Sauvetage de notre bateau sœur


« Ton bateau dérive à Telaga ! »

Alors que nous sommes encore à Kuah, Stéphane – en ville à ce moment-là – reçoit un appel d’un copain voileux en Thaïlande :

« Ton bateau est en train de dériver à Telaga ! »

Impossible. Nous sommes à Kuah, et je suis à bord.

Il envoie des photos prises de loin. C’est un Lagoon 470, le même modèle que le nôtre.

Il y en a eu 51 exemplaires produits… on en a croisé une dizaine. Impossible de savoir de qui il s’agit.


C’est WAWANI !

Plus tard dans la soirée, à Rebak, Stéphane reçoit d’autres photos, plus proches. Cette fois, aucun doute: c’est WAWANI. On les avait croisés à Nouméa.

Je cherche dans mes contacts, rien. Ni numéro de téléphone, ni WhatsApp. Puis bien plus tard, je me souviens d’un ancien échange par mail, quatre ans plus tôt.

Sont-ils encore propriétaires ? L’adresse est-elle toujours valide ? J’envoie un message.


« Sauvez notre bateau »

Le téléphone sonne en pleine nuit. Dans mon sommeil j’entends Stéphane, encore debout, y répondre. Un second appel entre.

Les propriétaires sont en Europe. Lui appelle de France, elle d’Espagne. Elle lui demande de sauver leur bateau.

Ils ont dû aller d’urgence en Europe, il n’y avait aucune place dans les différentes marinas de Langkawi à cause d’une régate.

Ils ont mouillé dans la baie de Telaga, pensant être protégés. L’ancre avait tenu avec plus de 30 nœuds de vent.

Ils tentent d’avancer leurs vols. De notre côté, il fait nuit. Impossible d’agir immédiatement.


Annexe pleine à ras bord

Le réveil sonne avant l’aube. Direction Telaga avec le premier ferry puis un taxi. Stéphane a embarqué du matériel pour colmater des trous – au cas où.

Leur annexe serait bleue, il y en a trois au ponton, toutes sont bleues… mais une seule déborde d’eau. On commence par vider des centaines de litres avant de pouvoir s’en servir.


WAWANI échoué… mais intact

Le bateau est posé de travers, comme sur les photos. On monte à bord, je sors les clés de leur cachette pour inspecter l’intérieur.

On ouvre les cales, on vérifie tout… tout est sec. Aucun trou. Quel soulagement.

Les propriétaires reçoivent nos photos et vidéos. Ils n’ont presque pas dormi et sont déjà en route pour l’aéroport.


Sécuriser le bateau

L’eau est trouble, difficile de voir le fond. Probablement du sable… mais une digue de pierres est toute proche.Le danger est clair : si le vent tourne, WAWANI finit dessus.

Une seconde ancre est mise en place pour sécuriser le bateau en attendant la marée haute.


Attente à Telaga

C’est marée basse, on a plusieurs heures à attendre. L’attente est trop courte pour retourner à Rebak.

On passe voir les copains d’AN CALA au mouillage, ils sont prêts à aider. Ils confirment : ici, le fond ne tient pas bien.

A la marina, un couple de Français nous explique pourquoi : c’est une ancienne baie modifiée avec des îles artificielles, le fond est dur, recouvert d’une fine couche de sable. L’ancre accroche… puis lâche.

Une place est libre à la marina, on note le numéro.


Il nous faut une place à la marina

Au bureau de la marina, notre demande de place est refusée, ils sont complets.

On insiste, on explique la situation. Le chef sait qu’un bateau est échoué… qu’il chassera à nouveau si on le réancre. Le refus perdure… jusqu’au moment où on mentionne la place libre.

Mal à l’aise, il hésite. La secrétaire confirme, les propriétaires de la place sont au carénage. 

Un accord est trouvé : nous devons gérer la situation si le bateau initial revient, sinon ils lâcheront les amarres.


Retour en sécurité

La marée haute approche et nous sommes de retour sur WAWANI. Lisl et Andy d’AN CALA nous rejoignent, accompagnés de Jan et de son fils aîné de 7 ans, de KAGOU.

Il y a peu d’eau sous la quille et le fond est inconnu. On commence par pousser avec les annexes, pilotées par Lisl et Jan, afin d’éviter d’utiliser les hélices et risquer de toucher une pierre. Le garçon fait le relais entre Stéphane à la barre et Lisl, de l’autre côté du bateau.

Andy et moi nous occupons chacun d’une ancre. Je remonte sans problème l’ancre principale, mais impossible de récupérer celle de secours, posée quelques heures plus tôt. On finit par attacher un pare-battage au bout et tout laisser à l’eau. Les propriétaires la récupéreront quelques jours plus tard, Jan n’ayant pas réussi à la sortir non plus.

Andy repart en annexe vers la marina pour nous attendre et récupérer les amarres.

Le voisin de la place sort de son bateau, et je crois le voir blanchir en découvrant la taille du catamaran qui vient se glisser à côté de lui. Comme toujours, Stéphane manœuvre parfaitement. La place est juste assez large – dix centimètres de plus, et nous ne serions pas passés.

Le voisin, un Français lui aussi, nous apprend que la place est libre depuis des semaines. Plus tard, les propriétaires de WAWANI nous diront qu’il a fait des éloges sur la manœuvre.


Epilogue

Les propriétaires rentrent un peu plus d’un jour plus tard et retrouvent WAWANI intact.

Ils passent à Rebak nous remercier avec quelques cadeaux sucrés et alcoolisés, et prennent en charge les frais engagés ainsi qu’une nuit à la marina.

Un geste auquel on ne s’attendait pas. Merci à eux !




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