Retour au chantier


Je me souviens avoir demandé à Stéphane de garder le bateau hors de l’eau pendant notre séjour à Tioman. Tous les deux, on pensait qu’on aurait fini d’ici là. Mais nous voici de retour de Tioman et on ne voit toujours pas le bout du tunnel.

Stéphane et Jost ont bien travaillé, mais ce sont les entrepreneurs qui traînent : ils ne viennent pas comme prévu ou repoussent sans cesse les rendez-vous. La pluie régulière, car nous sommes en pleine saison des pluies, n’arrange rien.


La peinture 

On a fait faire la peinture du mât et de la bôme. Ils sont au sol depuis longtemps, mais personne n’y a touché pendant des semaines. Puis enfin ils se sont mis à poncer la vieille peinture et ça en est resté là un bon moment.

On leur avait aussi demandé de peindre la poutre qui relie les deux coques à l’avant ; ils ont monté un échafaudage pour y accéder.

Tout est prêt, il fait beau pendant plusieurs jours, et personne ne vient peindre… ils sont occupés ailleurs. Enfin ils arrivent et peignent quelques heures avant la pluie. Résultat : l’eau fait de belles traces de coulées sur la peinture fraîche. Rebelote : ponçage et nouvelle couche.

Après la seconde peinture, Stéphane contrôle et trouve plusieurs coulées. Il le fait remarquer à l’entrepreneur. Sa réponse : « C’est ma signature », suivi de « Personne ne voit là-dessous ». Effectivement, la plus grosse coulée est à l’avant de la poutre, un peu en dessous… super visible pour les annexes qui passent nous faire coucou pendant qu’on est à l’avant du bateau.

Stéphane finit par refaire lui-même ces quelques coulées, car pour l’entrepreneur, tout est bon.

Grande population de corbeaux à la marina


Le gréeur

Au Wei, notre gréeur (qui possède aussi la voilerie), est souvent en Chine – c’est un Malais d’origine chinoise – pour travailler sur d’autres bateaux. Il est le représentant de Doyle Sails pour la région, ce qui explique ses fréquents déplacements.

À l’origine, Au Wei était peintre de voitures. L’ancien voilier/gréeur était l’entreprise voisine et son patron cherchait un repreneur. Au Wei a tout appris en un an et a repris l’affaire. Si on avait su ça avant… Mais on s’était renseignés et plusieurs personnes avaient été contentes de son travail.

Il jongle donc entre la Chine, la peinture de voitures, les gréements et les réparations de voiles. Très vite on se rend compte qu’il lui manque quelqu’un au bureau : il gère tout tout seul. Quand on lui dit des choses « oui oui, t’inquiète », et pour finir il oublie. Nous ne sommes pas les seuls bateaux démâtés ; il jongle entre nous tous.


Près de chez le gréeur, j’ai pu assister à la récolte de fruits de palmier à huile.


Première partie de réparation de la grand-voile


En plus de réparer la déchirure faite par les employés du gréeur quand ils ont pris la voile, on doit remplacer les protections des lattes.

Des sangles larges avaient été cousues des deux côtés sur toute la longueur des six lattes. On avait trouvé ça astucieux, mais la sangle utilisée n’est pas assez résistante aux UV : elle se désagrège, il faut la changer.

« Pas de souci, j’ai ce qu’il faut », nous avait dit Au Wei. Ça fait des semaines que notre grand-voile traîne chez lui et il n’y a pas encore touché.

Stéphane s’est déjà tant pris la tête avec lui que c’est à mon tour de le relancer. Enfin j’obtiens un rendez-vous : je me rends à la voilerie un dimanche matin. Notre voile est allongée sur le sol et Au Wei me montre comment enlever les sangles avant de partir. Un employé vient me donner un coup de main pour retourner la voile – un triangle de 73 m² qui pèse 80 kg !

Ce travail me prend plus d’une demi-journée sous une chaleur impossible. Ils ont des clim et des ventilateurs qui tournent, mais la voilerie est très chaude : il doit bien y faire 35 °C.


Voilerie sale avec dortoirs intégrés

Pour une voilerie, c’est sale. Le sol est en béton et Au Wei reste en chaussures; il a même marché sur une autre voile au sol, y laissant la marque de sa semelle. Normalement, le sol d’une voilerie est propre et les gens y marchent pieds nus ou avec des chaussures d’intérieur pour éviter d’apporter de la saleté et des graviers qui pourraient endommager les voiles.

Je suis étonnée de voir que l’entreprise est ouverte même le dimanche, mais le travail se fait au ralenti. Certains employés sont installés devant leurs téléphones, allongés sur des matelas dans divers coins de la voilerie. Ces employés viennent du Myanmar et habitent sur place. Les matelas à moitié roulés dans les coins sont leurs lits. Ils vivent dans leur lieu de travail, dans cette grande pièce sans fenêtre, sous une chaleur étouffante.

Au Wei m’a informé qu’il va construire une toute nouvelle voilerie un peu plus loin. J’espère qu’elle sera plus propre, car ici notre voile est devenue vraiment sale.


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