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L’arrivée du Corona

publié le 15 avr. 2020, 00:09 par Sailing Olena

Depuis plusieurs semaines, ce nom est dans la bouche de tous. Il est assez impressionnant de voir la folie qui se passe en Europe avec notre vue d’ici. Nous n’avons pas toutes les informations par manque de TV et d’internet. Tout ça nous dépasse et nous semble exagéré par rapport au peu de morts, qui n’est pas vraiment pire qu’une vague de grippe ou de ceux qui meurent de famine.

Puis voilà que le premier cas arrive en Polynésie, apporté de France par une Députée. En quelques jours, nous avons 3 cas, dont un Suisse qui l’a amené à Fakarava (un atoll des Tuamotu). Là, les informations commencent à fuser, nous commençons à mieux comprendre les raisons de cette folie.

Les enfants fabriquent des panneaux à l’école « Halte Coronavirus ». Chaque enfant doit amener son flacon de savon et sa boîte de mouchoirs. Les gens commencent à ne plus s’embrasser, mais la vie continue.

Le nombre de cas augmente gentiment, sans pour autant être alarmant. Les élections ont lieu, les gens sont assez nombreux dans les bureaux de votes, on ne sait pas à quoi s’en tenir. Nous n’avons pas encore de cas aux Marquises, mais chaque jour il y a un vol qui relie l’île à Tahiti où il y a « la maladie » comme beaucoup l’appellent ici.

Il reste encore 2 semaines d’école avant les vacances, vu l’ampleur que ça prend, je m’attends à ce qu’ils ferment une semaine plus tôt. Le lendemain des élections l’information tombe, les écoles fermeront ce mercredi à midi. Ils avancent les vacances d’une semaine et ont donné du travail pour les 2 jours restants. Les étudiants sont rapatriés de Tahiti. Nous comprenons les familles, mais la répartition dans toutes les îles d’étudiants venant de Tahiti, ça fait réfléchir tout le monde. Nous espérons qu’ils se tiendront en confinement 15 jours comme annoncé. Je pense que la plupart l’auront respecté, mais leurs familles ont continué à aller travailler, faisant ainsi le lien entre de potentiels porteurs de virus et le reste.

Mercredi les écoles fermaient, le vendredi de la même semaine, nous passions en confinement. Tout est allé très vite ! Entre la vie normale insouciante (jour d’élection) et le confinement, il y a eu 5 jours. Les cas ont augmenté, pas énormément, mais ça fait peur aux gens. Nous n’avons pas les moyens médicaux en Polynésie qu’il y a en Europe. Comme je l’ai déjà écrit, le seul hôpital similaire à ce qu’on connait eu Europe est à Tahiti, à 1500km. Nous avons un petit hôpital à Nuku Hiva, selon les rumeurs ils n’auraient qu’un appareil respiratoire et pas beaucoup d’oxygène. Les 5 autres îles des Marquises comme les Tuamotu ont des dispensaires, tenus par 1-2 infirmier(s) voir un médecin s’ils ont de la chance. En temps normal, les grands malades sont évasanés (évacuation sanitaire) à Tahiti. Mais les derniers vols inter-îles sont prévus 2 jours après le début du confinement, ensuite chaque île sera isolée.

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En confinement

Le vendredi les restaurants commençaient à fermer, c’est dans l’après-midi que nous avons appris le confinement de 15 jours dès minuit. Ça nous laisse peu de temps à réagir, j’avais encore des trucs à faire sur internet, mais c’était déjà déconseillé de s’installer à la terrasse du bistro fermant. Le confinement a certainement été informé à la radio le matin, mais faisant école aux enfants, on l’avait éteinte.

L’information est claire « restez chez vous ! ». Mais comme partout ailleurs, les gens interprètent les motifs de sortie indispensables à la vie, tels que d’aller travailler, s’occuper d’une personne, d’aller aux achats de première nécessité ou sport personnel, comme ils le veulent. Certains ont profité des congés pour aller faire du surf, faire des fêtes de famille, aller à la plage. Le dimanche déjà nous avions un nouvel arrêté. Tout accès aux plages, tout sport nautique tel que la nage… sont interdits. Dès le lundi les ventes d’alcool ont été interdit jusqu’à la fin du confinement, trop d’abus, trop de problèmes. Le même jour à Nuku Hiva un couvre-feu de 20h à 5h commençait. Le reste de la Polynésie a suivi ce couvre-feu quelques temps plus tard.

Les directives de Tahiti par rapport aux voileux n’est pas encore clair et nous commençons à ne plus trop savoir. Avec le confinement, c’est devenu plus clair, interdiction de se déplacer, pour ça il faut une autorisation. Puis vint l’info qu’on devra peut-être se rendre à Tahiti, y parquer nos bateaux et rentrer chez nous. Il y a deux rallies en route pour la Polynésie, plus tous ceux qui traversent le Pacifique indépendamment. Chaque année, 400 bateaux font la traversée, combien sont-ils à déjà être en route ? Tahiti n’a déjà pas beaucoup de place pour tous ces bateaux et y abandonner le nôtre pour rentrer en Suisse où nous n’avons plus de chez-nous, ne nous réjouissait pas. Tous ces bateaux vides à Tahiti, c’est une porte ouverte pour se faire cambrioler. Notre bateau c’est notre maison avec toutes nos choses. J’avoue, j’avais peur. Niveau virus nous risquions plus de l’attraper à nous rendre à Tahiti puis de prendre tous ces transports en communs avec les attentes dans les aéroports que de rester confinés sur notre bateau. Quelques jours plus tard, l’info est tombée, le rapatriement c’est pour les nouveaux-arrivants! Ouf, mais ça rend triste pour tous ceux qui sont en traversée.

 

La communauté des voileux

La communauté s’organise. Comme toujours, nous avons le net (réseautage) le matin, qui est anglophone, car c’est eux qui entretiennent cette communauté. Certains francophones et autres y participent, mais très peu. La partie Corona prend vite le dessus et des éditions spéciales peuvent durer jusqu’à 1h, tant de gens posent des questions.

Kevin du Nuku Hiva Yacht Service se met en quatre pour nous servir au mieux, et ceci bénévolement. Franchement, il se donne à fond. Il court les officiels, écoute les nouvelles et est toujours à l’écoute à la VHF, 7 jours sur 7, pour nous répondre. Bravo à lui pour à son engagement!

Deux bateaux francophones ont monté un net francophone et sont en train d’essayer d’agrandir la communauté. Les informations sont traduites aux francophones et là aussi, chacun pose ses questions. Plusieurs bateaux suivent les deux, et le nombre de la communauté française s’agrandit. Malheureusement il y a toujours de récalcitrants qui se fichent complètement du confinement et continuent à faire ce qu’ils veulent et par conséquent des choses interdites. Leur comportement risque de ternir la réputation de tous les autres voileux malheureusement.

La maladie est arrivée de l’étranger par les airs. Mais les locaux se souviennent encore de l’histoire des Marquises. Il y a 120 années seulement, les blancs sont arrivés par bateaux et ont amené des maladies qui ont tué plus de la moitié de la population des Marquises ! Notre présence en grand nombre est tolérée, en temps de crise nous avons intérêt à tout faire pour continuer à l’être.

L’hôpital de Taiohae recrute du personnel médical pour le cas où nous passerions en crise. Nous avons fait une liste de toutes les habilités des voileux au mouillage, nous avons des médecins, infirmières, sage-femmes et beaucoup de techniciens, réparateurs en tout genre… Nous avons proposé notre aide bénévole à l’hôpital et à l’administration de la ville. La lettre aurait eu un bon accueil et c’est sorti dans les journaux de Polynésie.

 

Confinement sur un bateau

La vie en confinement n’est rien de nouveau pour les voileux. De par les traversées, nous sommes habitués d’être confinés un certain nombre de temps sur notre bateau sans se baigner. Le fait d’être à l’ancre, nous avons de grands avantages par rapport aux traversées. Nous pouvons dormir toute la nuit, ne sommes pas dérangés par les vagues et n’avons pas de navigation à faire. Les enfants peuvent aller jouer à l’avant du bateau sans gilet et sans s’attacher, et en plus on a plein de contact par VHF avec les autres !

De plus, on peut aller à terre si besoin. Qu’une seule personne par bateau, munie d’une attestation qui dit exactement où elle va et de son passeport. Il y a un contrôle de personnes toutes les 300m. Ça ressemble fort à ce qu’on voit dans les films de guerre, avec la différence qu’ici, les gens ont le sourire et personne n’a peur.

Les bateaux de fret sont arrivés en début de semaine de confinement, amenant de la nourriture, du fuel, du gaz et plein d’autres choses. L’Aranui, un bateau mi-fret mi-paquebot est arrivé avec un certain retard dû à l’interdiction d’embarquer des passagers.

Le lendemain de l’arrivée de l’Aranui, à 6h30 j’allais faire la file devant l’un des magasins (épicerie). Ici la vie commence tôt le matin, les magasins ouvrant à 5h30 ! Passée les postes de contrôles, où l’un d’eux se souciait de savoir comment ça se passait avec les enfants à bord, je découvris l’organisation de certains magasins. Les portes d’entrée et de sortie ont été barricadées par des tables. Les employés à l’intérieur s’efforçant de servir les clients. Avertie par le net, j’avais fait une liste et l’employée a pu faire tous mes achats sans problème. J’ai pu avoir des yaourts fraîchement amenés par l’Aranui et même des œufs ! Les fermes livrant dans l’après-midi, c’est généralement vide le matin.

Les parties négatives de notre confinement, c’est la perte des accès Wifi et la reprise de l’école à bord. Bien sûr, il y a aussi le fait de ne pas pouvoir continuer notre voyage comme nous en avions l’idée, mais ça, ce n’est pas la première fois que le voyage ne se déroule pas comme on l’aurait voulu. On essaye de suivre nos idées et on fait avec les possibilités que la météo et l’état de notre bateau nous donne. Là c’est ni l’une, ni l’autre et c’est mondial. Nous sommes de loin les moins à plaindre.

Comme tous les pays suivants sont fermés, et que nous ne savons pas combien de temps durera cette crise, nous avons déjà averti les enfants, que si nous ne pouvions pas quitter la Polynésie française avant fin septembre, nous resterons ici un an de plus, afin de nous abriter de la prochaine saison cyclonique qui est d’octobre à fin mars.

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Les LIBECCIO, ex-ARRLUUK

Une famille américaine avec qui nous avions passé un certain temps ensemble aux Caraïbes ont changé de bateau et pris part au rallie World-ARC. Nous nous réjouissions de nous retrouver aux Marquises. Malheureusement, les retrouvailles n’étaient pas comme imaginées.

Deux jours avant le confinement ils nous contactent, nous informant que le Word-ARC a été suspendu et les participants sont priés de se rendre à Tahiti pour se faire rapatrier. Les participants du rallie étaient censés faire leur entrée polynésienne à Hiva Oa, ils ont dérouté sur Nuku Hiva, car nous y étions.

Le lendemain matin je me suis rendue à la gendarmerie pour me renseigner. On avait pas mal d’infos par Kevin et autres, mais ayant un cas particulier à bord, j’ai préféré me déplacer. La réponse était catégorique, ils ne font plus d’entrées, il faut aller à Tahiti. Dans le même temps, leur bateau copain a contacté téléphoniquement l’administration et reçu l’information du maire comme quoi ils sont les bienvenus, il n’y avait qu’à se rendre à la gendarmerie le lendemain.

Ils sont arrivés dans l’après-midi. Nous avions acheté une bonne quantité de fruits et légumes au marché pour eux, sachant que le marché serait fermé l’après-midi. Heureusement qu’on avait fait ça, car le marché n’a pas eu l’autorisation d’ouvrir avant le lundi ! Ils étaient heureux de notre démarche.

Malheureusement, la gendarmerie ne fait pas d’entrée le week-end et ils se sont retrouvés avec les gendarmes que j’avais vus. Ils n’ont pas pu faire leurs entrées. Les LIBECCIO ont fait le plein de provision et fuel et ont demandé leur autorisation de quitter le territoire. Etant américains, ils sont partis le mardi pour Hawaii. Ils ont fait 16 jours de traversée puis 4 jours de pause pour repartir en traversée d’environ 2 semaines.

A leur place nous aurions certainement fait pareil, mais nous étions quand même tristes de les voir partir. On s’est juste vus du dinghy au bateau et parlé à la VHF. Ils auraient tant voulu nous faire visiter leur catamaran de 65 pieds. Car c’est « à cause de nous » qu’ils ont acheté un catamaran ! Steve avait demandé à l’époque de visiter notre bateau et avait des tas de questions techniques. En fait il était à la recherche du bateau qui convenait pour leur tour du monde !

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