Dieter étant arrivé le jour avant notre départ de Tenerife, nous ne voulions pas réitérer ce fait. En partant plus tôt, nous espérons que Dieter ait un peu de temps pour visiter la Barbade avant son vol de retour, prévu le 3 février. C’est donc seuls, que nous partons de Mindelo.
10h15, les moteurs ronronnent. Les marineros nous enlèvent leur nœud à la bouée bâbord, et la lâchent, alors que c’était l’amarre que nous voulions lâcher en dernier, celle-ci nous maintenant à distance de SANDRO, amarrés à tribord. J’essaye de détacher l’amarre sur la bouée tribord, elle est tendue et bien entortillée. Les amarres arrière déjà loin, Stéphane me voyant tirer l’amarre croyait les marineros vers moi et l’amarre déjà loin, et se met à sortir de notre place. Ce fut chaud, je n’ai trouvé d’autre solution que de jeter le bout avec la boucle et le nœud, espérant qu’il passe par la boucle de la bouée, tout en entendant TUBALCAIN qui criait qu’il fallait couper la corde. J’ai eu de la chance, la boucle a passé, j’ai pu monter la corde à bord.
Nos amis étaient tous sur leurs bateaux, munis de leur corne de brume, on se faisait de gros signes d’adieux.
Dans l’avant-port, on s’arrête, range barbotages et cordages et on se prépare à sortir la grand-voile. Comme d’habitude, c’est en pleine manœuvre que les enfants décident de se disputer assez violement et Stéphane a dû rentrer dans le carré pour y faire régner l’ordre. Il retourne à son poste de pilotage en vitesse et se frappe violement le tibia contre un coin. La blessure n’est pas belle à voir, il a un trou de bien 2cm de long. A la première vue, j’ai dit de retourner au port, on ne peut pas partir 15 jours loin de tout avec une blessure pareille. Puis il m’explique que c’est une plaie par éclatement, donc pas si grave.
La blessure pansée, la voile dehors, nous voilà partis. Nous avions 7-8 Beaufort, comme annoncé et quelques rafales. Grâce aux îles, les vagues n’étaient pas trop grandes. Puis, au sud de Santo Antão, les rafales fortes déferlaient, nous avons immédiatement passé de 2 à 3 ris. J’en ai eu une de 50.2 nœuds quand j’étais à la barre! L’anémomètre a enregistré la plus forte à 52.3 nœuds ! Nous avions un vent de 7-8 et des rafales de 10 ! Le vent arrière toujours tournant, la mer croisée, ce n’est pas facile à barrer, on a les yeux fixés sur l’anémomètre, mais parfois, ça tourne si vite que les empannages involontaires arrivent. J’étais en bas et j’entends un énorme bruit, c’était un empannage involontaire et la corde à laquelle nous avions fixé la bôme à l’avant afin d’éviter qu’elle passe violement de l’autre côté lors d’un empannage involontaire s’est cassée ! La bôme a changé de côté violement et nous avons eu, heureusement, que quelques petits dégâts. Nous avons empanné et cap au sud, loin de l’île !
Alors que Dieter était couché à la pointe avant afin de sortir des cordes de réserve pour remplacer les cordes cassées (Ris 2, fixation de la bôme, fixation arrière du lazy bag que je venais de changer à Las Palmas…) voilà que 2 vagues déferlent sur le bateau. Dieter était trempé ! Et moi qui avais répondu à Stéph, alors qu’il m’a demandé d’aller chercher les cordes, qu’il attendait que j’étais sèche pour me renvoyer à me faire mouiller, je ne m’attendais quand même pas à des vagues pareilles.
Nous avons fait les réparations les plus urgentes et déjà ce fut la nuit. Toujours 7-8 Beaufort, toujours des rafales mais moins fortes, heureusement, et toujours cette mer croisée. Où sont les alizées ? J’ai hâte de les trouver.
Avec une mer pareille, vous vous imaginez bien l’état des 2 filles. Elles passent la journée couchées à divers endroits puis font quelques pauses pour se vider l’estomac, les pauvres. J’espère qu’au 3-4ème jour, que ça passera, car Cyliane s’entête à ne pas vouloir prendre de médicament. De nuit, ça va mieux, elles peuvent voir la TV et se portent mieux, et elles dorment bien. Depuis la rentrée, elles n’ont pas beaucoup travaillé pour l’école.
Nos nuits
Nous avons répartis nos nuits de 20h à 8h à deux quarts de 2heures chacun. Les nuits sont très noires, la lune se levant plus ou moins en même temps que le soleil. Le ciel est souvent couvert. L’horizon est la limite entre le noir très foncé et le noir à peine un peu moins foncé. On le distingue sur les côtés, mais à l’avant, avec mes feux de hume, c’est plus difficile à voir. Eh oui, je signale que je navigue au moteur alors que ce n’est pas vrai. Etant au milieu de nulle part et sans aucun bateau à la ronde, je me permets cette erreur afin de mieux pouvoir voir ma voile avant.
Je vais essayer d’expliquer les sensations de ces navigations de nuit. Imaginez-vous dans votre voiture, fenêtres et coffre ouverts, vous sentez le vent. Il fait nuit noire, votre tableau de bord est allumé ainsi qu’une petite lampe éclairant votre capot. Aucun phare, vous ne voyez pas à l’avant de votre voiture et vous avancez sans voir où vous vous rendez, juste guidé par l’aiguille qui montre dans quel sens aller (par rapport au vent). Aucune peur de sortir de la route, vous êtes en plein milieu d’un champ plein de bosses que vous ne pouvez pas voir. Vous avancez, sans pouvoir choisir votre vitesse, en espérant que votre radar, qui ne montre aucun obstacle, ne se trompe pas. Par moment, vous sursautez car des animaux sautent sur et dans votre voiture ou alors, vous vous faites gicler, soit des petites goutes, soit des vagues entières.
C’est plein de poissons volants, ils viennent s’écraser partout sur le bateau. L’autre nuit, un frétillait devant la porte menant au carré (salon-cuisine). Puis un de près de 40cm se débattant sur la rambarde du toit de la cuisine. Je l’ai relâché et le lendemain j’apprenais qu’ils sont comestibles et celui-ci aurait eu une bonne grandeur et aurait été frais, contrairement aux poissons tout durs qu’on ramasse le matin en faisant la tournée. D’ailleurs il y en a même un qui s’était coincé entre mes paniers de fruits sous la table du cockpit.
De la casse, et ça continue
Les journées passent vite, nous n’avons pas le temps de s’ennuyer. Je m’imaginais pouvoir lire, je n’ai même pas encore eu du temps pour voir des choses d’école avec les filles qui heureusement, se portent mieux et se sont remises à travailler leurs cours.
Samedi, nous avons pêché une petite dorade coryphène, et pour une fois, elle a été facile à hisser à bord. Peu de temps après, une deuxième, bien plus grosse, elle faisait des bonds hors de l’eau pour essayer de se libérer. Nous avons essayé de la prendre avec notre nouveau crochet, car c’est avec le filet que nous les perdions, et nous venons de remarquer que nous devions le réparer. Ce ne fut pas facile de le « harponer », Stéph me criant de l’attraper par les ouïes, le bateau et le poisson bougent, les vagues n’aident pas, il faut se tenir… J’ai réussi à le piquer dans le ventre, je le hisse, il arrive au coin supérieur je dois me lever pour le hisser plus haut et plouf, plus de poisson. Comme d’habitude avec ce poisson, dès qu’ils n’y a plus de tension sur le fil, les crochets se sortent tous seuls. Dommage, car nous ne pensons pas qu’il puisse survivre et il nous aurait bien fait 2 repas ! Je le voyais déjà en gratin.
Puis nous avons dû faire une manœuvre au moteur en oubliant qu’on traînait encore la ligne et nous avons perdu les 2 leurres qui mordent le mieux. A présent, il ne nous reste plus qu’un leurre et de bien gros crochets (c’est pas notre première perte de leurres). Il se peut que nous fassions usage de nos boîtes de thon finalement.
Ce dimanche fut le premier jour ensoleillé depuis notre départ de Mindelo. Mais niveau casse, c’est la pire journée. Le vent n’est pas si fort, entre 15-20 nœuds, très peu de rafales à 25 nœuds. C’est enfin le jour idéal pour monter notre Parasailor (grande voile, un genre de Spinacker en toile de parapente avec une fente au milieu, genre parapente). Stéph et moi avons bossé bien 2 heures à l’avant, descendant notre Code 0 pour le ranger avec ses écoutes (cordes) dans son sac dans une soute, sortir le Parasailor, préparer toutes les écoutes, le hissser en haut du mât. Puis ce fut le moment de remonter sa chaussette (une sorte de sac tout le long de la voile pour permettre de la monter et descendre du mât sans avoir le vent dedans) que je dis stop. Il me semble avoir trop de vent. Dieter était de mon avis, Stéph pas très content, car nous ne pouvions la laisser pendouiller là-haut, donc on redescend le tout et la rangeons dans son sac. Quelques heures plus tard, le vent étant plus régulier et moins fort, on réitère le tout et sortons le Parasailor. Il s’ouvre, magnifique, pour une fois, la manœuvre était parfaite. Il faut dire que c’est que la 5ème fois qu’on l’utilise. Puis la grand-voile vient faire des turbulences dans le Parasailor et il s’affale contre le mât. Je surveille, car notre radar est à la hauteur de la fente, mais heureusement, la voile reste bien de côté et ne se prend pas dedans. Le vent rentre à nouveau dans le Parasailor et là je vois qu’il est déchiré, sur plusieurs mètres de large, un peu plus haut que la fente ouverte. Il me semble que c’est une couture qui a lâché, mais pas le temps de regarder de plus près, il faut agir vite, descendre la chaussette pour ne pas l’abîmer plus. Et on recommence, on range le Parasailor pour la 2ème fois dans son sac, et cette-fois, on range les écoutes qui ne servent plus à rien. On ressort le Code 0 pour le remonter au mât, tirer ses écoutes en places…
Et c’est là que Stéphane voit une ampoule sur le trampoline. On ne sait pourquoi, l’ampoule de la lampe d’éclairage de pont (qu’on utilise la nuit pour faire les manœuvres de la grand-voile au mât) est tombée. Ayant encore la drisse du Code 0 en bas, Stéphane l’a utilisée pour monter au mât remettre l’ampoule en place. En pleine mer, avec la houle, c’est sport de monter au mat, même si ce n’est que jusqu’à la première barre de flèche.
De retour au cockpit qu’on retrouve la sangle de retenue de la grand-voile sur la bôme, sur le sol. Cette sangle, nous venions de la donner à réparer à Tenerife! Apparemment, ils ont utilisé un fil trop fin.
Où est passé la bâche du gril? On l’avait attachée au gril, mais apparemment, la corde a dû lâcher, et la bâche s’envoler.
La 2ème semaine
Les jours et les nuits se succèdent. La lune est de plus en plus présente en première partie de la nuit.
Les journées passent vite, il y a toujours de quoi faire. Les filles travaillent leurs cours, Timeo joue et danse. Nous les passons entre la navigation, la cuisine et les réparations. Souvent la nuit, je fais du pain. Entre les pains, tresses, petits pains genre bretzel, je me suis mise au pain cuit dans la cocotte-minute. Ça fonctionne !
Lundi le vent était très instable et très faible. Nous avons fait plusieurs heures au moteur. Mardi nous avons croisé un cargo d’assez près, ça fait plaisir quand on a plus vu de bateau à l’œil nu depuis le jour de notre départ, et le dernier en vue sur AIS était le lendemain de notre départ. Le même jour dès la tombée de la nuit, je distingue une lumière verte à bâbord, un bateau ! Quelques heures plus tard, il nous contacte par VHF, c’est un voilier allemand, LEONORA, parti de Sal (île du Cap Vert le plus à l’est) 8 jours auparavant et se rendant en Martinique. Nous étions le premier bateau qu’ils croisaient. Ce fut un échange bien sympa et nous espérons les croiser aux Caraïbes.
Mercredi, nous avons navigué bien 7 heures au moteur, malgré un bon vent. Nous avons dû affaler le Code 0 pour recoudre certaines coutures de la bande anti UV qui ont lâché. Ma machine à coudre faisant la moue, les hommes ont d’abord passé leur temps à la démonter pour y faire un service avant de m’aider à recoudre la voile sur plusieurs mètres et à différents endroits. Nous en avons aussi profité de réparer certains trous.
Hisser cette voile à moitié ouverte avec ce vent (normalement on l’enroule pour la fermer, mais on l’avait ouverte pour la recoudre et on ne peut enrouler une voile si grande dans un espace si petit correctement) fut du sport et j’étais bien heureuse d’avoir 2 hommes forts à bord.
Depuis vendredi, nous rencontrons beaucoup de squals. Ce sont des nuages tout noirs, sous lesquels il y a beaucoup de vent, parfois beaucoup de pluie. C’est souvent la nuit qu’ils arrivent, noyant le bateau sous des torrents d’eau et doublant presque la force du vent. Ceux chargés de pluie (avec les vents plus violents) sont visibles au radar, nous devons donc plus le surveiller ainsi que le ciel afin de réduire les voiles à temps. Samedi après-midi, un squal nous a même tourné le vent de près de 180°, nous avions du contre-vent !
Presque chaque jour nous voyons des oiseaux, même en plein milieu de l’Atlantique. On y voit des hirondelles avec une bande blanche séparant le corps de la queue, et des oiseaux blancs bien plus grands, avec une très longue queue fine. Les poissons volants sont toujours présents, mais en moins grande quantité. Une 30aine de dauphins sont venus nous visiter samedi, les enfants ne se sont même plus déplacés ! Depuis des jours nous croisons des tapis de plantes aquatiques brunes, intéressantes au début, elles commencent à être ennuyeuses, car se prennent dans les hélices (même quand elles ne tournent pas) et sur les hameçons de pêche.
Depuis la perte de notre poisson, nous avons repêché 2 coryphènes, dont un gros. Cette fois, nous les hissons à bord par les escaliers, ça fonctionne mieux. L’un des deux était très gros et nous a fait 3 repas.
Petits bobos
La plaie de Stéphane s’est bien fermée, mais 8 jours plus tard, elle a commencé à s’infecter. Il est enflé jusqu’au pied, et le pourtour de la plaie est rouge. Heureusement, notre pédiatre nous a bien organisé notre pharmacie de bord, les antibiotiques et bains de pieds dans l’eau salée font effet.
Quant à moi, ce sont le bras et les orteils. A Mindelo, je faisais l’andouille avec Timeo et une vague m’a fait basculer, je me suis retenue du bras contre un coin, pendant quelques heures j’ai bien cru m’être cassé le bras. Heureusement, ce n’était qu’une grosse contusion.
En tirant sur les amarres pour tirer notre bateau plus près du ponton, un à-coup de cordage m’a fait glisser et j’ai frappé mon pied droit nu violement contre la barre métallique du bord du ponton. Résultat, un orteil bleu-violacé et près du double de l’épaisseur. C’est l’orteil que je m’étais déjà cassé, là je ne pense pas qu’il le soit à nouveau, malgré que la douleur soit plus forte.
De nuit après nos grosses pluies, j’ai chaussé mes crocs, pour ne pas être pieds nus sur le bois mouillé. Voilà que je glisse en bas des escaliers et me tape fortement contre le rebord de la porte. Et voilà un deuxième orteil bleu-violacé et du double d’épaisseur, à l’autre pied cette-fois. J’aurais mieux fait d’être restée pieds nus, je ne serais pas glissée !