avec Stéphane. Je lui ai passé l’info pour Johnny, Derek me disant de dire à Johnny que Derek était en premier… une vraie concurrence ! Nous avons été escortés à la bouée derrière SINA et nous espérions qu’il n’y aurait pas trop de guerre entre Johnny et Derek, qui apparemment ont grandi ensemble.
Ces boat boys vivent dans les villages de pêcheurs et se démènent pour les bateaux de touristes qui arrivent. C’est leur gagne-pain. Ils ont ainsi gagné leur provision sur les bouées, les poissons qu’ils nous ont organisé et autres services. Des enfants de 8-10 ans sur des planches viennent au bateau, nous offrant de nous débarrasser de nos ordures et quémandant du coca ou des biscuits. De suite nous avons envie de leur en donner, mais si nous le faisons, tous les enfants accourent et on ne pourra plus s’en débarrasser. Nous avons distribué quelques t-shirts, casquettes et savons aux boat boys et quelques casquettes et savons aux 3 enfants. Un autre boat boy est arrivé avec quelques fruits et nous avons pu acheter des mangues !
Lotti et Paul auraient bien voulu sortir le soir, mais à cet endroit, mieux vaut ne pas laisser le bateau sans surveillance dès la nuit tombée (c’est valable pour toutes les Caraïbes au mouillage). Ce fut une sage décision, nous avons appris après-coup que Soufrière n’est plus un endroit très sûr.
La nuit, nous avons en plus des attaches normales, attaché notre annexe au bateau à l’aide d’un câble et d’un cadenas. Stéphane a même tiré des cordes au-travers des escaliers des deux coques pour que si quelqu’un y venait en douce, qu’il s’y encouble. Heureusement, nous n’avons pas eu de visite.
Le lendemain matin, nous sommes allés à terre pendant deux heures visiter la ville. Lotti et Paul n’ont pas voulu venir et sont restés au bateau, surveillant les deux bateaux. Les hommes ont de suite trouvé un magasin pour se réapprovisionner de matériel de pêche. Nous avions attrapé une dorade coryphène à l’heure du repas lors de la traversée, mais une fois de plus, nous l’avons perdue avec l’hameçon cette-fois. Si vous croisez un coryphène avec un piercing, c’est peut-être le nôtre.
Le boat boy nous a ramené aux bateaux et nous avons monté l’ancre pour nous rendre à Marigot Bay. SINA avait des amis qui les attendaient à Rodney Bay, ils y sont donc allés directement, nous avions prévu de les y rejoindre le lendemain.
Marigot Bay
Marigot Bay est une magnifique baie entourée de Palétuviers, une plage déborde au milieu de la baie, ce qui lui donne la forme d’un B, et à l’arrière, c’est un port avec pontons d’un côté et bouées de l’autre. Le film Disney Doolitle de 1967 a été tourné dans cette baie.
A l’entrée un boat boy voulait nous vendre la dernière bouée. Nous ne savions pas encore ce que nous voulions et sommes allés jusqu’au fond de la baie, dans la marina. Il y avait quelques places, mais ça paraissait bien cher, et les seules bouées libres étaient assez au fond, il aurait fallu zigzaguer entre les bateaux très proches les uns des autres, ce qui est plus difficile avec la largeur d’un catamaran. En retournant, la dernière bouée était prise, mais le côté nord, les bateaux étaient à l’ancre, nous avons donc ancré.
Les hommes ont pris l’annexe et sont allé boire l’apéro au bar « happy hour ». Un bar-restaurant est au niveau de la plage avec un ponton a annexe, c’est facile d’accès. Ils y ont rencontré d’autres suisses vivant sur un trimaran. Il y avait également un tout gros bateau Suisse, mais eux sont d’un autre monde et ne saluent pas les petits navigateurs suisses. Et au fond, un gros bateau avec un hélicoptère sur la plage avant.
Le lendemain nous avons profité du resto, de se promener dans cette baie et de ne rien faire. Nous avons recroisé les gens du trimaran suisse puis un autre couple d’un monocoque suisse est arrivé et s’est attablé avec nous. Le temps n’était pas génial, toutes les 45 minutes environ il pleuvait des cordes pendant une dizaine de minutes. Mais comme il fait chaud, ça sèche vite, et la pluie rafraîchit, ce qui fait qu’on n’a pas trop chaud. Puis ce fut un peu tard pour se rendre à la prochaine baie, nous sommes donc restés une nuit de plus dans ce magnifique endroit.
Nous avons dégusté nos mangues et réalisé qu’une avait été entamée par des animaux. Passant tous les fruits et légumes dans leur bain d’eau salée pour éliminer les indésirables, c’était bizarre. Et le gros trou me rappelait fort le passage des flying foxes dans le manguier en Australie. Nous avons eu la confirmation, ce sont les chauves-souris qui ont trouvé nos mangues dans notre filet.
D’autres bateaux sont venus ancrer près de nous et nous avons passé une soirée TV à faire découvrir un film français, les Visiteurs, à nos amis suisses-alémaniques. Je me rends dans la chambre pour chercher un câble pour le haut-parleur que je vois une lumière bleue tout près du hublot. Je sors et vois le catamaran ancré en diagonale de nous, avec des lumières bleues sous la coque, qui dérive et nous passe à 2 mètres de distance. Toutes lumières allumées mais personne en vue, je me mets à siffler très fort. Un bateau devant nous a sorti une torche et commencé à faire des appels de phares, avant de donner l’info par VHF espérant que les proprios écoutent. Pour finir, on descend l’annexe et on va voir le nom du bateau, tout est ouvert, de l’arrière je crie à l’intérieur si quelqu’un serait couché, personne. On passe vers l’autre bateau à la VHF les informer du nom du bateau et on se rend au bar-resto. Stéphane les as trouvé et de suite les hommes ont sauté dans leur annexe pour aller sur leur catamaran. Pas un merci, même pas le lendemain ! Ils ont juste demandé si leur catamaran avait touché le nôtre. Quand nous avons raconté ça à nos amis, leur question première était si c’était des français, notre réponse positive ne les a pas étonnés.
Le lendemain nous prenions un café tranquillement dans le cockpit laissant les enfants dormir que je découvre le message de Jürgen, qui nous avait réservé une place à la Marina de Rodney Bay, dépéchez-vous, le marinero pense que le temps va se gâter (niveau vent et vagues). Il ne nous a pas fallu long et nous étions en route, sans avoir mangé quoi que ce soit.
Rodney Bay
Il fallait se dépêcher et le vent et les vagues n’étaient pas mieux que deux jours auparavant, nous avons donc décidé d’y aller au moteur afin d’y aller directement et non de faire des détours car naviguant selon l’angle du vent. 2h30 plus tard, nous étions à la marina. Très joli endroit, dans une baie, entourée de belles maisons possédant leurs propres pontons. Le contraste est énorme, il y a tant de pauvreté et tant de richesse (bateaux avec des annexes énormes et hélicos), c’est hallucinant.
La marina possède une piscine, et c’est avec joie que les enfants en ont profité. Ils y ont même passé une après-midi entière avec Lotti et Paul, Timeo a fait des progrès en natation.
Nous avons fait la connaissance avec les amis de SINA, le bateau TOCCATA, un couple très sympathique. Ils ont fait la transat avec l’ARC. C’est un autre regroupement de bateaux, mais là ils sont environ 200 à partir de Las Palmas pour rejoindre Sainte Lucie en novembre. C’est Jimmy Cornell qui a inventé l’ARC, mais l’a vendu il y a une vingtaine d’années.
Il y a une petite voilerie vers le port. Nous en avons profité pour amener notre Code0 (ou Genacker) à faire recoudre.
Tous les vendredis soirs, c’est fête à Sainte Lucie. Ils hissent des petits pavillons aux couleurs de leur nation, certaines rues sont fermées à la circulation pour y installer des bars et échoppes. Nous y sommes allés les 3 couples, Lotti & Paul voulant rester au port et passer la soirée à la pizzeria avec les enfants. Après un peu plus d’un kilomètre de marche, nous arrivions un peu trop tôt au bon endroit. Ils installaient les haut-parleurs, qui devaient bien mesurer 2.5m sur 3m de hauteur. Ca annonçait la couleur et j’étais heureuse que les enfants n’étaient pas avec nous. Nous avons trouvé une table dans un restaurant, un peu à l’abri des haut-parleurs, mais ce fut difficile de se comprendre, tant la musique était forte. Nous imaginions une fête de locaux avec peu de touristes, mais c’était le contraire. Le croisement de la route était une piste de danse et l’ambiance était bonne. Le rum punch aidant à ça. Nous avons croisé un autre couple de navigateurs allemand que connaissaient déjà SINA et TOCCATA, ils ont fini la soirée avec nous. Nous sommes rentrés les 4 couples alors que les locaux commençaient à affluer. Là, nous avons pu voir les ravages du rum punch. On se rend compte de rien puis on est complètement soûl. La dame allemande était bien partie, rigolote, puis en très peu de temps, complètement soûle.
Nous avons acheté le guide des plaisanciers « Windward Islands, Martinique to Grenada » de Chris Doyle, qui serait l’un des meilleurs. Je confirme que c’est un très bon guide, ce n’est pas seulement un guide de ports et baies, mais aussi un guide touristique très complet et actuel. Bref, le lendemain je me mets à le lire et commence au niveau de l’introduction et tombe sur la partie « danger » : « Peut-être devrions nous commencer par le rum punch… » avant de continuer de lister les animaux dangereux qui se trouvent sur les îles. C’est clair, il faut se méfier de cette boisson, où le goût du jus de fruit cache bien la teneur en alcool.
Nos routes se croisent
C’est dans le port de Rodney Bay que nous avons croisé nos voisins suédois de Las Palmas à côté desquels nous étions pendant 3 semaines. Nous y avons aussi retrouvé le trimaran Suisse et l’autre couple Suisse connus à Marigot Bay. Rien qu’à notre ponton, nous étions 3 bateaux suisses ! L’un est parti pour être remplacé par un autre bateau, suisse également. Dingue tous ces suisses en mer quand on pense qu’on n’a pas de mer.
Niveau rencontres, le monde est petit quand même. A Las Palmas, un bateau est arrivé par gros vent, un homme seul à bord, un seul marinero à la bouée à l’avant. Ayant assez de personnes sur le ponton (dont le suédois dont je parle plus haut), j’ai sauté sur le bateau pour prendre l’amarre et la lancer sur le ponton alors que le skipper était occupé à la barre. C’est après-coup que j’ai remarqué que c’était un bateau suisse. Il n’est pas resté longtemps et j’ai oublié le nom du bateau. Au port de Bridgetown (Barbade) je regarde un bateau suisse et me dit connaître le logo de ce nom. An autre jour je vois le type et lui dit « on s’est déjà croisés, c’était pas à Las Palmas ? » et le voilà qui répond « Laure, tu es sautée sur mon bateau pour m’aider à amarrer ». Quelle nouille, mais bien sûr ! Et lui se souvenait encore de mon prénom !
Une autre rencontre rigolote. A l’époque, nous avions visité un bateau en Italie qu’on pensait éventuellement acheter. Le nom EOLIA nous plaisait. Nous n’avons jamais oublié ce nom et voulions appeler notre bateau comme ça, joli nom, une lettre de chaque prénom de nous cinq (comme OLENA). Malheureusement, en Suisse nous n’avons qu’un port d’attache, et le nom est comme le numéro de plaque de voiture, donc impossible d’avoir deux fois le même immatriculé au même port. Je m’étais dit que ce serait sympa de voir ce bateau, de rencontrer les gens qui ont les mêmes idées de noms. Voilà qu’à Rodney Bay, un bateau Suisse vient amarrer, je vais prendre leurs amarres et que vois-je, il s’appelle EOLIA. Combien de chances avais-je de croiser le bateau EOLIA Suisse ? Incroyable ! Ce fut un couple très sympathique, nous avons échangé quelques livres (j’en ai peu en allemand, mais elle a été contente).
Nous retrouvons souvent les mêmes bateaux, croisés aux Canaries, on les retrouve aux Caraïbes. Souvent on ne les connaît pas, mais on reconnaît les bateaux.
Encore une anecdote rigolote. En novembre, nous avons suivi l’Odyssey nous précédent. Il y avait 4 amis près de la retraîte réalisant leur rêve, traverser l’Atlantique. Nous avons lu leurs aventures sur LA SMALA sur le site Cornellsailing. Lors de notre tour dans la marina de Marigot Bay, nous avons vu LA SMALA à une bouée. Le lendemain, nous les voyions sortir de la baie. Nous ne les connaissions pas, n’avons donc pas eu contact avec eux. Deux ou trois jours plus tard, la cousine de mon papa m’envoie un message, son fils est encore aux Caraïbes (il m’avait dit y être en janvier, mais nous y arrivions en février), il est co-skipper sur LA SMALA. Ah bein mince, si j’avais su ! Je l’ai contacté, mais ils étaient déjà sur une petite île au sud de St-Vincent. Par contre ils remontent en Martinique d’ici quelques semaines, peut-être pourrons nous nous voir.