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Sous les cendres de Montserrat

publié le 18 déc. 2018 à 17:53 par admin Olena   [ mis à jour : 18 déc. 2018 à 17:55 ]

Lawrence, un taximen qui attendait à la barrière du port nous avait proposé un tour de l’île. Le prix était assez cher, mais il faut comprendre que l’île est petite et les touristes peu nombreux, ils peinent à gagner de quoi vivre.

Le lendemain nous l’appelions et sommes partis en vadrouille. Plymouth, l’ancienne capitale est en zone interdite car sous la cendre, nous savions donc que nous n’allions pas pouvoir voir ce qui reste de près.

Nous nous sommes arrêtés à une fontaine naturelle, nommée Runnaway ghaut. C’est dans une petite vallée où les français se sont enfuis pour éviter de se faire tuer par les anglais. La légende veut que si l’on boit de cette fontaine, on retournera à Montserrat. Nous avons tous les 5 goûté à cette eau que nous avons trouvée très bonne. Elina en aurait bien rempli sa gourde! L’avenir nous dira si la légende est correcte.

Nous voilà passant le premier portail de zone, Lawrence nous explique qu’on est entré dans une zone habitable, mais qui est évacuée au moindre signe du volcan. Puis nous passons la 2ème barrière, on entre en zone inhabitable.

Nous traversons l’ancien terrain de golf, qui se trouve dans une vallée traversée par un ruisseau. Le ruisseau a rempli toute la vallée de cendres, le paysage est assez lunaire. On voit une maison sur le côté du « chemin », il parait que c’est le 3ème étage, les deux autres seraient enfuis sous la cendre.
Comme il a plu assez abondamment quelques semaines auparavant, la rivière a emporté le bout de route avec elle. Nous avons traversé la vallée sur des pistes de cendre, croisant des iguanes et petits hérons.

Nous voyons en hauteur la maison de George Martin, le producteur des Beatles, où il avait son studio d’enregistrement AIR. Beaucoup d’artistes sont passés par là. A présent, c’est plus qu’une ruine.

La route est ouverte, car il y a une « carrière » vers le terrain de golf, des camions transportent de la cendre au ponton de Plymouth, où des péniches la chargent pour la transporter dans les autres îles. C’est l’unique chose que l’île exporte, une cendre (qui ressemble à du sable fin) de bonne qualité pour faire du ciment.
Un peu plus loin il y a un poste de sécurité, qui ne laisse passer que les camions et gens autorisés. Nous bifurquons à droite, pour nous rendre à Richmond Hill.

Nous nous arrêtons au Spring Hotel, endroit où travaillait la femme de Lawrence avant le sinistre. Cet hôtel est bien placé avec vue sur Plymouth et la mer. Il ne se trouve pas sur une coulée de cendres, mais en est rempli quand même.

La Soufrière de Montserrat est un volcan gris, comme le Mont Pelé en Martinique. Il ne laisse pas couler de la lave rouge de pierre visqueuses, mais il fait des explosions et envoie cendres et cailloux (bombes volcaniques) de toutes tailles dans les airs. De nuit, ça fait feu d’artifice, car les bombes volcaniques sont rouges de chaleur, mais de jour, c’est gris.

L’hôtel ainsi que les villas aux alentours se sont remplis de cendres tombées du ciel, un peu comme quand il pleut. On distingue encore le carrelage du sol où les touristes passent. Le reste du sol est caché sous quelques dizaines de centimètres de cendre. On distingue la piscine grâce au bord et à l’échelle de bain, car elle est remplie jusqu’à peine sous le bord et des arbustes y poussent.
Dans la maison, on y trouve encore certains meubles et objets. Ils n’ont pas tout pu prendre avec pendant l’évacuation. J’ai vu des vidéos sur Plymouth où tous les objets personnels, meubles etc… étaient encore dans les maisons.

La vue sur la coulée de cendre qui descend sur Plymouth est superbe. Par moment, on aperçoit le gros cratère ouvert du volcan entre les nuages. Un nouveau dôme s’est reformé à l’intérieur, que nous n’avons pas aperçu.
On distingue des maisons à côté des coulées, beaucoup de toits sont manquants. Les bombes volcaniques ont souvent mis le feu. Dans la coulée, on aperçoit parfois des restes de maisons, c’est une vision apocalyptique. C’est l’histoire de St-Pierre au présent, car c’est encore tout frais. La seule différence est qu’entre-temps, il y a eu la connaissance des volcans et qu’ils ont fait évacuer la ville à temps. Les 19 morts étant des paysans qui n’y croyaient pas et qui n’ont pas voulu être évacués.

Ensuite on déambule dans les rues de Richmond Hill. On voit que par endroit la route a été dégagée, des bordures de cendres suivent la route. J’ai l’impression de me promener dans la nature, entourée d’arbres et d’arbustes, la route a des trous par-ci par-là. Par moment on voit des murs de clôture avec portails, ce qui nous rappelle qu’on est dans un village. En regardant bien entre les arbres, on distingue un grand nombre de maisons abandonnées. Nous sommes dans un village fantôme.

Images de Plymouth, linkées d'internet, afin que vous puissiez vous faire une idée:
Memorial War clock Tower, Plymouth, Montserrat

Catholic Church, Plymouth, Montserrat

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