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28-30.11.2017 Madère – Las Palmas

publié le 1 déc. 2017 à 15:02 par Sailing Olena   [ mis à jour : 30 sept. 2018 à 12:04 ]

C’est ce mardi matin que le vent doit tourner. Dada Tux, Gioia et nous, nous préparons à sortir. Dada Tux sont partis en premier, ce fut de gros au-revoir ! Moins de 2h plus tard, nous déplacions Bahari, dont le moteur était temporairement pas fonctionnel (il y montait un dessalinateur pour sa traversée de l’Atlantique) à côté de Gioia pour qu’on puisse partir. A peine avons-nous commencé la manœuvre qu’il se met à pleuvoir à verses ! Le temps de ranger tous les barbotages, sans même prendre le temps de les accrocher comme à mon habitude, j’étais trempée jusqu’aux os ! La pluie s’est calmée, mais c’est resté gris et on voyait peu autour de nous.

Nous avons longé les îles inhabitées avec la voile avant et le moteur. C’est là que je reconnais le navigateur de bateau à moteur (Stéphane), il attendait le passage de l’île pour hisser la grande-voile, sait-on jamais avec ce vent et ces vagues. Alors que Gioia nous passait par l’arrière, toutes voiles en haut !

De plus, avec ces vagues, les 5 estomacs de l’équipage ne menaient pas bon train, malgré les médicaments. J’avais donné un sirop contre le mal de voyage aux filles, plus sujettes à ce mal, bien ½ heure avant le départ. Mais ça n’a rien changé, elles étaient livides et pas bien. Quant à Timeo, il fait le pitre en disant quelques fois qu’il a mal au ventre, donc on ne sait jamais si c’est vrai ou juste une astuce pour avoir du coca. Puis il vide son estomac et continue à faire le pitre. Chez lui, le mal de mer, c’est pas un problème, comme il le dit lui-même. Puis Stéphane et moi nous sentant de moins en moins bien, nous avons sorti nos fameux Navy-Caps, les médicaments les plus efficaces que nous connaissons, que nous pouvons acheter dans une seule pharmacie en Suisse. J’ai réagi comme Cyliane, le fait de prendre le médicament trop tard, ça empire le mal jusqu’à ce qu’on vide le contenu de son estomac. Quand à Stéphane, dès la grand-voile hissée, il a fait une bonne sieste en attendant que le mal passe.

Qui a dit qu’en catamaran on avait moins le mal de mer ? Un catamaran ne penche pas comme un monocoque, mais il bouge pas mal aussi. On ne doit certes pas tout attacher comme sur un monocoque, mais nous avons aussi des objets qui voyagent, se renversent… Et quand on se déplace, on marche comme des gens saouls, zigzaguant en se tenant partout, et étant projeté de l’autre-côté par une vague lorsqu’on s’est pas bien tenu quelque part. D’ailleurs je trouve que le mouvement d’un catamaran sur les vagues n’est pas si naturel que sur un monocoque, car parfois on est sur 2 vagues et les mouvements sont bizarres. Quand on veut faire quelque chose, par exemple la cuisine, on se coince dans un coin, les jambes écartées pour garder l’équilibre.
Que les gens qui nous trouvent chanceux de faire ce voyage se rappellent que parfois la mer nous rend malade, et ce même sans avoir de tempête ! On l’a voulu, on l’assume ! Notre projet a été étudié et préparé pendant de longues années ! Nous savions que tout ne serait pas toujours rose, nous n’avons pas de problème avec ça. Je voulais juste souligner le fait pour ceux qui s’imaginent notre vie tranquille en vacances d’île en île, car ce n’est pas tout à fait ça.

Nous sommes restés côte à côte nous séparant gentiment, Gioia et nous, pendant quelques heures. Le vent, n’était pas tout à fait selon les prévisions, nous étions sensés l’avoir de côté pour un passage en ligne droite Funchal – Las Palmas, nous l’avions un peu plus de devant que de prévu.

Tout allait bien, les 5 à nouveau en meilleure forme, grâce aux vagues qui avaient diminué et changé de direction que voilà qu’on passe sous un nuage gris, un petit front pluvieux avec des vents assez violents, mesuré à 46 nœuds, mais notre anémomètre n’est pas bien calibré, il montre trop, peut-être 15-20%, nous allons nous en charger à Las Palmas. De suite nous ajoutions un 2ème ris (réduire la surface de la voile) à la grand-voile et changions de voile avant pour y mettre une plus petite. Une fois la manœuvre terminée, nous avons essayé de contacter Gioia pour les en informer, mais ils n’ont pas répondu, donc on pense qu’ils étaient déjà dans les rafales lors de notre appel.

Nous n’avions plus Gioia en vue, ni sur l’AIS, nous étions à nouveau « seuls au monde », filant à la voile au près à des vitesses entre 7-9 nœuds, direction Graciosa et parfois Lanzarotte, croisant par-ci par-là des tankers et cargos à maximum 5 miles de distance, qui se rendaient à divers endroits (Rio, Singapour, Namibie…). Nous ne pouvions toujours pas faire cap directement sur las Palmas, le vent ne le permettant pas. J’ai commencé à faire le calcul, nous voulions être à Las Palamas lundi pour des travaux qui vont être fait par un allemand sur-place, pourquoi ne pas profiter d’aller à Graciosa (île où se rend Gioia) ou Lanzarotte vu que le vent nous y amène. Ca nous faisait une traversée de 20 miles de moins, mais ça faisait une seconde traversée de 24h environ, vu que 120 miles séparent les 2 îles ! Mais en y regardant de plus près le lendemain, nous avons vu que les ports étaient tous du côté est des îles, ce qui rallongeait le tout et sommes restés sur notre projet initial.

Ces nuits furent un peu plus pénible que les nuits de la précédente traversée, non pas pour celui qui est de quart, mais pour celui qui était au lit ! Ça secouait un peu plus et surtout, les vagues tapant sous la coque du carré (la partie salon-cuisine reliant les 2 coques) faisant un boucan d’enfer. Nous nous relayions donc toutes les 2 à 2h30, chassé de notre quart par celui qui ne pouvait plus dormir !

Nous avons profité du bon vent pour faire plus de 200 miles à la voile à bonne vitesse. Toujours direction Lanzarotte, le vent ne nous permettant pas d’aller plus à l’ouest. Nous savions que ce jeudi on le ferait au moteur, car le vent allait tomber, nous corrigerions le cap à ce moment-là.

Nous n’avons pas posé la canne à pêche ce premier jour, mais Neptune avec l’aide d’Olena a décidé de faire la pêche pour nous ! Au matin nous trouvions une sèche sur le pont ! Ayant des filets le long des filières et étant du côté de notre annexe pliable, il a fallu une grosse vague pour l’amener là ! Malheureusement nous ne savions pas combien de temps elle était là et ne pouvions risquer de la manger.

Les journées furent vite passées, à part Cyliane, qui n’est jamais bien le matin lors des traversées, tout le monde était en forme. Le soleil brillait par moment, et par d’autres, ce fut de fortes averses. Tout le cockpit était mouillé, rien ne sèche vraiment, tant l’air est humide. Les enfants ont beaucoup joué aux Légos et Timeo est venu avec un livre sur le corps humain que j’ai lu à lui et Cyliane.

C’est marrant de voir les enfants lors des traversées, contrairement à ce que je m’étais imaginé, ce n’est pas pénible pour eux, ils s’adaptent vite. 3-4 heures après le lever, Cyliane se porte à nouveau à merveille, et ce sont des enfants joyeux qui jouent, font la discothèque (en ce moment, le hit c’est Schwiizergoofe, les petits gamins en suisse-allemand), se chamaillent et ont faim à longueur de journée. Le stock de bananes, pommes et de zwieback (biscottes) diminue rapidement !

Au coucher de soleil du 2ème soir, on voyait au loin 2 îles, La Palma et Tenerife. Nous allions arriver à Las Palmas, Grand Canarie le lendemain, après 2 jours et quelques heures de traversée. C’est marrant de s’entendre dire qu’on arrivera « déjà » au bout d’un peu plus de 2 jours de voyage. Quand je pense aux 24h de vol pour nous rendre en Australie, ce long voyage de plus d’un jour ! C’est là qu’on voit que de voyager dans son bateau, ce n’est pas pareil.

Dès le lever du 3ème jour, on voyait l’île de notre destination, mais bien loin. Stéphane s’est remis à pêcher, mais a attrapé qu’un tout petit thon qu’on a relâché. Nous avons vu 2 baleines au loin, on voit les giclées d’eau quand elles respirent, leur dos par moments puis à peine après 1-2 minutes, l’une a bien montré sa queue avant de plonger. Quelques heures plus tard, nous avions à nouveau 2 baleines en vue, à peine un peu plus près, mais toujours loin pour faire des bonnes photos/films.

Juste avant l’arrivée au port, Stéphane a sauté à l’eau pour voir nos gouvernails, car ils ne sont toujours pas parallèles et il doit savoir de combien il doit encore corriger. Puis nous sommes rentrés dans le port. Nous appelions la marina par VHF comme c’est d’usage et même demandé sur de gros panneaux, aucune réponse. Nous étions plusieurs bateaux à être arrivés et à être paumés dans ce port sans savoir où aller. Le ponton d’attente était bien caché, le temps de le trouver, il était plein. Un marino en annexe pneumatique, VHF à la ceinture, passait derrière les bateaux arrivants tout en les ignorant. Bizarre l’accueil ici. Au bout de bien 20-30 minutes à poireauter dans le port, appelant la VHF sans réponse, le marino a daigné venir nous demander le temps qu’on restait et d’aller à la marina pour nous avoir une place. Enfin, nous pouvions amarrer !

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