Pendant que Stéphane ponce au carénage, je transforme l’appart en atelier couture marine.
Il me faut une table pour coudre !
Ça fait un moment que je cherche une table pour installer mon coin couture. La table de l’appart fait moins d’un mètre carré. Il y a aussi deux bureaux, mais même dos à dos, c’est trop petit.
J’ai fait le tour de pas mal de magasins : que des tables de banquet pliantes de petites dimensions. Pour coudre de grosses pièces de bateau, ça ne va pas. C’est à se demander où les locaux achètent leurs tables.
Je finis par aller dans une scierie. Je choisis une planche d’épaisseur moyenne avec un côté vernis. Toutes leurs planches font environ 1,5 m × 2,5 m, c’est énorme ! Ils me proposent de la couper pour pouvoir la mettre dans la voiture, mais je trouve ça dommage. Je passe commande pour les pieds et ils ajoutent quelques longs bois pour les maintenir. Le tout me coûte seulement 30 CHF.
De retour au chantier, je vais voir le voisin américain – installé depuis des années autour de son bateau, son coin est devenu une sorte de yacht club informel. Les gens y font certains travaux ; il prête ses outils contre une bière et le soir, apéro collectif. Je lui demande s’il veut ma table quand on n’en aura plus besoin, puis s’il a une idée pour la transporter. Deux problèmes réglés : il la reprend, et le lendemain matin on part avec sa voiture à la scierie.
Que de fous rires ! Les employés installent la planche avec un monte-charge sur le toit de la voiture. Notre voisin l’attache comme il peut. La marina n’est pas loin, heureusement. Le vent soulevant la planche à l’avant, on ouvre tous les deux les vitres, pour maintenir la planche chacun d’une main. On arrive sans heurts au parking de l’appart au premier étage, mais franchement, un bon coup de vent et je n’aurais pas pu la retenir.
La planche est trop grande pour l’ascenseur, on la laisse en bas. Le soir, Jost et Stéphane montent les 5 étages restants à pied avec cette énorme planche sur les bras. Quelques coups de tournevis plus tard, j’ai une énorme table de couture dans la chambre à coucher, c’est là que j’ai le plus de place et de lumière.
Camp de couture
Avant d’avoir ma table, j’avais démonté les coussins du cockpit, que j’avais cousu à Fidji, pour pouvoir les utiliser comme patrons. Je fais quelques changements : je pense que la forme d’un des coins a favorisé le craquement du vinyle.
Enfin j’ai le temps et la place pour finir les fermetures du cockpit – un projet qui date d’Australie, début 2023 ! On pensait les faire faire, mais vu la flemme des Australiens, on a compris qu’on ne les recevrait jamais à temps. J’ai acheté le matériel. En Indonésie, j’ai trouvé de la place sur une terrasse pour étendre le tissu et dessiner les formes. J’ai déjà remplacé les 4 fermetures du côté. Il reste les 3 dernières à l’arrière, les plus grosses. Celle du milieu fait presque 2,5 m de long et moins de 2 m de haut. Le tissu est épais, les vitres en plastique aussi – c’est lourd et encombrant à coudre. Pour certaines coutures, ma table est trop courte ; j’ajoute la table de la cuisine.
Les housses des deux coussins du bout du banc de carré sont usées et trouées. J’avais déjà raccommodé, mais le tissu est cuit. Par chance il me reste de ce tissu ; je démonte les housses et change les pièces abîmées. Une fois fini, c’est comme neuf… sauf que la couleur d’origine n’est plus du tout la même : le bleu de nos coussins a été bouffé par le soleil et le temps.
Jost m’amène une bâche à réparer. Puis il me donne une vieille voile pour que j’en fasse un sac sur mesure pour l’avant de son cockpit, afin d’y ranger son spi. La voile est énorme ; je l’étends devant l’ascenseur pour la couper – il y a beaucoup de place là-bas.
Le tissu est excellent. J’en fais quelques sacs à commissions et je fais quelques trousses de toilette. Jost adore ces sacs faits de sa vieille voile. Avec son accord, je donne une bonne moitié de la voile à un autre voileux qui fait beaucoup de sacs et qui est toujours à la recherche de vieilles voiles. J’ai gardé de quoi faire d’autres projets – Jost m’a demandé un sac caddie pour son diable. Mais les jours et les semaines passent ; je couds presque tout le temps, j’ai tant à faire. Notre séjour ne suffira pas. Je finirai ces choses un jour, sur le bateau.



