Sachant que le chantier qui nous a vendu le bateau avait passé l’anti-fouling sur les coquillages avant que nous visitions le bateau pour la première fois, et qu’ils ont repassé 2 autres couches par-dessus, nous savions qu’il nous fallait tout poncer pour avoir une surface lisse. Plus il y a de bosses, plus les algues s’accrochent, et notre coque était pas lisse du tout !
On s’attaque dès que le bateau est posé à l’aide de nos ponceuses (professionnelles). Il ne nous a pas fallu longtemps pour voir qu’on n’y arrivera pas, ou alors qu’il faudra au moins un mois. La première couche peine à partir, j’avais l’impression de ne pas avoir de papier de verre, à plusieurs reprises j’ai retourné ma ponceuse pour voir que mon papier 60 y était bien ! Passé le noir, on arrivait à un bleu, puis un vert, ensuite turquoise, puis bleu clair avant de se retrouver sur un bleu qui lui peinait à partir (certainement pas de l’érodable) avant d’arriver à la couche de primaire. C’était désolant toutes ces couches !
Nous avions une meuleuse, mais Stéphane n’avait pas pris l’insert où on fixe les papiers de verre pour poncer. On ne pouvait pas tout prendre avec. Il a essayé avec un disque de lamelles, mais ça avait l’air de faire fondre l’anti-fouling.
Le lendemain il prenait le bus pour Hillsborough pour aller voir s’il y trouvait ce qu’il avait besoin. Malheureusement, ils n’ont pas le système métrique ici et les pas de vis n’étaient pas compatibles avec notre machine. Stéphane a fini par acheter une nouvelle meuleuse, assez chère pour ce que c’est, et en plus, c’est du 110V ! Mais c’était ça ou des semaines et des semaines de travail.
A peine de retour au chantier qu’il s’y met avec des disques de papier de verre n° 36 et 2ème passage au n°50. Les disques tiennent moins de 10 minutes avant que la 1ère couche d’anti-fouling noire se colle dessus en plastifiant les bords. Nous devons taper les papiers pour faire tomber la peinture afin qu’il puisse les réutiliser. L’après-midi je prenais le bus pour Hillsborough pour lui acheter encore plus de disques de papier de verre.
Après les 2 passages à la meuleuse, je passais derrière à la ponceuse au n° 60 et/ou 80 selon ce qu’il me restait. Car à la meuleuse, il est difficile de faire un bon ponçage régulier. On a bossé comme des fous pendant 6 jours, de 6h30 le matin à 18h (coucher de soleil), avec très peu de pauses.
Les enfants s’occupaient eux-mêmes, ils étaient avertis que nous n’aurions pas de temps pour eux. Ils nous préparaient des sandwich et salades pour le midi. Le soir, soit nous faisions quelque chose de rapide, soit nous allions manger dehors.
Nos trois premiers jours au chantier, nous les avons passés sous des pluies torrentielles. Une onde tropicale passait et les nuages se vidaient. Carriacou avait des inondations un peu partout. Heureusement que nous avons un catamaran et que nous pouvions travailler au sec sous la nacelle.
Sur le chantier, on nous surnommait les Strumpfs ! Nous étions tous deux bleus de poussière. Plusieurs plaisanciers nous ont fait la réflexion qu’au prix de la main d’œuvre ici, ça ne valait pas la peine de le faire soi-même. Mais en le faisant nous-même, nous savions que ce serait bien fait. Pas comme un bateau voisin dont l’employé à fait tant de trous à la meuleuse (jusqu’à la fibre de verre parfois) qu’il a passé ensuite des jours à poncer jusqu’à ce que la coque soit lisse !
Quant aux employés locaux du chantier, en voyant des « yachties » (utilisé péjorativement pour tous les plaisanciers qui souvent prennent les locaux de haut) s’abaisser à faire le sale boulot qu’eux font à longueur de journée, ils nous ont vite adoptés ! Quand ils venaient au travail, nous travaillions déjà, quand ils repartaient, on n’avait pas encore fini. Ils passaient nous saluer et voir l’évolution du travail et nous encourager. Certains m’appelaient la « strong woman ». Ils nous faisaient de petits signes d’encouragement à chacun de leurs passages près de nous. Ils étaient adorables !
Encore de bien mauvaises surprises de nos vendeurs
A peine hors de l’eau qu’on découvre à nouveau des surprises de nos vendeurs. De ce fait, notre bateau était devenu le phénomène de cirque du chantier. Beaucoup venaient voir et même le chef du chantier amenait ses employés voir comment il ne fallait surtout pas faire des réparations sur une coque. Tous étaient choqués d’apprendre que ça avait été fait par le chantier naval (et marque de bateau, mais pas de notre bateau) à Canet-en-Roussilon !
Lors de la visite de notre bateau, il y avait 6 lampes sous-marines qui avaient l’air d’avoir déjà pris un peu d’eau. C’est bien beau, mais ça sert à pas grand-chose et ce sont des trous à travers la coque ! Il y avait aussi 5 passes-coques (des trous à travers la coque qui servent en général à faire entrer ou sortir de l’eau, comme pour les WC, refroidissement moteurs ou frigos etc…) dont personne ne connaissait l’usage, sauf un sonar qui apparemment ne fonctionnerait pas. Comme le vendeur nous disait « nous sommes le chantier XY, nous avons le personnel compétent, nous savons faire…. » nous avons demandé de reboucher tout ça. Lors du premier passage de l’expert, notre vendeur s’était fait remonter les bretelles. Les vis des lampes avaient été poussées à l’intérieur et les trous bouchés avec du mastic. Ils ont dû refaire une couche de polyester par-dessus. A l’intérieur aussi, ils ont dû refaire des corrections !
Avec le nouvel anti-fouling, on sentait à peine la forme des patches, tout avait l’air ok. L’expert n’avait pas vu, car le bateau était à l’eau lors de son 2ème passage. Là, en ressortant le bateau de l’eau, les patches de polyester tombaient comme des sparadraps ! J’en ai même un entier que je garde, tant que c’est incroyable ! On ne pourrait pas nous croire si on ne pouvait pas le montrer.
En fait, ils ont meulé un peu jusqu’au gelcoat et ont refait la stratification polyester sur le gelcoat en partie et la partie extérieure sur de l’anti-fouling ! C’est clair que ça ne pouvait pas tenir ! Normalement, on doit tout poncer jusqu’à la fibre de verre pour faire coller le tout. Certains visiteurs ont même dit qu’on avait de la chance de flotter encore ! D’autres ont dit que c’était criminel de la part du chantier de nous laisser partir à travers les océans en famille (le chantier était au courant de nos projets de tour du monde avec 3 enfants) avec des réparations de coque pareilles. Effectivement, certains petits trous ont eu une petite infiltration d’eau, mais pas encore grand-chose. Heureusement qu’on a sorti le bateau ici !
Quant à notre chantier vendeur, vu qu’on avait fini au tribunal contre eux et que même si on gagne en France, ça ne change rien. Ils peuvent faire traîner l’affaire des années en faisant appel sur appel pour des raisons qui ne seraient même pas valables en Suisse, on a fini par signer un accord, ce qui ne nous donne plus le droit de réclamation de leurs travaux. En plus, l’entreprise est très bien vue, tant au niveau boursier (le PDG est un gros de la bourse) qu’au niveau du département, car il engage énormément de personnel depuis le pôle-emploi (chômage).
Nous avons trouvé un local, un rasta qui a souvent son joint à la bouche, mais qui bosse vraiment bien ! Il est venu voir et a réparé 13 trous très professionnellement. Lors des réparations, il pleuvait à verse, 2 patches ont eu contact avec de l’eau. Il ne badine pas, il a tout enlevé et recommencé ! Nous avons été très contents de son travail. Il a également été faire des réparations sur GRAN LARGO, parqués à côté de nous, à leur entière satisfaction, ainsi que chez LUCKY LILLY, qui l’emploient depuis des années. Son nom est Vaugh, mais il est aussi connu sous SELASSIC, le nom de son bateau de pêche, car il est pêcheur de langoustes.


