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Maria, un prénom détesté

publié le 8 mai 2018 à 23:21 par Sailing Olena   [ mis à jour : 8 mai 2018 à 23:21 ]

Le nom du cyclone qui a dévasté la Dominique c’est Maria. J’ai lu que ce nom ne serait plus jamais utilisé pour nommer d’autres cyclones, car il a été trop dévastateur. Quand je vois l’amertume des gens qui en parlent et la manière qu’ils disent le nom, je me suis posé la question du pourquoi on nomme des catastrophes naturelles avec des prénoms humains. Si une fille se présente en tant que Maria en Dominique, les hommes fuient !

Les Dominicains n’ont pas été préparés à la venue de ce cyclone. Selon Martin, ils ont toujours été informés d’une basse pression qui va arriver. Le lundi après-midi, ils ont été informés d’un cyclone de force 1 et le soir-même, c’est un cyclone de force 5 (l’échelle maximale, plus de 250 km/h de vent) qui a passé sur toute l’île.
Je ne sais pas si le cyclone a grossi/changé si vite ou si c’est dû à de mauvaises informations. Je sais que le cyclone qui a passé sur Saint Martin, les gens qui suivaient les infos américaines de NOAA savaient que c’était un cyclone alors que la météo française continuait à annoncer un vent fort.

Martin nous a dit qu’il a passé la nuit du cyclone avec ses enfants dans un placard de cuisine. La femme qui tient le centre de plongée vers le parc national a passé la nuit du cyclone avec son mari dans une pièce au fond du garage, assez grande pour contenir 2 chaises, et après l’œil, ils devaient tenir la porte pour pas qu’elle s’ouvre.

7 heures plus tard, l’île était dévastée. Plus un arbre n’avait de feuilles. Le gouvernement a fait venir de la nourriture non seulement pour les gens, mais aussi pour les animaux. Beaucoup de fruits ont été commandés pour nourrir les oiseaux. Les perroquets venaient jusqu’en ville pour se nourrir ! D’ailleurs nos bananes laissées sur la barque lors de notre petite marche dans la rivière indienne ont été dégustée par des oiseaux ! La Dominique n’a pas encore de bananes.

90-95% des maisons en Dominique ont eu des dégâts. Certains ce sont de petits dégâts, et d’autres, il ne reste presque plus rien de la maison. Lors de notre passage en bus, nous avons vu plusieurs dalles de maisons sur lesquels il ne restait plus que les 4 murs des toilettes. Là j’ai compris pourquoi en Australie quand on m’avait préparée à ça, on m’a dit de m’abriter dans le plus petit local du bâtiment. Près de la moitié des maisons ont perdu leurs toits ou une partie de leur toit. Leurs toits ne sont pas comparable aux nôtres, c’est une mince charpente en bois et de la tôle ondulée clouée dessus. Apparemment ils doivent les changer tous les 10 ans à cause de la rouille. Mais là, avec tant de toit à remplacer en même temps, très peu ont déjà pu le faire, malgré que ça fasse plus de 6 mois que le cyclone a passé. En regardant les maisons et les choses qui traînent, on croirait que ça s’est passé il y a une dizaine de jours. Certains ont couvert leur toit avec des bâches, certaines marquées UNICEF. Mais beaucoup de maisons ont vidé et abandonné leur dernier étage. Beaucoup de maisons sont abandonnées tout court.

Quant à l’électricité, beaucoup de maisons n’en ont pas eu pendant des mois. La dame du centre de plongée, qui habite près de Roseau (la capitale), a reçu à nouveau le courant la semaine avant notre passage, donc plus de 6 mois après le cyclone !

Les déchets sont aussi un grand problème. Il y en a partout, éparpillés sur toute l’île et même aux alentours. Le vent en a mis partout. Ils ont essayé de rassembler les toits en un gros tas, qu’ils vont une fois envoyer à Trinidad pour faire recycler, car l’île n’a aucune infrastructure de recyclage. Le tas est énorme, c’est impressionnant. Mais partout où on passe, il y a encore des bouts de toits, même à côté de notre mouillage, on en voyait au fond de l’eau.

Nous avons vu un camion poubelle qui ramassait les déchets. Mais vers notre mouillage, en direction du parc national, on voit des tas de déchets à moitié brûlé tous les 5-7 mètres ! Ils sont au bord de la route, sur la plage etc… Quand on s’est renseigné du pourquoi, la réponse était simple. Depuis Maria les camions poubelle ne passent plus, alors ils brûlent leurs déchets et plastiques car ne savent pas quoi en faire.

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