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Raroia

publié le 10 juil. 2019 à 15:09 par Sailing Olena

La passe et la traversée du lagon

Entre 2 grains, nous avons tenté de passer la passe, avant que le courant devienne trop fort. Nous n’avions pas envie de poireauter à l’extérieur jusqu’à la prochaine marée et de devoir se déplacer dans l’atoll de nuit, ce qui est bien plus dangereux encore.

La visibilité n’était pas mauvaise, il y avait quelques nœuds de courant mais tout était gérable. Devant, nous voyions des vaguelettes, tels que l’eau qui bout. C’est typique de 2 courants opposés qui s’affrontent, nous avions vu pareil au changement de marée à Gibraltar, mais là, elles étaient plus grandes. Nous avions l’heure de marée d’un atoll à côté, savons qu’il y a des corrections à faire mais n’avons jamais trouvé où on trouvait cette info, si elle existe dans cet endroit. Peut-être étions-nous en plein changement de marée ? Ce qui était sûr, c’est que nous allions passer dessus, nous n’avions pas le choix. Et à mon grand étonnement, ça n’a même pas secoué. Sur quoi j’informe les SERENITY juste derrière nous, que ça a l’air plus impressionnant que ça l’est, ça bouge quasi pas. Seulement eux sont sur un monocoque, et je les ai vus traverser les vagues et se faire secouer telle une coque de noix ballotée dans les flots. Jost m’a dit s’être cru dans un jacuzzi. C’est dommage que je n’ai pas filmé, ni photographié. Faut dire qu’on était assez tendus et avions autre chose en tête que de mémoriser ces moments.

Le reste de la passe fut assez facile, les deux skippers ont navigué tels des chefs à travers le courant et nous étions à l’intérieur de l’atoll. D’un commun accord, nous avions décidé de rejoindre nos amis KISU de l’autre côté du lagon, afin de nous protéger des vagues.

L’atoll est très grande, un ovale d’environ 13km de large sur 40km de long. Le lagon a une profondeur de 30-35m avec plein de patates de corail qui montent tels des cheminées jusqu’à quelques centimètres de la surface. C’est un vrai champ de mines ! Surtout que toutes les patates ne sont pas recensées sur les cartes. Il faut naviguer à l’œil.

Je n’avais pas encore préparé de route pour le lagon, car avant l’entrée, nous ne savions pas où se trouvait KISU. Nous étions en contact radio avec eux et c’est avec l’aide de Markus que nous avons traversé le lagon. Il suivait notre signal AIS sur son écran et nous guidait sur son tracé. Stéphane était debout sur la chaise de pilote et regardait par-dessus le toit, moi j’étais sur les cartes électroniques et Google Earth pour marquer les patates de corail connues afin de tracer une route, tout en étant en contact permanent par VHF avec KISU. SERENITY nous suivait. La traversée fut assez tendue, car par moments nous avions des grains qui nous diminuaient énormément la visibilité et nous amenait des rafales jusqu’à 30 nœuds.

Après 2 heures de traversée, nous sommes bien arrivés et avons ancré à côté de KISU.

 

Mon anniversaire

Nous étions arrivés à Raroia vers midi le jour de mon anniversaire. Chez Olena, nous avions tous la crève, gros rhume, toux, maux de tête… nous avons décidé d’un commun accord de ne rien faire ce jour et de voir pour le lendemain. Ca arrangeait aussi Jost, qui n’avait pas beaucoup dormi lors de la traversée.

Le lendemain, nous allions un peu mieux et j’ai transformé ma cuisine en pâtisserie. J’ai fait un gugelhupf aux fruits confis trempés quelques jours dans le rhum, un bananabread (genre de cake aux bananes épicé), et 2 tartes renversées aux mangues. J’avais des mangues et des bananes qu’on devait utiliser au plus vite.

Vers 16h, tous sont venus et nous avons passé quelques heures en dévorant les gâteaux. Nous n’avons pas eu à faire de repas le soir, nous étions repus !

 

Raroia

L’endroit est très beau, nous avons été faire du snorkeling sur des patates de corail et j’ai retrouvé les poissons colorés et les bénitiers de mes premières plongées, en 1993 sur la barrière de corail en Australie.

Plein de requins de récifs pointe noire se promènent autour du bateau. On va nager avec, on se regarde, ils ne sont pas dangereux tant qu’on ne les ennuie pas, c’est des poissons comme les autres. Un jour j’ai eu de la chance, je me lavais les cheveux et du shampoing plein les yeux, je saute à l’eau sans regarder. Au moment de m’élancer, je vois un requin à 2m de l’échelle. J’y ai presque sauté dessus, le pauvre a dû être effrayé et est parti à toute vitesse.

Nous avons fait des petites ballades en dinghy autour des îlots qui font le tour de l’atoll. Au-dehors, c’est un gros récif qui protège l’atoll, par endroits, plus ou moins d’eau entre dans le lagon, poussé par le vent. Il y a pas mal de courant. Les îlots sont de sable blanc avec des palmiers et manseliniers (arbres poisons) et autres arbustes. Du côté extérieur, nous y avons trouvé plein de déchets plastiques échoués, comme partout ailleurs. C’est triste. Parmi ces déchets, des bouées de pêche, nous en avons récupérés quelques-unes. Certaines nous seront utiles pour maintenir la chaîne au-dessus de patates de corail à l’ancrage et d’autres serviront de troc avec des pêcheurs.

 

Retrouvailles

Il fut temps de quitter KISU et de traverser le lagon dans le sens opposé. Nous avons suivi SERENITY et sommes arrivés 2h plus tard vers le village. Je regardais un bateau au mouillage et les plaques de corail un peu partout me demandant où il serait plus simple de mouiller que Jost nous appelle « vous aurez certainement vu qu’ALKYONE est au quai ? ». Quoi ? Les enfants en entendant le nom du bateau se sont transformés en vrais petits excités, les copains sont là !!!
Nous avions quitté ALKYONE aux Galapagos, ils sont descendus à l’île de Pâque, Pitcairn, les Gambiers avant de remonter aux Tuamotus. Nous les savions aux Tuamotus mais pas à Raroia.

ALKYONE était au quai et nous ont informés par VHF avoir assez de place pour nous. SERENITY pouvant se mettre à couple à ALKYONE. 

Avec ce changement de programme, nous nous sommes dépêchés de sortir pare-battages et cordages pour se préparer à la manœuvre. En traversant le trampoline en vitesse, je me suis pris un orteil dans le filet et je me suis retrouvée avec un orteil bleu, enfle et douloureux.
C’est mon 4ème orteil bleu et douloureux depuis le début du voyage. Les pieds et les mains, c’est en général les endroits où l’on se blesse le plus souvent en faisant de la voile.

Une fois prêts, Stéphane s’est mis à manœuvrer entre le récif et le quai pour aller s’amarrer. Le vent nous poussait loin du quai, mais Hans & Tobias étaient sur le quai réceptionnant nos cordages pour aider à la manœuvre avant d’aller aider SERENITY.

La manœuvre à peine terminée (ou pas) que les enfants étaient déjà à terre serrant les copains dans leur bras.

 

Le village

Lors de notre manœuvre d’amarrage, la maire du village est venue à notre rencontre et attendait au bord du quai. Elle nous a souhaité la bienvenue et nous a donné quelques informations. Le village compte 350 habitants, les enfants vont bientôt participer à un concours de danse sur un atoll voisin et il y aurait une répétition le soir même à laquelle nous sommes les bienvenus.

Suzanne, Maria (une bateau-stoppeuse qui séjournait chez ALKYONE), les enfants et moi sommes partis au village espérant voir les danses. Malheureusement nous sommes arrivés un peu tard et ils étaient en pleine discussion pour l’organisation du voyage.

Le lendemain, nous avons visité le village, passé par l’église open-air et par l’aéroport. Une fois par semaine, un vol dessert l’île et nous étions le jour J. Vers 9h du matin, 2 employés étaient à l’entrée de l’aéroport et attendaient. Le vol était prévu d’arriver vers 12h45.

Devant l’aéroport, nous avons compté 33 places de parc, dont une pour handicapés. Le hic est que l’île ne doit même pas contenir la moitié en voiture qu’il y a de places ! L’île fait 3km de long sur 460m de large aux endroits les plus larges. Nous avons vu 2 pickups, un camion de pompier (aéroport), une voiture normale et 2 épaves. Il doit sûrement encore en avoir quelques-unes de plus, mais les gens se déplacent en tricycle ou à vélo.

Nous avons suivi le sentier longeant la piste d’atterrissage selon les recommandations d’un villageois, pour arriver au lagon bleu. Les couleurs de l’eau entre le bleu et le turquoise c’est superbe !

Nous sommes passés par l’épicerie juste avant sa fermeture. L’épicier devait fermer son magasin pour une semaine, à cause d’un rendez-vous médical ! Il n’y a pas de médecin sur l’île, c’est à Tahiti qu’il doit se rendre par avion, et comme l’île est desservie qu’une fois par semaine, un rendez-vous médical c’est une semaine d’absence !

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