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Parlons de la Polynésie

publié le 25 oct. 2020, 00:30 par Sailing Olena

Je ne vais pas décrire le nombre d’archipels et d’îles, il y a des livres de géo qui vous en informeront mieux que moi. J’ai surtout envie de vous transmettre les impressions et les différences de ce pays.

 

Les animaux

Ce qui étonne en premier, c’est d’entendre des coqs à longueur de journée. On voit des poules et poussins accompagnés de quelques coqs se promener partout. Même en plein Papeete sur la terrasse du McDo! Bref, on peut aller chez qui on veut, on va en voir qui traversent le jardin. Vous êtes dans le préau de l’école, des poules et poussins se promènent. C’est un peu comme les pigeons ou les corbeaux chez nous, il y en a partout. Même en hauteur dans les arbres. Les locaux ne chassent généralement pas ces poules, il est plus facile d’en acheter au magasin. Quant aux œufs, là aussi c’est plus facile d’aller au magasin.

Il y a plein de chiens en liberté. Je suppose que la plupart sont sauvages, mais pas tous. Ils se promènent partout, même dans les jardins des maisons et ne dérangent pas vraiment. Pour des chiens peut être sauvages, ils sont gentils, viennent pour des caresses, nous accompagnent en balade, comme des chiens chez nous. J’avais vu des chiens sauvages à l’île Maurice, ceux-ci étaient vraiment comme leur nom l’indique, ils hurlaient à mort chaque nuit. Ce n’est pas le cas ici, heureusement. La rumeur que les polynésiens mangeraient encore du chien, je n’y crois pas du tout. Si c’était le cas, il y aurait bien moins de chiens errants.

La plupart des gens jettent les épluchures et restes de fruits et nourriture dans leur jardin. C’est pour les chiens et les poules de passage.

Aux Marquises, il y a des chèvres sauvages. Elles ne sont pas originaires d’ici, mais leurs descendants ont été lâchés et à présent il y a des centaines voire des milliers de chèvres sauvages sur les îles des Marquises. Ce n’est pas le mieux pour la nature, car elles arrachent les arbustes qui retiennent l’érosion. En attrapant toutes ces chèvres pour les mettre dans des enclos, on éviterait beaucoup de chutes de pierres et effondrements de rochers. Certains fermiers ont des chèvres en enclos et nous avons même vu un à Ua Huka qui avait ses chèvres en liberté la journée et les mettait dans l’enclos le soir. Les chèvres sauvages sont parfois chassées, leur viande est excellente, par contre il faut la cuire longtemps.

Aux Marquises, il y a le cochon sauvage. C’est un cochon comme nous élevons en Europe. Par contre leur goût est très fort car ils vivent sauvagement. Des parties de chasse se font, certains y vont avec des fusils, mais beaucoup vont à la chasse aux cochons avec plein de chiens. Certains attrapent de petits cochons et les élèvent comme animal domestique, dans le but d’avoir de belles dents de cochon pour faire un collier.

Certaines îles comme Nuku Hiva et Ua Huka ont beaucoup de chevaux. Ils ont souvent l’air sauvage car ils sont en liberté, mais ils appartiendraient tous à quelqu’un. Certaines vallées sont accessibles uniquement par un petit sentier, le cheval reste un animal de travail pour le transport de gens et de marchandise.

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Les fruits

Les Marquises regorgent de fruits. On en trouve également dans les Iles de la Société, mais en moins grand nombre. Quant aux Tuamotu, rares sont les plantations de fruits et légumes. On en trouve un peu, mais la production ne suffit pas à nourrir les habitants.

Les pamplemousses des Marquises sont parmi les meilleurs au monde. Ils sont très gros et pourraient peser jusqu’à 4kg. Nous n’en avons jamais vu de si gros, ceux que nous avons font entre 1 et 2kg pièce. Parfois on en trouve de plus petits. La saison est toute l’année, les arbres portent des fruits murs et des fleurs en même temps.

Il y a beaucoup de citronniers. Les citrons sont petits, d’un diamètre de 3-4cm et tout ronds. On les cueille et consomme verts, mais ils sont également bons quand ils sont jaunes.

On trouve des mandarines et des oranges. A Tahiti il y a une vallée qui a énormément d’oranges, c’est dans les hauteurs de Puunauia.

Les manguiers sont présents un peu partout, dans les jardins comme en plein milieu de la forêt. Il y aurait deux saisons par année, et quand c’est la saison des mangues, il y en a énormément. Un manguier produit bien plus de fruits qu’un pommier. Les gens possédant des manguiers ne peuvent consommer le tout, ils sont heureux d’en donner. Le reste tombe au sol, les poules et autres animaux s’en chargent et le reste pourrit, comme les pommes et prunes chez nous.

Les noix de coco sont sur toutes les îles, il existe même des champs de noix de coco. La pulpe des noix est récoltée et mise à sécher, ça s’appelle le coprah, ça sent le rance, c’est une odeur assez forte. Les bateaux qui amènent le fret dans les îles récupèrent le coprah, qui est emmené à Tahiti pour en faire de l’huile. L’huile de coco est une huile très saine ! Mais on ne s’en sert pas uniquement pour la cuisine, on en fait aussi du monoï.

Les bananiers sont en grand nombre sur les îles. Il existe plusieurs sortes de bananes, certaines sont des bananes à cuire mais la plupart sont des bananes dessert. On les achète par « grappe » si je peux m’exprimer ainsi, ou même par régime. Il y en a de toutes les tailles.

Il y a plein d’autres fruits exotiques, surtout aux Marquises : carambole, tamarin, quenette, pomme d’eau, fruit de la passion, goyave, pomme cannelle, corossol, ananas (surtout à Moorea), avocat, pomme cythère, pastèque, papaye et fruit à pain. On en trouve certains sur les marchés, d’autres sont plus rares.

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Pamplemousses, bananes,
ananas, avocat, piment
pamplemousse & fleurs, café

La vanille est cultivée dans certaines îles, tel que Tahaa. Mais on en trouve aussi ailleurs, soit dans des jardins privés ou de petites cultures, comme à Taipivai sur Nuku Hiva.

 

Les Légumes

Les pommes de terre sont peu présentes et la plupart sont importées. Le fruit à pain la remplace un peu. Mais ils ont de l’igname, du manioc, du taro des patates douces et d’autres racines.

Le gingembre, le curcuma, le poivre et les piments poussent également par ici.

Ils ont d’excellents haricots qui peuvent être très longs. Ceux qu’on achète au marché font dans les 30-40cm, mais nous en avons déjà vu de bien plus longs.

Des tomates et carottes sont produites à Nuku Hiva.

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Vanille, cacao, noix de pécan
haricot, pomme cannelle, haricot
fuit à pain

 

 

Les fleurs

Tout au long de l’année on voit des fleurs multicolores. Les bougainvilliers sont présents un peu partout et magnifiques à regarder. Les hibiscus également.

A une certaine période de l’année, certains arbres se couvrent de fleurs rouges, c’est magnifique, ce sont les Flamboyants.

Mais la fleur la plus connue de Polynésie c’est la Tiare Tahiti. Une petite fleur blanche contenant 5-9 pétales et sentant très bon. C’est la fleur qui est utilisée pour faire du monoï, mais de nos jours, on trouve également du monoï ayant d’autres odeurs.

Les franchipaniers sont très présents également, ce sont mes fleurs préférées, elles sentent si bon !

Ce qui est le plus frappant, c’est juste après la pluie, l’odeur des fleurs est très forte, c’est très agréable.

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La générosité

Dans les îles, les gens ont bien moins que les gens en Europe. Ils se promènent avec des habits troués ou réparés, ça choque personne, c’est normal. Par contre ils ont une grande richesse qui s’est perdue de par le monde: la générosité et la gentillesse, même envers les inconnus. On s’en rend moins compte dans les Iles de la Société, je suppose que c’est à cause du grand nombre de touristes ainsi que du modernisme. Mais aux Marquises, chaque jour on s’étonne de cette énorme générosité.

Comme je l’ai souvent mentionné, ils nous offrent leurs fruits, sans rien demander en échange. On leur donne quelque chose, ils nous remercient bien plus que nécessaire et nous couvrent de fruits. Un ami pêcheur a partagé un très gros poisson dans tout un village, il s’est retrouvé avec des brouettes entières de fruits !

Ils ont également l’hospitalité facile, même envers des inconnus. Par exemple, 2 jeunes filles ont commencé à installer des hamacs dans un village à Ua Pou pour y passer la nuit. Une de nos connaissances leur demande de tout empaqueter et de la suivre chez elle. Car en restant là-bas elles vont être ennuyées toute la nuit par les jeunes hommes du village. Ces filles ont habité chez elle plusieurs jours. Qui en Europe ou ailleurs ouvrirait sa porte à deux étrangers en train de s’installer à un endroit où ils ne dérangent personne ?

 

Les jeux de préau d’école

Ici pendant la pause à l’école, les enfants, surtout les garçons, jouent aux billes ! A Tahiti tout comme aux Marquises. Au collège d’Elina j’ai pu observer les garçons de sa classe (13-14 ans) en jouer et c’est assez intéressant. C’est un jeu entre la pétanque avec un petit air de billard. Les perdants perdent parfois leurs billes, qui finissent dans la poche du vainqueur.

Les jeunes de chez nous diraient certainement qu’ils sont retardés, vu qu’ils jouent à des jeux comme du temps de leurs grands-parents. Moi je dirais qu’ils ont simplement d’autres valeurs ! Et leurs valeurs et mode de vie nous convient bien mieux que le monde du paraitre et de la consommation de laquelle nous sommes sortis pour un certain temps. Il fait bon vivre avec les gens d’ici, même si tout n’est pas toujours rose.

 

Le Language

Ils ont des langues bien à eux tels que le tahitien, le marquisien et le paumotu. Entre une même langue, ils ont des dialectes différents.

La langue officielle est le français, qui est aussi la langue de l’école. Ils le parlent avec un très joli accent, car ils roulent les R comme les suisses-allemands.

Parfois ils utilisent des mots qui chez eux ont une autre signification que chez nous. Un jour nous étions dans une ferme pour acheter des légumes. La maraîchère nous dit : « on va aller casser les tomates ». Les enfants et moi on s’est regardés surpris, nous imaginant la femme en train de casser les tomates avec je ne sais quel instrument. Ils utilisent le mot casser pour dire cueillir. Ici on « casse » les fruits et les légumes.

Un jour une copine me parle des pistaches puis elle m’explique les fruits violets. Ça n’est pas du tout ce que nous appelons pistache chez nous. Ils appellent ces petits fruits pistache, car ça pisse (gicle) et ça tache !

 

P’tites bêtes

On est en milieu tropical et il y a des petites bêtes partout. En bateau, nous faisons attention à ne pas avoir d’invasion, ce n’est malheureusement pas toujours facile. On retrouve souvent des charançons ou des mites alimentaires, il nous faut alors faire le tour du placard pour en trouver l’origine avant que ça n’attaque d’autres choses. Nous avons été étonnés d’avoir eu comme origine un petit paquet de biscuits « petit déjeuner » de Lu, ou un paquet de pâtes pour lasagnes qui étaient tous deux emballés dans du plastique puis un carton. Ces deux exemples avaient été achetés au supermarché Carrefour. Nous avons également eu des petites bêtes dans des pâtes, etc…

Nous savons pourquoi nous perdons beaucoup de temps à chaque achat pour changer les emballages. Le riz et la farine finissent dans des bouteilles PET. Les paquets de pâtes sont emballés par 2 dans des sachets zip, évitant ainsi l’attaque d’autres paquets en cas de petites bêtes.

Certaines bêtes ont déposé leurs œufs sur les plis des emballages, c’est assez ennuyant quand on ne s’en rend pas compte.

En amenant les fruits et légumes frais, nous avons parfois amené de toutes petites fourmis à bord.

Quand nous sommes ancrés assez proche de la terre, il arrive parfois qu’un gros cafard soit attiré par nos lumières et vienne se poser sur notre bateau. On en avait même un en plein jour, on l’a chassé, il a volé autour de plusieurs bateaux avant de revenir se poser en haut de notre voile !

Même sans ces indésirables,  la nourriture n’est pas toujours facile à conserver.

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charançons sur des bicuits au chocolat, œufs moisis
nids d’insectes sur un tetra pac, charançons et moisissure de pâtes à lasagne
chocolat en poudre moisi

 

Les fonds marins

Désolé si je casse l’image de la Polynésie, mais les fonds marins ne sont plus ce qu’ils étaient. Nous n’étions pas là il y a des années pour le voir, mais nous avons rencontré plein de gens bien déçus du changement, et nous devons dire que les fonds ne sont pas comparable à la publicité qu’on avait vue sur la Polynésie.

On a croisé 2 couples d’américains, d’anciens voileux qui s’étaient rencontrés en Polynésie il y a 20 ans et qui ont décidé d’y retourner en vacances ensemble sur un voilier. Ils se réjouissaient de retourner à la chasse aux langoustes. Une fois la tête sous l’eau, ce fut la grosse déception. Où ça croulait de langoustes il y a 20 ans, il fallait bien chercher pour en trouver 1 ou 2. Ils nous ont montré des photos, impressionnant, ce n’est plus la Polynésie d’aujourd’hui.
Ce ne sont pas les seuls qui nous ont fait part de ses changements.

Certes, il y a encore plein de corail et de poissons, il y a encore beaucoup de choses à voir. Mais si vous voulez en profiter, dépêchez-vous ! Les fonds sont pillés, tous les soirs dans n’importe quelle île. Nous voyons les pêcheurs chasser à la torche, ramasser le peu qui reste, ne respectant pas toujours les dimensions et règlementations. Nous avons réalisé que beaucoup sont d’avis « si je le prends pas, c’est le prochain qui le prendra, alors, je le prends ». Malheureusement cette mentalité ne date pas d’aujourd’hui, j’en ai trouvé des écrits dans un livre des années 80.

Les polynésiens sont friands de porcelaines et autres coquillages et les pêchent parfois en grande quantité. Nous avons vu aux Marquises, leurs kaikai (buffet) sont très remplis, ils comptent plusieurs kilos de nourriture par personne et malgré leur grand appétit, beaucoup finit aux cochons. Quand il y a une fête, ce sont des centaines de porcelaines qu’ils préparent. Toutes ces porcelaines et certains autres coquillages mangent les algues qui poussent sur le corail. S’il n’en reste plus assez, les algues étouffent le corail et la ciguatera a de quoi faire son nid. Eh oui, en Polynésie il y a la ciguatera, ce que les locaux appellent « la gratte ».

 

La pêche industrielle

A notre avis, c’est un gros fléau. Ces usines flottantes vident les océans à grande vitesse. Nous avons croisé bon nombre de bateau de pêche asiatique, voire même polynésiens. Certains armateurs asiatiques auraient engagé des navires de pêche polynésiens, car en Asie la demande est grande.

Le plus souvent, nous voyons les bateaux au radar, car ils ont leur signal AIS éteint afin de ne pas montrer où ils pêchent, car parfois ils pêchent dans des lieux interdits. De nuit, il nous est arrivé de passer près de l’un sans s’en rendre compte et au dernier moment, ils allument les lumières. D’autres, pêchent toutes lumières allumées mais sans AIS.

Apparemment les eaux autour des îles de la Société voir même des Tuamotu se sont pas mal vidés. Alors ils s’aventurent vers les Marquises, qui regorgent encore de poisson. Il y a une loi qui interdit la pêche industrielle à une certaine distance des bords marquisiens, ils essayent même de l’augmenter. Mais comme il n’y a presque pas de contrôle, les pêcheurs industriels font ce qu’ils veulent.

Nous avons vu une de ces usines, avec hélico sur la passerelle, longer tout le sud de Nuku Hiva à moins de 2mn de l’île. Bien sûr, l’AIS était éteint, et il nous était impossible de distinguer le nom du navire à notre distance, ni de faire une bonne photo. Nous n’étions pas les seuls à les avoir vus, personne ne fait rien.

Un jour on a eu pareil assez proche d’Ua Huka, nous avons même essayé de les contacter par VHF pour savoir s’ils tiraient des filets derrière eux car nous allions passer derrière, aucune personne ne savait l’anglais ou le français.

Quand on voit les tonnes de poissons qu’avait le bateau de pêche industrielle asiatique qui s’est échoué aux Tuamotu pendant le confinement, contenant même des poissons interdits à la pêche, on se demande combien de temps on pourra encore se nourrir de poisson. Ce point n’est pas spécifique à la Polynésie, c’est un problème au niveau mondial.

 

Les prix

Les polynésiens aiment dire « en Polynésie tout est cher ».

Il y a certaine nourriture qui est subventionnée par la France avec des prix similaires à la métropole.

L’alcool comme le rhum a une taxe d’importation de 400%, ça fait très cher. Le vin, la bière, c’est cher.

Certains produits sont à des prix qu’on ne s’explique pas vraiment, car ça peut varier jusqu’au double suivant les endroits.

Internet, c’est pour l’instant l’endroit où nous avons payé l’internet le plus cher pour les connections les plus médiocres.

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Nutella XPF 1415.-, CHF 14.15, € 12.30
Alèse au prix français de € 7.99 : XPF 2195.-, CHF 21.95, € 19.05
Danette : XPF 1695.-/1595.-, CHF 16.95/15.95, € 14.70/13.85

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