Départ de la Transat

 Après avoir fini les préparations de dernières minutes, c'est vers 11 heures que nous avons mis les moteurs en marche. La sortie de notre place d'amarrage s'est faite facilement, le vent n'était pas très fort.

A peine étions-nous hors de notre place que plusieurs de nos nouveaux amis sont sortis et nous faisaient de gros signes d'adieux, nous souhaitait plein de bonnes choses. Même Paul, le nouveau copain de Timeo (il était sur son bateau hier) faisait de gros signes. Juste avant la sortie du port, Jimmy nous attendait sur le môle de gauche pour nous photographier, et au passage de la sortie de port, c'est un capitaine, au pied du feu d'entrée de port avec un sifflet qui sifflait et nous criait "bon voyage" en allemand. Tout comme SINA qui était devant nous, nous avons monté la grand-voile dans l'avant-port, après avoir enlevé les petits drapeaux décoratifs que Stéphane avait voulu monter pour l'occasion. Voilà qu'Hervé de MALOYA arrive avec son annexe nous souhaiter un bon voyage.

Tout ceci fut très émouvant pour ma part.

Nous sommes sortis tous les 6 bateaux plus ou moins en même temps, on se voyait. WILDERNESS, les anglais, ont sorti leur voile plus vite que nous et étaient devant nous, mais ce n'est pas allé long que nous les dépassions, car nous étions au vent et leur "volions" le vent. Nous étions très près l'un de l'autre, nous nous filmions et pouvions communiquer d'un bateau à l'autre.

Puis le vent a fraîchi très rapidement, nous avions dans les 28-33 noeuds de vent avec des rafales jusqu'à près de 45 noeuds. Les vagues commençaient à grossir. J'avoue que j'avais un peu mal au ventre, non pas à cause du mal de mer, mais car j'avais peur. C'était plus de vent que nous avions eu jusqu'à présent, et je n'ai toujours pas encore le feeling pour le catamaran.

Le vent fort n'a pas duré longtemps, il est tellement tombé qu'apparemment tous, sauf SANDRO, les australiens, ont rentré leur voile avant et mis les moteurs en marche. D'ailleurs les deux bateaux allemands, SINA & SERENITY en parlaient à la VHF.

Puis le vent a fraîchi à nouveau, dans les 30 noeuds avec quelques rafales. Mais là, ma peur est passée, j'étais à nouveau "dans le bain". Nous avons empanné pour aller au milieu entre les 2 îles, comme conseillé par Jimmy pour éviter les grosses rafales de Tenerife, puis nous avons perdu nos compagnons de vue et sur l'AIS.

Nous avons fait quelques pointes à 15 noeuds lors de rafales, sinon nous naviguions à 8-9 noeuds. Les enfants jouaient et dansaient.

Peu avant le coucher de soleil, le vent est tombé, nous avons donc mis un moteur en marche pour avancer un peu plus vite, car nous faisions plus que du 1.5 - 2 noeuds.

Le soir arrive, nous allons souper, ensuite les enfants se faire une soirée film avant d'entamer notre première nuit.


1ère nuit

"Mais qu'est-ce que je fais ici? Quelle idée m'a prise de m'embarquer avec mes enfants dans cette aventure?". Ce fut une nuit très difficile, j'espère la pire de notre voyage. Peut-être le fait d'avoir écouté la météo à la VHF n'a pas aidé, 4-5 mètres de vagues, et beaucoup de vent. Le vent, on savait, ils annonçaient 7 Beaufort (dans les 30 noeuds) et les fichiers grib (météo) que j'avais téléchargé la nuit annonçait 8 Beaufort (jusqu'à 40 noeuds) du côté où nous allions. Nous avions 2 choix, contre l'est avec beaucoup de vent ou contre l'ouest sans vent. 

Le vent, ça va encore, l'ennemi c'est les vagues. Les vagues sont proportionnels au vent, mais ça, on a tendance à moins y penser. On a été chahutés des 4 côtés. Les choses dans le bateau volaient par moment. Les enfants ont regardé la télé assez longtemps, ce qui les a fait ne pas trop remarquer la situation, Timeo s'est endormi au salon. Il n'a pas été si facile de le descendre dans son lit par ces vagues. Lorsqu'on a éteint le film, Cyliane s'est mise à pleurer, elle avait peur. Moi aussi, mais ça je n'ai pas osé le lui dire. Les hommes le savaient, j'avais dit que je ne voulais pas barrer cette nuit, trop peur de mal réagir et mettre les autres en danger. Ma frayeur est de chavirer. Un monocoque qui se couche se relève, un catamaran pas. Ca a toujours été ma crainte, suite à une petite mésaventure avec un petit catamaran sportif. Donc chaque vague qui nous soulevait de côté, j'avais peur. A un moment, une grosse est arrivée, j'ai voulu monter les escaliers, Dieter a crié, mes services à cuisine que j'avais posé près de la descente à l'abri ont giclés, et je n'arrivais pas à monter, le bateau était en pente. Je me suis dit, ça y est, on chavire! Mais non, c'était juste une grosse vague qui a trempé Dieter, ce pourquoi il avait crié.

Ne pouvant donc pas prendre part aux quarts, après avoir mis en ordre le bateau et couché les enfants, je me suis couchée au salon, munie de mes habits de pluie et gilet de sauvetage (c'est un gonflable, donc ce n'est pas si désagréable). Prête à bondir dès qu'il me fallait. Le nombre de fois que je me suis levée est incalculable, choses qui se renversent et différentes manoeuvres. Nous filions, d'abord avec 2 puis 3 ris dans la grand-voile à bonne vitesse. Nous n'avions pas de voile avant, trop de vent. Puis le vent est tombé à l'aube.

Après avoir passés la nuit seuls, nous pensions que les 5 autres, plus à l'ouest que nous au passage sud de Tenerife, étaient peut être dans la pétole (sans vent) à l'ouest en ayant passé une meilleure nuit que nous. A l'aube un bateau nous a croisé par l'arrière, il n'était pas loin, il avait l'air d'être au moteur, on n’a pas vu de voile (ça veut rien dire) et ils avaient les feux de hume (moteur). D'abord rien sur AIS, puis on l'a vu sur AIS, sans avoir de nom du bateau. Après le lever du soleil, ce fut une belle surprise de voir apparaître SANDRO (les autstaliens) et TUBALCAIN (les français) sur AIS, on voyait TUBALCAIN à l'oeuil nu. Puis TUBALCAIN nous a appelés par VHF et nous avons discuté un peu. C'était eux que nous avions croisés à l'aube! Eux aussi ont eu une nuit agitée et difficile.


2ème journée

Le vent n'est toujours pas très stable, parfois on navigue bien à la voile, parfois on met le moteur. Le vent tourne par moment, ce qui ne facilite pas pour faire une ligne directe sur Mindelo. Les vagues sont toujours présentes, mais bien moins hautes. Il y en a une ou deux plus grosses que les autres toutes les X vagues. Mais la navigation se fait bien. Nous étions à nouveau seuls, aucune idée d'où se trouvent les autres. La VHF ne porte pas très loin, donc si on ne les a plus sur AIS, on ne les aura pas non plus par VHF.

Nous avons croisé un cargo d'assez près, il nous a été difficile de savoir s'il passait devant ou derrière nous. Stéphane l'a contacté par VHF et le croisement s'est bien fait.

A peine ma soupe de courges finie, voilà que la canne à pêche se met à mouliner. Une bonite de plus, qui a fini en papillote sur la plancha. Les petits se sont fait un cours de sciences naturelles en inspectant le poisson de tous côtés et même à l'intérieur (sans les abats).

Après le souper, voilà que la canne se remet à mouliner. Un petit barracuda! Il faisait bien 1m de long, mais était tout maigre, ça devait être un jeune, on l'a relâché.

La nuit semble avoir bien commencé, espérons que ça continue ainsi. Car jusque vers minuit, où se lève la lune, la nuit est très noire.


La suite du voyage

Le vent est tombé lundi dans la matinée, nous avons navigué plusieurs heures au moteur. Nous avons fait de l’eau (dessalinateur) et j’ai sorti ma machine à coudre pour réparer les 2 sangles qui étaient sous le pont, qui nous servent d’attache en cas de chavirage.

La nuit fut bonne, le vent assez instable et tournant, parfois nous mettions le moteur, pour avoir à nouveau assez de vent 30 minutes plus tard. Il fait nuit noire jusqu’à minuit, puis la lune se lève et nous éclaire.

Mardi, le vent s’est un peu stabilisé pour nous donner une belle journée de voile. Il y avait certes encore des rafales, mais plus si fortes. Au matin, Stéphane a réalisé qu’une cordelette attachée en haut du mat s’était détachée et enroulée dans les haubans. Nous avons essayé de la descendre avec des trucs longs, sans succès. Pour finir, Stéphane est monté au mat jusqu’à la première barre de flèche (nous étions sous voile) pour l’attraper et l’attacher en attendant de monter en haut du mat dans un port.

A la VHF, j’ai perçu quelques voix sur le canal que nous utilisons pour communiquer avec ceux de l’Odyssey. Même s’il m’était impossible de comprendre quoi que ce soit, ça fait plaisir de savoir qu’il y en a d’autres pas trop loin, car depuis dimanche matin, nous sommes seuls au monde, que ce soit sur AIS ou aux jumelles. Puis nous avons reçu les positions de chaque participant et avons été surpris de voir que SANDRO et TUBALCAIN sont très proches de nous.

L’après-midi, nous avions la visite d’une bande de 20-30 dauphins.

La nuit a bien commencé, même vent et vagues que la journée. J’étais de premier quart que Stéphane est venu plusieurs fois voir ce que je faisais, tant ça tapait. Le vent fraîchissait gentiment. Puis c’était au tour de Stéphane et j’ai été dormir. Ce n’est pas allé 2 heures que je me réveille en sursaut, les vagues, le vent, il faut mettre le 3ème ris ! Je monte, 5 minutes plus tard, Dieter arrivait, c’était son quart, ils ont fait la manoeuvre. Il nous a été impossible de dormir, nous étions chahutés comme la première nuit, même force de vent, des rafales à peine un peu moins fortes, heureusement, les vagues étaient un peu plus petites, peut-être d’un mètre. J’ai été voir les enfants, ils dormaient à poings fermés. 

Par ce temps, c’est l’horreur dans les chambres, les vagues tapent, on croirait qu’elles vont nous déchiqueter, les bois grincent et les mouvements nous font croire qu’on est surtoilé (trop de voile). Au salon, ça va un peu mieux, mais certaines vagues tapent si fort que ça fait sauter le sol et les objets. Certaines vagues réveillaient mon angoisse, Dieter et Stéphane ont pris mon deuxième quart, je suis restée au salon. Puis je me suis mise à la barre avec Stéphane et là, plus d’angoisse, la lune étant levée, on voyait que les vagues bougeaient le bateau normalement, donc rien de dangereux. J’ai pris le quart de lever de soleil et j’ai eu beaucoup de plaisir à être à la barre. 

Ce mercredi matin, 5 dauphins sont venus nous rendre visite. J’ai pu aller à l’avant avec Timeo car les vagues s’étaient un peu calmées. Ça n’a pas duré longtemps, nous avons à nouveau les mêmes conditions que cette nuit. Mais de jour, aucune angoisse, heureusement. Par forte rafale, l’autopilote fait partir le bateau dans le vent, c’est ça et les vagues qui, de nuit depuis l’intérieur du bateau me donnaient l’impression de chavirer !

Hier comme aujourd’hui nous avons téléchargé des fichiers météo, ils nous donnent 20-25 noeuds de vent. Sur place, c’est 10 de plus !

Nous avons battu notre record de miles nautiques sur 24heures, nous en avons fait 180 ! Si tout va bien, on arrivera à Mindelo vendredi dans la journée ! Juste à temps pour souhaiter un joyeux anniversaire à ma maman !


La dernière ligne droite sur le Cap Vert

Ce mercredi, nous avons eu à nouveau la visite de plein de dauphins. Ils étaient peut-être 40 ou voire plus. Nous avons toujours autant plaisir à les voir. Juste les enfants qui deviennent gentiment blasés. Quand nous appelons dauphins, ils se lèvent, regardent par la fenêtre et disent « ah ouais ! » et continuent de jouer. Cette après-midi-là, Cyliane ne s’est même pas donné la peine de mettre son gilet et de venir les voir ! N’était-ce pas elle qui se plaignait dans son blog en début de voyage qu’elle n’avait pas encore vu de dauphins ?

Le soir, dès la tombée de la nuit, le vent a fraîchi et les vagues un peu grandi. Pourquoi toujours la nuit ? Mais comme c’était 5 nœuds de plus, ce n’était pas si terrible. Nous avons mis directement 3 ris et jonglions entre foc et génois selon le vent. Ce qui nous laissait à l’arrière pour faire les manœuvres de changement de voile. Puis de toute manière, nous devions voir pour freiner notre progression, pour ne pas arriver de nuit et devoir tourner en rond à attendre le lever du jour pour accoster.

Notre dernier jour en mer fut très agréable, et personne n’avait hâte de toucher terre ! Nous étions bien sur notre petite île, nous vaquions à nos occupations diverses. Nous naviguions avec 3 ris dans la grand-voile et sans voile avant, afin de freiner notre progression, car sans ça, nous arrivions à Mindelo le jeudi en début de nuit, et c’était dangereux, il y a des épaves, des rochers, des feux/phares hors fonction…

Dans l’après-midi, Stéphane a vu un bateau sur l’AIS qui se comportait bizarrement. Il était à moins de 2 miles, il le cherchait aux jumelles mais en vain. Il avait l’air de reculer, mais l’AIS montrait bien qu’ils allaient dans le même sens que nous. Ca le travaillait. Puis voilà qu’ils nous appellent par VHF, nous demandant si nous les voyions sur l’AIS. ROSE est un bateau à rames, voilà pourquoi nous ne le voyions pas et qu’il n’avançait pas comme un bateau ! Ils avaient des problèmes d’énergie et parfois d’AIS et voulaient aller faire escale pour réparations. Ils nous ont demandé notre destination et les coordonnées du port. Partis du Portugal pour rejoindre la Guyanne française, ils avaient certes des cartes maritimes, mais pas forcément les cartes détaillées des îles dont ils n’étaient pas censés visiter.

Ne sachant pas vraiment quels étaient leur problème d’énergie (lumières de signalisation ?) et qu’ils se souciaient d’être vus sur AIS (ça utilise également de l’énergie), nous avons écrit un message à chaque participant de l’Odyssey d’avoir un œil ouvert sur eux.

Et voilà qu’à la tombée de la nuit, le vent fraîchi à nouveau ! On pourrait dire que c’est psychologique, mais non, l’anémomètre nous confirmait les 5 nœuds de plus. Lors de mon premier quart, je calculais l’heure d’arrivée et me souciait d’arriver à l’aube ! Mais le vent est tombé petit à petit pendant la nuit et finalement nous avions trop freinés. Nous sommes arrivés à Mindelo à midi, accueillis par Jimmy et son épouse Gwenda, puis aidés par 4 marineros pour l’amarrage !

1ère étape finie, nous étions heureux, nous allions pouvoir bien dormir quelques nuits ! Nous avions hâte d’accueillir les autres participants de l’Odyssey. Car nous sommes un groupe, et même un tout petit groupe, et pour moi, tant que tous ne sont pas là, nous ne sommes pas arrivés ! SANDRO (AU) est arrivé moins de 4 heures après nous, suivis de TUBALCAIN (F) juste avant la tombée de la nuit. SINA n’était pas loin et ils ont dû s’arrêter pour attendre le lever du jour pour entrer dans la baie où se trouve le port. SINA (D), SERENITY (D) puis WILDERNESS (GB) sont arrivés le matin et que ce fut bon de tous se retrouver ! Nous nous prenions dans les bras, chacun racontant cette première horrible nuit !


Revue de cette première étape

Tous les 6 bateaux que nous étions avions passé une très mauvaise première nuit. Les vents étaient extrêmement forts, nous avions 30-35 voire 40 nœuds de vent et beaucoup de rafales (notre anémomètre a enregistré 48.5 nœuds pour la plus forte, SINA 62.5 nœuds) ! Les vagues étaient très hautes et surtout très désordonnées. Nous avions une mer croisée, c’est-à-dire que les vagues ne venaient pas toutes de la même direction, ça c’est très désagréable et difficile. 

Tous les 6 bateaux sommes heureux que ce fut la première nuit et non la dernière qui fut terrible. Cette fameuse nuit, plusieurs d’entre-nous avions la pensée de ne plus continuer l’aventure et de rentrer à la maison. Ce fut bien de pouvoir partager cette expérience avec eux, certains ayant beaucoup d’expérience de navigation dans différents endroits de ce monde, ayant eu des mers pas clémentes, et ayant également subi cette première nuit.

Beaucoup ont eu de la casse lors de cette nuit. Nous savons, Jimmy nous avait averti que nous aurions tous des casses jusqu’à notre arrivée à la Barbade, c’est normal. Mais ceci lors de la première nuit, ce n’est pas génial. SANDRO a eu un trou dans sa grande voile, et surprise, ils avaient oublié leurs patches de réparation à la maison. Le dimanche, comme ils étaient près l’un de l’autre, WILDERNESS leur a largué un paquet contenant des patches de réparation ! SANDRO et SINA ont cassé des lattes à la grand-voile.

A notre arrivée au port de Mindelo, un bateau est venu nous saluer « nous nous sommes croisés au large ! », et quand il m’a dit le nom du bateau, effectivement, nous l’avions vu sur AIS. Ces gens du New Jersey sont partis de la Gomera (autre île des Canaries) en même temps que nous et pensaient croiser notre groupe pour venir à Mindelo. Eux aussi ont eu une première nuit cauchemardesque.

Je tiens à éclaircir le fait que nous n’avons pas eu de tempête, contrairement à ce que beaucoup de nos amis ont pensé. Nous avions de forts vents, beaucoup de rafales et une mer agitée et croisée, mais pas de tempête ! Il s’agissait d’un front qui passait. Jimmy en avait parlé au briefing en disant que lui n’en voyait pas, alors que Silvia de SINA et nous, nous l’avions bien marqué sur nos cartes synoptiques.

La mer est restée croisée et désordonnée tout le long de notre route.

La distance de Santa-Cruz de Tenerife à Mindelo est de 820 miles nautiques. En voile, il est rare de pouvoir faire une ligne directe, nous naviguons selon le vent. Nous avons donc navigué 923 miles nautiques en 144,75 heures, soit 6 jours et ¾ d’heure !

Samedi matin, le rameur Rose est arrivé au port comme ils le prévoyaient. Ça m’a bluffé, car je n’arrivais pas à m’imaginer que de là où nous les avions croisés, qu’ils mettraient à peine 1 jour de plus que nous pour arriver. Ce sont des types incroyables à 5 sur un bateau d’environ 8 mètres, à 2-3 dans une mini couchette pendant que 2-3 sont en train de ramer, assis au niveau de l’eau, par une mer désordonnée. Partis du Portugal pour traverser l’Atlantique, quel courage ! Ils n’ont pas été très chanceux jusqu’à présent, car c’est leur 2ème escale technique. Grace à notre mail, ils ont eu un super accueil à Mindelo et ont beaucoup apprécié notre geste. Nous leur souhaitons tout de bon pour la suite de leur voyage !


Escale à Mindelo

Après 6 jours de mer, certains d’entre-vous nous imaginent courir les magasins. Eh non ! Notre garde-manger est encore bien rempli ! Il faut dire qu’à 6, nous avons mangé moins qu’à 5 ! Lors de cette traversée houleuse, nous n’avions pas très faim.

Par contre, le bar-restaurant flottant en face de notre place d’amarrage nous a attiré comme un aimant. Nous avons trouvé l’idée de ce radeau-resto génial, et les gens le fréquentant sont tous des navigateurs, puisqu’il est installé dans le port. 

Les bateaux au port sont presque tous en escale de transatlantique. C’est une ambiance spéciale et très sympa. Ici encore plus qu’ailleurs, les gens réparent leurs bateaux. On raccommode les voiles sur le ponton, désosse les régleurs d’allure, monte au mat et sort des voiles malgré le vent et les rafales. Il y a beaucoup de français, surtout des jeunes d’une trentaine d’années.

Mindelo est une petite ville avec beaucoup de maisons colorées. Certaines en très bon état, d’autres très délabrées. Le contraste est assez spécial. 

A ma première sortie du port avec les enfants pour aller se dégourdir les jambes, j’avais ma sacoche banane qui contenait mon porte-monnaie et téléphone. Je me suis demandé si je n’avais pas fait une erreur. Ce pays est pauvre, fait partie du continent africain. Il y a 14 ans, quand nous nous étions intéressés pour y venir faire de la voile, on nous avait parlé d’un pays avec beaucoup de vols. J’ai regardé autour de moi, les femmes du pays portaient des sacs à mains et possédaient des téléphones portables similaires aux nôtres. Ne portant pas de bijoux, je me suis plus trop inquiétée.

Le samedi 13 janvier était leur jour national, ils fêtaient l’indépendance ! Il y avait une démonstration pacifique dans la rue près du port, je n’ai pas voulu sortir avec les enfants. 

Le soir, nous avions une welcome party au resto-flottant, offert par le propriétaire du port. Nous entendions le concert sur la place près du port. Quand nous sommes retournés au bateau avec les enfants, Dieter est parti voir la fin du concert. Ca applaudissait après chaque chanson, un moment bien choisi par un pickpocket pour lui voler son porte-monnaie qu’il avait mis dans la poche avant de son jean ! Il l’a retrouvé sur le sol, seul les billets de banque étaient manquants. Après le concert, il revenait au port qu’un grand type commence à le coller. Dieter change de rue, le type le suit et Dieter essaye de le repousser. Le type, d’une tête de plus que lui, lui arrache son collier et part en courant, en passant devant un type de la sécurité qui n’a pas bougé. Le type de la sécu a emmené Dieter jusqu’à un policier, où Dieter a raconté ce qui se passait, mais sans plus.

Se faire dérober deux fois le même soir, c’est le toupet. Le matin, j’ai direct sorti ma machine à coudre et cousu 3 sacs bananes avec poche séparée pour carte de crédit, à porter sous les sous-vêtements !

Dimanche, Stéphane les enfants et moi sommes sortis (munis de mon sac banane fait maison) se promener à la plage un peu plus loin. Sable blanc, eaux d’un bleu clair, couleurs paradisiaques. Puis nous entendions de la musique dans la rue. Nous sommes allés voir, c’était un petit cortège, des tambours jouant de la samba, des noirs (les habitants sont de couleurs, mais ils s’étaient enduit tout le corps de noir pour paraitre très noir) en habit d’époque, tenant des bois avec des têtes de poupées au bout, dansant et faisant semblant de se battre contre d’autres. A l’arrière, un pick-up avec des gros box qui déversaient toujours les mêmes chansons, donnant une ambiance de fête. Les gens chantaient, dansaient. Le cortège n’était pas long, mais tous le suivaient. Comme ils prenaient la route que nous avions prévu de prendre pour le retour, nous les avons suivis un bon bout, quelle ambiance !

Le soir, nous étions sur SANDRO, à 15 à boire l’apéro. Puis, nous avons trouvé un resto bien sympa, il y avait une scène et des musiciens qui jouaient.

Eh oui, depuis notre arrivée à Mindelo je n’ai plus cuisiné. Ce n’est pas dans notre habitude ni dans notre budget de tant visiter les restos, mais après 6 jours de mer et sachant que nous y retournons pour une bonne quinzaine de jours, on fait exception à la règle.

La journée de lundi fut prise par diverses réparations, l’achat des fruits et légumes frais pour la traversée et la visite d’une personne d’un orphelinat. Lors de l’Odyssey du mois de novembre, l’orphelinat était venu visiter les bateaux, il y en avait plusieurs qui voyageaient avec les enfants. Là, nous sommes les seuls à avoir des enfants à bord. Ayant pris trop d’habits, de jouets et de jeux à bord, nous avons trié petit à petit et décidé de les donner à SOS Children à Mindelo. Une dame est venue avec un chauffeur, ils étaient enchantés. Le chauffeur a tout pris pour mettre rapidement dans le coffre du bus, qu’il a bien fermé à clef. Déjà quelques hommes, toujours à l’affut à la sortie du port pour vendre leurs services (blanchisserie, réparations etc…) regardaient dans le coffre avec envie en réclamant qu’eux aussi avaient des enfants. La dame leur a répondu, puis l’un d’eux s’est mis à me parler en français. Je lui ai juste dit que nous avions décidé de soutenir une association.

Le port de Mindelo n’est pas abrité du vent, de fortes rafales nous arrivent dessus, heureusement par l’avant du bateau, ce qui est plus agréable quand on est dans le cockpit. Nous sommes en mouvement continuel. 

Nous étions à table qu’un marinero vient nous avertir qu’une de nos cordes à la bouée s’est cassée. Etant attachés à 2 bouées et ayant des gros barbotages à l’arrière, nous n’avions encore rien senti. Et dans ce port, ça bouge tant, il y a tant d’à-coup, qu’on l’aurait peut-être même pas senti à cause des barbotages. La corde a été coupée en 2 au niveau de la boucle de la bouée. Le marinero est revenu en annexe et nous a aidés à remettre une corde à la bouée. 

Et ce soir, c’est sur TUBALCAIN que nous sommes invités pour l’apéro.


Dernière journée au Cap Vert

Les membres des 6 équipages avons suivi le conseil de Jimmy et sommes partis visiter l’ile Santo Antão, qui serait la plus belle du pays. Nous avons pris le ferry et à l’arrivée à Porto Novo, 2 guides et un minibus nous attendaient, organisés par le port de Mindelo. Nous avons pris la route pavée amenant à Ribeira Grande, en s’arrêtant à différents points de vue, dont celui du cratère. A Ribeira Gande, nous avons longé une rivière et le bus nous a déposé afin qu’on fasse quelques centaines de mètres à pied pour apprécier le paysage. Puis nous nous sommes rendus à Punta do Sol où nous attendait un succulent repas. Nous sommes repartis avec 2 plus petits bus pour emprunter la route sinueuse menant à Fontainhas, pour nous arrêter à un point de vue superbe. Apparemment National Geographics aurait élu cet endroit l’un des plus beaux au monde. L’île est similaire à Madère, île volcanique, la côte sud sèche et caillouteuse, la côte nord tropicale et verte. Tout comme Madère, selon où l’on se trouve, on change de climat. La seule différence, c’est les routes, qui sont pavées ici.

Nous avons profité de notre escale dans l’île productrice de fruits et légumes pour s’approvisionner. A notre retour, nous avions tous des sceaux plein d’eau salée sur le ponton pour nettoyer tous nos achats, espérant ainsi éliminer les œufs de cafards, qui se trouvent un peu partout (fruits, légumes, emballages…).

Comme nous avons décidé de quitter le Cap Vert 24h avant les autres, le skipper briefing a eu lieu sur OLENA, suivi d’un apéro où tous les membres de cet Odyssey étaient présents, y compris Jimmy et son épouse Gwenda et même les 2 membres de WILDERNESS qui s’arrêtent au Cap Vert et leur nouveau membre. Nous étions 26 ! Ce fut une chouette soirée.

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