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1ère nuit

publié le 11 janv. 2018 à 02:48 par Sailing Olena   [ mis à jour : 30 sept. 2018 à 12:33 ]

"Mais qu'est-ce que je fais ici? Quelle idée m'a prise de m'embarquer avec mes enfants dans cette aventure?". Ce fut une nuit très difficile, j'espère la pire de notre voyage. Peut-être le fait d'avoir écouté la météo à la VHF n'a pas aidé, 4-5 mètres de vagues, et beaucoup de vent. Le vent, on savait, ils annonçaient 7 beauforts (dans les 30 nœuds) et les fichiers grib (météo) que j'avais téléchargé la nuit annonçait 8 beauforts (jusqu'à 40 nœuds) du côté où nous allions. Nous avions 2 choix, contre l'est avec beaucoup de vent ou contre l'ouest sans vent.

 Le vent, ça va encore, l'ennemi c'est les vagues. Les vagues sont proportionnels au vent, mais ça, on a tendance à moins y penser. On a été chahutés des 4 côtés. Les choses dans le bateau volaient par moment. Les enfants ont regardé la télé assez longtemps, ce qui les a fait ne pas trop remarquer la situation, Timeo s'est endormi au salon. Il n'a pas été si facile de le descendre dans son lit par ces vagues. Lorsqu'on a éteint le film, Cyliane s'est mise à pleurer, elle avait peur. Moi aussi, mais ça je n'ai pas osé le lui dire. Les hommes le savaient, j'avais dit que je ne voulais pas barrer cette nuit, trop peur de mal réagir et mettre les autres en danger. Ma frayeur est de chavirer. Un monocoque qui se couche se relève, un catamaran pas. Ça a toujours été ma crainte, suite à une petite mésaventure avec un petit catamaran sportif. Donc chaque vague qui nous soulevait de côté, j'avais peur. A un moment, une grosse est arrivée, j'ai voulu monter les escaliers, Dieter a crié, mes services à cuisine que j'avais posé près de la descente à l'abri ont giclés, et je n'arrivais pas à monter, le bateau était en pente. Je me suis dit, ça y est, on chavire! Mais non, c'était juste une grosse vague qui a trempé Dieter, ce pourquoi il avait crié.

 Ne pouvant donc pas prendre part aux quarts, après avoir mis en ordre le bateau et couché les enfants, je me suis couchée au salon, munie de mes habits de pluie et gilet de sauvetage (c'est un gonflable, donc ce n'est pas si désagréable). Prête à bondir dès qu'il me fallait. Le nombre de fois que je me suis levée est incalculable, des choses qui se renversent et différentes manœuvres. Nous filions, d'abord avec 2 puis 3 ris dans la grand-voile à bonne vitesse. Nous n'avions pas de voile avant, trop de vent. Puis le vent est tombé à l'aube.

 Après avoir passés la nuit seuls, nous pensions que les 5 autres, plus à l'ouest que nous au passage sud de Tenerife, étaient peut être dans la pétole (sans vent) à l'ouest en ayant passé une meilleure nuit que nous. A l'aube un bateau nous a croisé par l'arrière, il n'était pas loin, il avait l'air d'être au moteur, on n'a pas vu de voile (ça veut rien dire) et ils avaient les feux de hume (moteur). D'abord rien sur AIS, puis on l'a vu sur AIS, sans avoir de nom du bateau. Après le lever du soleil, ce fut une belle surprise de voir apparaître SANDRO (les australiens) et TUBALCAIN (les français) sur AIS, on voyait TUBALCAIN à l'œil nu. Puis TUBALCAIN nous a appelés par VHF et nous avons discuté un peu. C'était eux que nous avions croisés à l'aube! Eux aussi ont eu une nuit agitée et difficile.

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