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A l’école

publié le 5 mars 2020 à 11:19 par Sailing Olena

C’est le jour de la rentrée scolaire, nous allons essayer d’y inscrire nos enfants. Je me rends au collège avec Elina et vois le directeur. Il nous demande de revenir l’après-midi, ils ne sont pas au jour près pour sa rentrée.

Nous nous rendons à l’école primaire rejoindre Stéphane et les petits. Nous avons une entrevue avec Mireille, la sympathique directrice qui nous donne toutes les informations. Mais l’inscription doit passer par la mairie, où nous nous rendons ensuite. L’après-midi, Elina et moi nous rendons à nouveau au collège. Une dame de la vie scolaire nous fait visiter les lieux. Le collège possède un internat, pour tous les enfants qui viennent des autres îles et vallées. Certaines vallées, comme celle d’Anaho, sont accessibles uniquement par bateau, à cheval ou à pied. Et comme il n’y a que 3 collèges aux Marquises, les internats s’imposent. C’est pareil aux Tuamotu.

Nous inscrivons les enfants en demi-pensionnaires, c’est-à-dire qu’ils prendront le repas de midi à l’école avec les copains. C’est payant mais pas cher. Et comme par ces chaleurs j’ai horreur de cuisiner chaud à midi, ça tombe bien.

L’école primaire commence à 7h30, les enfants quittent le bateau vers 7h00. Le collège commence à 7h00, mais ils doivent pénétrer dans l’établissement au plus tard à 6h45, Elina quitte le bateau à 6h10. Nous sommes 3 bateaux à avoir des enfants au collège, nous faisons du co-voiturage pour les amener au quai. Pareil entre BELUGA et nous pour l’école primaire. Tous les enfants finissent à 15h30, Elina arrivant un peu plus tard au quai, le collège étant un peu plus loin.

 

L’école

La discipline nous a beaucoup surpris, en bien. Les enfants doivent se mettre en rang devant la classe, un rang pour les filles, un rang pour les garçons. Le professeur les fait entrer un par un et ils se tiennent debout à côté de leur pupitre jusqu’à ce que le professeur leur dise de s’asseoir. Comme dans les films où on voit les enfants en culottes courtes !

Les écoles sont clôturées et les portails surveillés. Les petits ont autorisation de sortir de l’enceinte que sur accord écrit des parents. Au collège, nous avons inscrit Elina en libre, comme ça elle peut sortir dès qu’elle n’a plus cours, sinon elle doit rester dans l’enceinte de 6h45 à 15h30.

Nous avons dû signer un règlement bien complet pour le collège. Ayant travaillé à l’administration d’une école, je me suis dit qu’on aurait eu bien moins de souci avec la moitié de leur règlement ! Nous avons également dû signer comme quoi les enfants se tiendraient bien et proprement à la cantine.

Mais voilà, entre les papiers et la réalité, c’est tout autre chose. Elina est tombée dans la classe la plus bruyante du collège, les élèves ne respectent aucun prof, font beaucoup de bruit pendant les cours et c’est assez dérangeant pour apprendre.

A la cantine, un surveillant regarde Timeo qui coupait son steak et lui fait la remarque qu’il serait temps qu’il apprenne à manger avec les mains. Un jour il y avait des yaourts en dessert, ils ont été servis sans cuillère au collège. Certains les ont secoués et bu, d’autres ont utilisé leurs doigts en tant que cuillère et d’autres, comme Elina, ont utilisé un bout de pain comme cuillère.

 

Le chemin d’école

Le quai où nous déposons les enfants c’est aussi le quai des pêcheurs. Tous les matins ils s’arrêtent pour voir les pêcheurs ramener leur poisson, les fileter et jeter les restes aux requins Soyeux. Quel spectacle, les requins en grand nombre se ruent sur les restes, giclant parfois les spectateurs sur le quai.

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Certains jours, un chasseur vide et prépare une chèvre qu’il a pendue à un arbre. Surprenant pour les Européens, mais quand on sait qu’ici il n’y a pas d’abattoirs, le quai des pêcheurs c’est l’endroit idéal. Au fond, ce n’est pas beaucoup différent que de préparer un poisson.

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Les premiers jours d’école

Les enfants se réjouissaient beaucoup d’aller à l’école. Après plus de 2 ans qu’on faisait l’école à bord, nous en avions tous vraiment besoin. Le changement de langue, car nos enfants font l’école en allemand, n’avait pas l’air de beaucoup soucier les filles. Timeo ne savait pas trop à quoi s’en tenir, en 2ème année primaire (4ème Harmos, CE1), il n’a jamais fréquenté la grande école et ça fait juste un an qu’il sait lire et écrire.

Quel plaisir de retrouver les enfants l’après-midi tout excités à raconter leur chouette journée à l’école. C’est la bagarre pour raconter le contenu de leur repas de midi (le même dans les deux écoles) et pour raconter leur journée en premier.

 

L’école primaire

Cyliane a une maîtresse qu’ils doivent appeler Madame. En Polynésie le « vous » n’est pas utilisé, tout le monde se tutoie, les élèves tutoient les maîtresses. Le « Madame » marque la politesse. Elle est en 4ème primaire (6ème Harmos, CM1) et se trouve dans une classe double CM1-CM2 (4-5ème ou 6-7ème Harmos), classe parallèle de la classe que fréquente Fritz, le fils de BELUGA.

Timeo a un maître et se trouve également dans une classe double CE1-CE2 (2-3ème ou 4-5ème Harmos).

Tous deux ont été confrontés à la lecture de l’écriture reliée qu’ils ne connaissent pas. Dans le canton de Soleure, où nous habitions en Suisse, ils ont arrêté l’enseignement de l’écriture reliée entre les classes d’Elina et Cyliane. Cyliane a toujours refusé à apprendre à la lire, mais là, en 2 jours d’école c’était fait ! Par contre la maîtresse l’oblige à l’écrire, ce qui est un peu difficile.
Timeo a mis un peu plus de temps à apprendre à lire l’écriture liée, il prend plaisir à essayer de l’écrire, malgré que son professeur ne l’y oblige pas.

Timeo est rentré démoralisé un jour, en m’expliquant qu’ils étaient au million et que lui ne connait pas ces gros chiffres. J’étais un peu sceptique, ça fait de gros chiffres pour des élèves de 7-8 ans ! Le prof a confirmé les dires de mon fils, nous avions du travail à rattraper. Il était motivé et aime les chiffres, il a vite sauté le pas de 100 au million, mais les chiffres compliqués à la française avec leur quatre-vingt-dix-neuf etc… ça fait beaucoup ! Mon fils continue de les nommer septante, huitante et nonante.

Autant Timeo est un peu dépassé par les maths (l’autre jour il a amené un devoir de CE2, càd un an plus en avant que lui), autant Cyliane et Elina me disent que pour elles, les maths c’est trop facile, ici ils sont en arrière par rapport au programme Suisse. Notre programme de maths c’est jusqu’à 20 en 1ère, jusqu’à 100 en 2ème, jusqu’à 1000 en 3ème et le million dès la 4ème afin de leur donner une bonne base. Mon impression du programme ici, ils vont trop vite au début, les élèves n’ont pas le temps de bâtir de bonnes bases et ça se ressent dans la suite de la scolarité.

Pour l’écrit, c’est une seconde langue, ça prend un peu de temps. Tous deux s’appliquent, ça fait plaisir. Timeo écrit en phonétique, c’est assez drôle et mignon. Et quand le professeur fait une dictée de chiffres, c’est-à-dire qu’il écrit un gros chiffre au tableau et les élèves doivent l’écrire en lettres, Timeo écrit en français, chiffres par chiffre. Le professeur lui dit que c’est tout faux, moi je suis fière qu’il ait au moins essayé de faire quelque chose en français. Un peu difficile d’écrire trente-huit million quatre cent cinquante-six mille trois cent quatre-vingt-dix-sept pour mon loulou qui vient de commencer l’école en français.

 

Le collège

Elina est en 8ème (10ème Harmos / 4ème en France) et était aux anges quand elle a vu son horaire. En plus du français et de l’anglais, ils apprennent l’espagnol et le marquisien ! Physique et chimie pour son plus grand plaisir et de nouvelles branches comme la technologie, sciences vie et terre et les arts plastiques ! Elle a quelques heures blanches, où elle peut faire ses devoirs. En sport ils font du rugby, du volley et de la pirogue. Les branches sont nouvelles car elle a quitté l’école Suisse à école primaire et qu’au bateau nous faisons uniquement les langues (D/F/E) et les maths. Le reste on apprend sur le tas selon les occasions.

Elle a pas mal de tests et se débrouille bien. En tant que parent, je ne sens pas que le changement de langue l’a dérangée, sauf pour le français écrit bien sûr, car son niveau n’est pas celui de quelqu’un qui a fait toute sa scolarité en français.

Comme je l’ai dit plus haut, elle est tombée dans la classe où la majorité ne sont pas intéressés par l’école. Les tests sont assez catastrophiques. En français, ils ont fait un test de poésie, branche qu’Elina n’a jamais faite, elle s’en sort avec un 12/20 alors que la moyenne de classe est de 6.5/20. Un test d’histoire sur la révolution française (histoire que nous n’avons jamais vue car pas notre pays), la moitié de la classe a dû refaire le test car les notes volaient trop bas, alors qu’Elina s’en est sortie avec une assez bonne note.

Là aussi je ne comprends pas trop leur système. Je sais bien que la Polynésie appartient à la France, mais les polynésiens ne sont pas des français. Leur apprendre « nos ancètres les gaulois » qui est l’histoire d’un pays si lointain de leur île, je comprends qu’ils ne sont pas très motivés à apprendre. Ils ont une propre histoire qui est très intéressante.

Un autre plaisancier est dans la classe d’Elina, et quand on les entend raconter « en français, nous étions 2 et demi à écouter la prof » ça surprend. Le demi c’était une élève qui avait un écouteur de lecteur MP3 dans une oreille, de l’autre elle « écoutait » la prof. Le règlement interdit de genre d’appareil dans l’enceinte scolaire, entre le règlement et la pratique…

 

Le retour du marquisien à l’école

A l’époque de la scolarité de la génération des grands-parents, il était interdit de parler le marquisien dans l’enceinte scolaire. Ceux qui le faisaient étaient punis corporellement. Il s’en est découlé que beaucoup de familles ont un peu délaissé leur langue et aujourd’hui, peu de marquisiens de 30 ans et moins savent parler leur langue correctement. Certes, ils parlent un mélange de marquisien et français, mais ne parleraient plus correctement leur langue. Les seules exceptions sont dans les vallées reculées et dans les petites îles.

L’inspectrice scolaire des Marquises, selon ses propres termes, veut « arrêter le massacre » et introduire le marquisien dès les petites classes. Peu de marquisiens partent en étude, et selon elle c’est dû au fait que les jeunes d’aujourd’hui sont en manque d’identité. Les jeunes étudiants marquisiens qu’elle a rencontrés en métropole, souffraient tous du même problème. Ils ne sont pas français (sauf sur le papier) mais pas marquisiens non plus car ils ne parlent pas vraiment leur langue ni ne connaissent complètement leur culture. Le programme de l’école est le même qu’en France, ils sont instruits comme des petits métropolitains alors qu’ils ont une tout autre culture et origine.

Au collège, de plus en plus d’élèves manquent de respect pour les profs français. Beaucoup de profs sont mutés de France pour quelques années. Les élèves en ont marre d’être « dirigés » par des français et se gênent parfois pas de le leur faire savoir. D’un point de vue, on pourrait le comprendre, mais d’un autre, il faut voir que si l’on enlevait les employés mutés de France, il n’y aurait plus beaucoup de professeurs des écoles, de médecins, d’infirmiers etc… Trop peu de polynésiens partent en étude pour ces métiers. Il faut aussi voir que de partir en métropole pour les études, c’est loin, ce n’est pas si facile et malgré les bourses, pas toujours faisable. Il y a une université à Tahiti et de plus en plus de lycées techniques voient le jour parmi les îles. C’est une bonne chose, mais les distances restent énormes, Les Marquises-Tahiti c’est la distance Paris-Lisbonne, faisable uniquement en avion ou bateau et c’est assez coûteux. De plus, certaines îles ne sont desservies qu’une fois par semaine, par exemple Ua Huka ayant uniquement 14 places d’avion par semaine.

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