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14 - 19.11.2017 Détroit de Gibraltar – Madère

publié le 20 nov. 2017 à 15:08 par Sailing Olena   [ mis à jour : 30 sept. 2018 à 12:02 ]

Nous voilà naviguant sur l’Atlantique, la terre ferme derrière nous. Nous voyons encore les lumières de Tanger au large, mais la côte n’est plus visible, ceci dès le début de la soirée. Une traversée de 4-5 jours nous attendait jusqu’à Madère. La première nuit, nous avions un bon vent, entre 15-20 nœuds, selon la prévision météo, mais de l’est et non pas du nord comme prévu. C’est avec notre grosse voile à l’avant (quelque chose entre un Gennaker et un Code zéro, même le fabriquant de la voile n’a su nous dire de quelle voile il s’agit) que nous avançons à 6 nœuds environ.

Ayant le vent de l’arrière, ça ne sert à rien de monter la grande voile, car sur un catamaran, on ne peut l’ouvrir assez à cause des haubans (câbles tenant le mât) fixés plus à l’arrière que sur les monocoques. Et à l’ouverture maximale, elle n’est pas dans le bon axe du vent et enlève le vent aux voiles avant.

Je fais le calcul, à cette vitesse, on arrivera à Madère samedi ! Mais le vent est tombé mercredi matin, et comme le dit souvent Stéphane, 1 nœud de moins en vitesse sur 4 jours, ça fait un jour de plus à naviguer ! Nous avons fait la traversée, tantôt au moteur, tantôt à la voile, selon le vent. Quand le vent était en dessous de 8-9 nœuds de l’arrière, on avançait pas grand-chose et la voile avant n’arrêtait pas de tomber. La nuit de samedi à dimanche, nous avions à nouveau un bon vent arrière de 18-23 nœuds, avec une mer agitée selon la force du vent.

Pendant cette traversée, nous ne nous sommes pas ennuyés. Les visites de dauphins et petits oiseaux sont réguliers. D’ailleurs un petit oiseau est même rentré dans notre salon ! Il y a l’école des filles qui occupe pas mal et la cuisine ! Il nous faut faire notre pain, et nous avons même fait des tartes et des pizzas ! Nous avons aussi fait de la pêche, et attrapé 2 Coryphènes en même temps! Les hisser au bateau n’était pas facile, ces poissons sont bien plus vifs que des bonites. A peine que notre filet a touché la queue de celui à l’arrière qu’il s’est détaché. Pour finir, j’ai tiré le fil de pêche en hauteur pour sortir le poisson de l’eau avant de lui mettre le filet dessous. Ca a payé, mais ce qu’il est vif ! Ce ne fut pas facile de maintenir ce poisson pour que Stéphane puisse l’assommer. Même l’alcool dans les branchilles n’a rien changé. D’ailleurs je commence à douter fortement que ça serve à quelque chose mis à part à vider notre bar. Le poisson fut mis en filet et directement posé sur la plancha, car le souper était déjà prêt au moment où il a mordu à l’hameçon. Sa chair était un peu moins sèche que la bonite, mais Cyliane et Timeo n’étant pas très poisson, nous avons dû nous forcer à le finir. Heureusement que le 2ème s’était libéré !

Il y a aussi les nuits, et elles sont assez longues en cette période. Il fait nuit noire avant 20h (heure Suisse) jusqu’à près de 8h, car le soleil se lève vers 8h15-8h30. Et entre le lever/coucher de soleil et la nuit noire, ça va très vite par ici. Quant à la lune, elle se lève 1h avant le soleil et étant décroissante et casi noire, elle n’a pas servi à éclairer les nuits de notre première traversée.

La nuit nous naviguons comme de jour, donc il y a toujours l’un de nous deux réveillé, à surveiller vent, voiles, cartes, logbook, météo et autres navires. Les quarts se font généralement pendant 2-4 heures, tout dépend de l’équipage. Nous avons essayé de voir comment ça nous conviendrait le mieux. L’un va se coucher aux alentours de 20h, l’autre s’occupe de la navigation et des enfants, qui font soirée ciné lors des traversées, car plus grand-chose d’autre à faire, car il ne faut pas trop mettre de lumière, sinon les yeux ne sont plus habitués au sombre et on voit moins bien la mer. Quand les enfants sont couchés, on a du temps pour soi-même, et ça fait du bien ! On regarde le plancton phosphorescent, (d’ailleurs une nuit, il y en avait même plein la cuvette des WC lors du rinçage ! Un feu d’artifice !), les étoiles filantes, les constellations puis on lit, moi des romans et Stéphane épluche les manuels des appareils électroniques du bateau, ou on écrit pour le blog. Toutes les 10 minutes environ, on fait le tour, AIS, radar, un coup d’œil tout autour du bateau. Stéphane a eu la visite de dauphins en pleine nuit. Puis quand on se sent fatigué, on va réveiller l’autre, et qu’il est bon de se coucher dans un lit préchauffé ! Jusque-là, nous avons fait nos nuits en 3 quarts, celui qui fait le premier quart est celui qui en général verra le lever de soleil. Mais quand il y a des choses à faire sur le pont du bateau, par exemple descendre la grand-voile, on va réveiller l’autre et nous faisons ce genre de manœuvre à 2. Les voiles avant, nous arrivons en général à les gérer seuls depuis l’arrière.

Puis tout à coup on voit une lumière au large ! Rien sur AIS, pourquoi ce bateau n’a pas d’AIS ? Que fait-il ici, à 2-3 jours de navigation de la côte, nous croisant perpendiculairement ? On attend, il s’approche, on le voit sur le radar bien loin ! Puis enfin, il apparaît sur AIS, ce qui me détend, mais, me voit-il ? Passe-t-il derrière ou devant nous ? On surveille, et quand enfin il est assez proche pour l’AIS, on reçoit des informations un peu plus complètes que sa vitesse et son cap. On connait la nature du bateau, son nom et sa destination ! Ah bein oui, on est peut être à 2-3 jours de la côte, mais en plein passage des cargos allant de l’Afrique au nord de l’Europe! Ceci dit, on en a pas croisé énormément, 1-2 par jour et de loin ! D’ailleurs on les voit mieux de nuit, de jour, on suit leur passage sur AIS sans les voir.

A mon réveil ce dimanche à 1h30, quelle joie de voir au large les lumières des 2 îles de Madère ! Le vent fraîchissant et les vagues grandissantes m’ont réveillée. D’ailleurs, j’ai remarqué à plusieurs reprises que mon sommeil n’est pas pareil. Je me suis réveillée plusieurs fois sur les coudes, tête en l’air à regarder de gauche à droite s’il n’y avait pas de bateaux, m’énervant de ne pas voir l’horizon avant de remarquer que je étais au lit ! Mes enfants ont tiré leur somnambulisme de moi ! D’ailleurs ça m’a rappelé l’histoire de notre skipper/prof de hauturier, qui après plusieurs semaines en mer, se levait la nuit, ouvrait fenêtre et volets de sa chambre à coucher pour voir si tout était bien amarré, avant de tout refermer et retourner au lit. Ca faisait bien rire sa femme.

Vers 3h30, le vent ayant tourné, j’ai dû réveiller Stéphane pour descendre la grande voile. Puis vers 5h30 voici que Cyliane monte me faire un coucou. Que c’était beau sa réaction quand je lui ai montré les lumières de la ville de la première île de Madère (île Porto Santo) et son phare : « terre ! » avec un grand sourire, comme dans les films. Et voilà qu’il y a un bateau de passager derrière nous, c’est certain, il va au même port que nous (ce qui nous annonce la couleur, Funchal doit être un grand port), nos routes vont se croiser, à surveiller ! Mais il navigue à 17 nœuds et il est un peu à tribord, donc je surveille cette « ville flottante » très lumineuse qui va nous dépasser à une distance de 4 miles. Quand je vois leur cap à 250°, qui était le nôtre jusqu’à un peu plus de 12h avant de le croiser, je suis heureuse que le vent nous avait fait changer de cap, sinon on aurait été sur la même ligne.

Puis le jour s’est levé, Stéphane a remis la canne à pêche et nous passons entre les îles inhabitées et Madère. Tout à coup, le moulinet se met à tourner, on a pêché une jeune mouette ! Plusieurs fois j’avais vu des mouettes faire les mêmes mouvements, càd se poser sur l’eau 1-2 seconde puis voler quelques mètres plus loin et se reposer, et ce pendant un bon moment. J’avais bien pensé que ça devait être au niveau de notre leurre. On lâche les voiles (ce qui nous a fait des nœuds dans les écoutes) et mets les moteurs, marche arrière pour essayer de ralentir. Stéphane mouline gentiment, essayant d’amener la mouette sans la noyer. Elle s’était pris l’hameçon dans la patte, on la tirait en arrière. La mettre dans le filet sans lui casser une aile n’a pas été chose facile, mais on y est arrivé. J’ai plié les ailes et tenu la mouette contre moi pour qu’elle ne se débatte pas pendant que Stéphane lui enlevait l’hameçon. Puis elle s’est envolée, en rasant l’eau, épuisée.

Non loin du port, nous avons vu une tortue qui nageait à la surface. Ça m’a surpris, d’en avoir dans de l’eau à 20°. D’ailleurs la température de l’eau est aussi surprenante, en Méditerrannée, plus on s’approchait de l’Atlantique, plus l’eau devenait froide jusqu’à atteindre 14°. Puis après le détroit, la température a de suite commencé à augmenter.

L’ors de la manœuvre de descendre la grande voile, nous eûmes la surprise que le moteur bâbord ne se mettait pas en marche. Il n’a pas été facile de tourner le bateau face au vent pour descendre la grande voile avec un seul moteur et ce vent fort. C’est aussi un souci pour les manœuvres au port. L’origine du problème nous est connu, nous avons des préfiltres de diesel qui prennent l’air ! Même les fabricants ne savent pas pourquoi. Ayant utilisé pas mal de diesel lors de la traversée, le réservoir commençait à se vider, ce qui favorise la prise d’air. Nous avons donc vidé 2 jerrycans de diesel dans le réservoir (alors qu’il n’était pas encore vide), purgé l’air et enfin, le problème était temporairement résolu.

L’entrée au port n’a pas été si facile. Il y avait beaucoup de vent, entre 32-36 nœuds casi en continu, des optimistes et lasers (petits voiliers) qui naviguaient à l’entrée et dans l’avant-port, 2 gros catamarans de croisière touristiques et une galère (aussi pour les touristes) qui sont entrés devant nous. On est entré dans l’avant-port, zigzagant entre les optimistes et un rameur, faisant des tours car les bateaux avant nous faisaient la queue pour rentrer, sans trop nous approcher du MSC Musica, le gros bateau de passagers qui nous avait dépassé le matin même, car il est bien mentionné de ne pas s’approcher à plus de 50m ! Mais l’avant-port n’est pas très grand, il y a du monde et des bouées en plus ! De plus, il y a deux ports dont les entrées sont bien petites et personne ne répondait à la VHF au début, nous ne savions où entrer. Puis enfin, un marino a répondu et nous faisait signe, mais un français essayait de sortir en marche arrière de la station essence, juste au coin de l’entrée du port. Avec ce vent, ce ne fut pas facile, et ils ont laissé tomber les amarres de la station dans l’eau, chose qui peut être assez dangereuse si par ce vent, nous la prenions dans l’hélice ! Un petit tour de plus et nous rentrions, en surveillant bien la corde. Notre place était 15m à l’avant de la station essence. C’est aidé par le marino et Christophe, l’allemand amarré devant nous que nous amarrions.

Pour cette traversée de 624 miles nautiques (1'155 km), il nous a fallu 5 jours et 3 heures, càd 123 heures!

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