Blog‎ > ‎Laure‎ > ‎2018-19 Caraïbes‎ > ‎

Jour 4, samedi

publié le 1 févr. 2019 à 21:13 par Sailing Olena   [ mis à jour : 1 févr. 2019 à 21:14 ]

Vers 4h30, nous avons croisé un paquebot, Stéphane les a contactés pour avoir quelques infos météo. Le monsieur était seul et n’avait pas d’infos météo. Puis Stéphane lui a demandé s’il pouvait envoyer un mail à mes parents pour leur dire que tout est OK. Il a dit que dès que les officiers de pont seraient de retour, ce sera fait. Nous espérons que ça ait fonctionné. Après notre arrivée, mes parents ont confirmé avoir reçu le mail de MSC Divina, merci à eux !

Quand Timeo se lève, il nous informe qu’une sangle pend dans l’eau. Comme pendant la transat, une des sangles pour s’accrocher dans le cas où le catamaran se retournerait, s’est arrachée.

Nous continuons de filer, le vent forci de plus en plus. 180 miles de parcourus les dernières 24 heures. Nous avons essayé d’éviter l’endroit où un fort vent était prévu, mais n’ayant pas les dernières données météo, nous ne savions pas trop comment ça a évolué. Le vent passe en force 6, la mer monte un peu, mais ça va, on a de la houle de 3-4m, le bateau a le temps de monter et descendre. Nous avons eu quelques vagues de 5-6m de haut, c’était assez impressionnant. Elles viennent par 2-3 ensembles, puis ça repasse aux vagues de 3-4m. Le bateau monte, se met de travers et dévale la pente en diagonale en faisant un grand surf. L’impression dans le bateau c’est d’être dans un grand 8. Quand le bateau se met de travers, il se tourne contre le vent, ça donne une force centrifuge, ensuite on est en diagonale dans la pente, la jupe arrière gauche en haut, la pointe avant droite en bas, et la vitesse dépasse souvent les 11-12 nœuds.

J’ai baptisé notre coéquipier Eliot, Eliot l’autopilote. Sans lui, je ne sais pas si on y arriverait. J’aime barrer, mais au bout d’une bonne heure, je fatigue. Lui barre 24h sur 24 et peine que de rares fois. On lui tient compagnie en s’installant derrière la barre. Stéphane y passe des heures, c’est son endroit préféré. Moi je me tiens souvent devant le frigo, j’ai une meilleure vue sous les voiles et les vagues ne me douchent pas.

Tous les estomacs vont bien, malgré la grosse houle. On joue, on fait des maths oraux, on chante et le soir, les enfants regardent des films. Nous ne pouvons plus manger à la table dehors, comme lors de la transat, des vagues sont entrées dans le cockpit et ont tout détrempé. Ça n’a pas le temps de sécher qu’une autre vague se charge de mouiller à nouveau.

Quelques heures après la tombée de la nuit, le vent a continué de forcir, nous avons un force 7, on a affalé la grand-voile. Nous étions justes sous trinquette, notre plus petite voile, et les 2 premières heures nous continuions de faire une moyenne de 8.5 nœuds ! Il ne faut pas oublier que nous avions un peu de courant avec nous, ça aide ! Au point de minuit, nous avions fait exactement 100 miles nautiques (185 km) depuis le point de midi !

Elina a fait son premier quart de nuit avec moi, afin qu’elle voie ce que c’est. La première partie lui a fait plaisir, elle a pu veiller tard. Par moment elle lisait, puis croisant un cargo elle l’a surveillé sur l’AIS puis sur l’écran radar. Au moment du quart de Stéphane, elle était fière de transmettre les données. Puis nous nous sommes couchées. Je l’ai réveillée avec peine 3h30 plus tard, elle avait changé d’avis, la première partie de la nuit suffisait. Non, nous voulions qu’elle se rende compte de ce qu’était de faire une nuit. Elle s’est levée et est restée réveillée les 3h suivantes jusqu’à l’aube. C’est finalement pas si facile de faire des quarts de nuits.

La houle et les vagues qui tapent, on les sent un peu dans le carré (salon-cuisine), surtout celles qui tapent sous le carré. Du cockpit, on les sent moins, à part celles qui nous douchent ! Le plus infernal, c’est quand on est au lit, dans les coques. Les lits font la largeur des coques et sont plus ou moins à la hauteur du niveau de la mer. Le bateau bouge et vibre, tout grince, les meubles et même les sommiers qui frottent contre la paroi ! On entend et sent bien l’eau passer juste autour du lit.
Pour ceux qui ont déjà été à Eurodisney, il y a une navette spatiale dans laquelle on s’installe. Le rideau s’ouvre et le pilote, un peu spécial, conduit sauvagement. On traverse des endroits où des météorites nous foncent dessus, on les sent nous secouer. C’est un simulateur, il en existe des similaires un peu partout. Quand je suis couchée dans mon lit, c’est exactement la même sensation, sauf que je ne suis pas attachée à un siège et ne voit ce qui se passe à l’avant. Le simulateur c’est mon lit ! Les vagues me bercent, lèvent puis baissent l’avant, puis l’arrière, puis la gauche puis la droite, ce n’est jamais régulier. Les météorites sont des vagues qui tapent si fort, que ça fait sauter le lit, on croirait que quelqu’un le frappe avec une masse. Parfois je me demande si ça va finir par cabosser la coque. On a quelques minutes de répit, puis ça se déchaîne à nouveau.
Ce n’est pas facile de dormir dans ces conditions. La fatigue des quarts de nuits m’aident, quant à Stéphane il finit souvent par dormir dans le carré.
https://sites.google.com/a/sy-olena.ch/sy-olena/blog/blog-laure/_draft_post/20190126_J4.jpg
Comments